Laurent Yvan-Charvet labo. Maladies cardiovasculaires - athérosclérose. Prix Jean-Paul Binet 2024.Laurent Yvan-Charvet labo. Maladies cardiovasculaires - athérosclérose. Prix Jean-Paul Binet 2024.

10 mars 2026

Trouble du spectre de l’autisme : l’impact du microbiote

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En résumé

Portrait du chercheur Narjis Kraimi

Ce projet est mené par Narjis Kraimi au sein de l’équipe « Microbiote, Immunité et Neurodéveloppement » dirigée par le Dr. Laetitia Davidovic à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC) à Valbonne.

143 000 €

Somme accordée en 2024 à Narjis Kraimi dans le cadre de l’appel à projet « Aide au retour en France »

Notre microbiote, les microorganismes qui colonisent notre intestin, communique avec notre cerveau par diverses voies, notamment via des molécules produites par les bactéries.

Les chercheurs ont montré que l’une de ces molécules, le p-crésol, a un impact délétère sur le comportement social qui est affecté dans le trouble du spectre de l’autisme.

Narjis Kraimi et son équipe ont montré, à travers une étude menée chez des patients, un lien entre les niveaux de p-crésol et certains symptômes gastro-intestinaux associés à ce trouble.

Je donne pour la recherche

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Le projet en détails

Comment vous êtes-vous intéressée au trouble du spectre de l’autisme ?

Lors de ma thèse, je me suis intéressée aux interactions entre le microbiote, l’intestin et le cerveau. J’étudiais l’impact de ces liens sur le comportement anxieux et la mémoire. Lors de mon post-doctorat, j’ai continué ces recherches, en m’intéressant à la première colonisation bactérienne, essentielle à la mise en place du microbiote chez le nouveau-né. Cette colonisation débute au moment de la naissance : une partie du microbiote maternel est transmise à l’enfant lors de l’accouchement. J’ai montré que cette première colonisation était très importante pour la mise en place ultérieure des réponses comportementales d’un individu. Cette découverte m’a naturellement amenée à m’intéresser aux maladies qui se déclarent durant cette période péri-natale sensible, notamment les maladies neurodéveloppementales, dont fait partie le trouble du spectre de l’autisme.

Vous étudiez une molécule appelé p-crésol. Quel est le lien avec vos recherches précédentes ?

Le microbiote intestinal peut communiquer avec le cerveau via différentes voies : par le système immunitaire, par le biais de certaines hormones, par le système nerveux de nos intestins et enfin indirectement par des molécules produites par les bactéries, que l’on appelle métabolites. C’est cette action indirecte du microbiote qui m’intéressait. Le p-crésol est l’un de ces métabolites connu pour être anormalement élevé chez les patients concernés par le trouble du spectre de l’autisme. Avant mon arrivée, mon équipe avait déjà montré chez la souris que l’exposition au p-crésol induisait des altérations des interactions sociales comparables à celles observées dans le trouble du spectre de l’autisme, sans affecter l’anxiété ni la mémoire. Mon projet s’inscrit dans la continuité de ces travaux : il vise à mieux comprendre les mécanismes d’action du p-crésol et de son rôle dans les altérations du comportement social.

Quels premiers résultats avez-vous obtenus ?

Nous avons réalisé une étude sur une cohorte de patients atteints de trouble du spectre de l’autisme afin d’explorer le lien entre les niveaux sanguins de p-crésol et les symptômes gastrointestinaux fréquents chez ces patients. La particularité de cette cohorte est qu’il s’agit de patients adultes sans déficience intellectuelle, alors que la plupart des études sur ce trouble concernent les enfants sans faire le distinguo entre ceux avec ou sans déficience intellectuelle.

Nous avons mesuré les niveaux sanguins de p-crésol et différents paramètres cliniques ont été évalués à l’aide de questionnaires standardisés par nos collaborateurs psychiatres : les symptômes comportementaux (déficits de communication sociale, comportements répétitifs et stéréotypés), ainsi que les symptômes gastro-intestinaux (constipation, douleurs abdominales, ballonnements). En effet, ces derniers sont très courants chez les patients concernés par le trouble du spectre de l’autisme.

Les premières analyses statistiques que nous avons réalisées montrent bien une association entre le taux de p-crésol et les épisodes de constipation. Nous avons également observé que les symptômes gastro-intestinaux et les niveaux de p-crésol étaient plus importants chez les patientes femmes que chez les patients hommes. Chez la souris, nous avons montré que l’exposition au p-crésol induisait des signes de constipation, suggérant un lien de causalité.

Que souhaitez-vous faire suite à ces résultats ?

Nous avons également étudié, dans cette cohorte, le lien entre les symptômes gastro-intestinaux et atypicités sensorielles, c’est-à-dire une hypersensibilité aux bruits, aux odeurs ou au toucher, par exemple. Nous avons découvert que les patients présentant des symptômes gastrointestinaux importants présentaient également plus d’atypicités sensorielles. Nous allons bientôt publier ces résultats. Ces différentes études permettent de documenter le rôle important de l’axe microbiote-intestin-cerveau dans les troubles du spectre de l’autisme.

Je cherche également à montrer l’implication du système immunitaire dans le lien entre le microbiote intestinal, le p-crésol et symptômes comportementaux, afin d’identifier plus précisément les mécanismes biologiques impliqués. A plus long terme, il serait intéressant de tester des approches thérapeutiques ciblant le microbiote intestinal pour atténuer ces symptômes. Par exemple, l’utilisation de prébiotiques ou de probiotiques pourrait permettre de favoriser des bactéries capables de réduire la production de p-crésol.

Qu’est-ce qui vous motive et vous rend fière dans votre travail ?

Ce qui me motive c’est vraiment la passion de la recherche, de la science. J’aime comprendre, explorer, investiguer, un peu comme une enquêtrice. C’est un métier dans lequel on ne s’ennuie jamais. Parfois nos expérimentations scientifiques vont bien fonctionner et c’est très gratifiant, parfois à l’inverse, elles ne vont pas fonctionner, ou ne pas aller dans le sens de notre hypothèse. Dans ce cas, on retrouve la motivation en essayant de comprendre pourquoi ça n’a pas marché, et ces « échecs » font partie intégrante du processus scientifique et peuvent mener à des découvertes inattendues. Ensuite, ce qui me rend fière c’est d’avoir l’impression de participer, à mon échelle, aux découvertes scientifiques en France. Si à terme, ces recherches mènent à des solutions thérapeutiques pour améliorer la qualité de vie des patients concernés par le trouble du spectre de l’autisme, cela serait ma plus grande fierté.

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