Manipulation d'un microscope en laboratoire.Manipulation d'un microscope en laboratoire.

31 août 2026

Maladie d’Alzheimer : découverte du rôle de cellules particulières, les « tanycytes »

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En résumé

Portrait du chercheur Vincent Prévot

Vincent Prévot est directeur de recherche et responsable de l’équipe « Développement et plasticité du cerveau neuroendocrine » au Centre Lille Neuroscience et Cognition.

596 856 €

Financement FRM accordé à Erica Cécon et Vincent Prévot dans le cadre de l’appel à projet « Maladies neurodégénératives 2023 » sur la maladie d’Alzheimer.

Vincent Prévot et son équipe ont découvert l’implication de cellules appelées tanycytes dans la maladie d’Alzheimer.

Ces cellules jouent un rôle primordial dans l’évacuation des déchets du cerveau et dans la communication entre le cerveau et le reste du corps.

Cette découverte pourrait mener à de nouvelles pistes de diagnostic et même de prévention. Retour avec le chercheur sur cette découverte importante pour une meilleure compréhension de la maladie.

Je donne pour la recherche

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La découverte en détails

Vous avez récemment découvert le rôle de cellules appelées « tanycytes » dans la maladie d’Alzheimer. Pouvez-vous nous en dire plus sur celles-ci ?

Les tanycytes relient le liquide céphalorachidien, dans lequel baigne notre cerveau, avec le sang. Elles forment une sorte de « pont cellulaire ». Elles permettent notamment l’élimination des déchets provenant du cerveau, mais aussi à certaines molécules, comme les hormones qui envoient des signaux au cerveau, de passer du sang vers le liquide céphalorachidien, et facilitent donc la communication entre le cerveau et le reste du corps. Malgré ce rôle primordial, ces cellules ont été peu étudiées jusqu’à aujourd’hui.

Votre spécialité, c’est l’étude des interactions entre le cerveau et les hormones. Comment vous êtes-vous intéressé à la maladie d’Alzheimer ?

Au début, ce sont des recherches sur l’obésité qui nous ont mis sur la voie ! Grâce à un projet financé par la Fondation pour la Recherche Médicale en 2002, nous avions découvert que l’obésité altérait le transport de molécules par les tanycytes. Or, l’obésité à l’âge adulte est un facteur de risque important de la maladie d’Alzheimer. Nous nous sommes donc demandés si les tanycytes jouaient un rôle dans cette maladie. Nous avons découvert que ces cellules jouaient en temps normal un rôle dans l’évacuation du cerveau des protéines tau, protéines impliquées dans la maladie d’Alzheimer.

Quel est le lien entre la protéine tau et la maladie d’Alzheimer ?

Nous produisons tous cette protéine, mais chez les personnes porteuses de la maladie d’Alzheimer, elle va s’accumuler à la fois dans le liquide céphalorachidien et dans le sang. C’est d’ailleurs un marqueur de la maladie, utilisé dans le diagnostic. Mais personne n’avait encore comparé la quantité de cette protéine présente dans le liquide céphalorachidien et la quantité présente dans le sang. En le faisant, nous avons observé que chez les patients atteints par la maladie d’Alzheimer, il y avait plus d’accumulation de protéine tau dans le liquide céphalorachidien que dans le sang, ce qui suggère donc que l’élimination de ces protéines du cerveau est bloquée.

Et les tanycytes seraient donc impliqués dans ce phénomène ?

C’est notre hypothèse, que nous avons tout d’abord vérifiée sur un modèle animal. Lorsqu’on bloque l’activité des tanycytes, la protéine tau s’accumule effectivement dans le cerveau des animaux. On a également remarqué que dans des modèles de la maladie d’Alzheimer, cela accélérait l’apparition de la maladie et de ses symptômes. Ensuite, nous avons observé que dans le cerveau de personnes décédées de la maladie d’Alzheimer, ces tanycytes étaient fragmentés. Ce qui explique pourquoi il y a plus de protéines tau qui s’accumulent dans le cerveau : les cellules responsables de cette élimination sont dégradées.

Cette dégradation a potentiellement un autre impact sur la maladie : elle les empêche de transporter des molécules telles que des hormones dans le liquide céphalorachidien. Cela limite probablement la communication entre le cerveau et le reste du corps chez les personnes porteuses de la maladie d’Alzheimer. Le cerveau peut moins percevoir les informations envoyées par nos organes et donc rétablir ou maintenir l’équilibre corporel.

Quelle suite voyez-vous pour cette découverte ?

On pourrait trouver des marqueurs de la dégradation des tanycytes, et voir si on les retrouve dans le sang et le liquide cephalorachidien des patients. Cela pourrait permettre de servir de marqueur, par exemple chez les personnes obèses, pour savoir quels patients sont à fort risque de développer la maladie d’Alzheimer, et les prendre en charge.

Ensuite, on pourrait tenter d’empêcher par voie médicamenteuse la dégradation future des tanycytes, et donc retarder significativement la maladie d’Alzheimer, de manière préventive.

Auteur

  • Gaia Jouanna, Rédactrice scientifique à la Fondation pour la Recherche Médicale

    Gaia JouannaAutrice

    Rédactrice scientifiqueFondation pour la Recherche Médicale

    Diplômée en journalisme scientifique et Ingénieur AgroParisTech en biotechnologie, santé humaine.

    Texte validé par le chercheur.

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