Tout savoir sur la santé mentale des jeunes

Les dernières données épidémiologiques révèlent une augmentation du mal-être psychique chez les jeunes de 10 à 25 ans, un phénomène qui s’est aggravé depuis la crise sanitaire liée à la Covid-19. Une hausse d’autant plus inquiétante que l’enfance et l’adolescence sont des périodes majeures pour la construction identitaire et sociale.

Pour ne pas laisser les jeunes sans réponse, il est essentiel de prendre la mesure de ce mal-être et d’en comprendre les causes.

Quelques chiffres sur la santé mentale des jeunes

42 % des 18-24 ans présentent des symptômes évocateurs d’un trouble anxieux généralisé, selon la Fédération hospitalière de France. Près de 936 000 jeunes ont bénéficié d’un remboursement de psychotropes en 2023 selon l'Assurance Maladie, soit 18 % de plus qu’en 2019. D'après Santé publique Francr, 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque important de dépression. Enfin, les jeunes âgés entre 15 et 25 ans déclarent avoir une relation nocive, voire toxique, avec leur téléphone portable précise Ramsay Santé : 38 % se déclarent addicts, et 34 % décrivent leur relation comme négative.

Qu’est-ce que la santé mentale ?

L’Organisation mondiale de la Santé définit la santé mentale comme « un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ».

Elle peut être altérée par une maladie psychique, mais aussi par une angoisse, une tristesse ou une souffrance morale. L’adolescence est une période particulièrement sensible : les transformations physiques et psychiques, les conduites à risque et la prise de drogue peuvent accroître le risque de troubles anxieux ou de symptômes dépressifs.

Dresser un état des lieux objectif et comprendre les causes du mal-être des jeunes sont donc des priorités pour la recherche et la santé publique. Le Gouvernement a d’ailleurs prolongé en 2026 la Grande Cause nationale consacrée à la santé mentale.

Une santé mentale qui se dégrade

En 2024, Santé publique France a publié les résultats de l’enquête EnCLASS, menée en 2022 auprès des adolescents en France métropolitaine. « La majorité va bien, puisque 59 % des collégiens et 51 % des lycéens déclarent un bon niveau de bien-être mental. Néanmoins, cette étude montre également une dégradation de leur santé psychique entre 2018 et 2022, touchant davantage les filles que les garçons », résume le Pr Cédric Galéra, pédopsychiatre et chercheur en épidémiologie au centre Inserm Bordeaux Population Health.

Les résultats de cette étude :

  • Entre 2018 et 2022, le risque important de dépression est passé de 5,2 à 6,9 % chez les collégiens et de 13,4 à 21,4 % chez les collégiennes.
  • Chez les lycéennes, il est passé de 18 à 22,7 %, tandis qu’il est resté stable chez les garçons du même âge.
  • En 2022, 15 % des lycéens présentaient un risque important de dépression, 24 % déclaraient avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois et 13 % rapportaient une tentative de suicide.

L’enquête Enabee, menée en 2022, indiquait que 13 % des enfants de 3 à 11 ans scolarisés en élémentaire présentaient au moins un trouble probable de santé mentale. Des indicateurs cliniques confirment cette dégradation. En avril 2026, la Fédération hospitalière de France a indiqué que, depuis 2019, le nombre de prises en charge hospitalières en psychiatrie avait augmenté de 23 % chez les filles de 10 à 14 ans et de 47 % chez celles de 15 à 19 ans. Les hospitalisations en lien avec une tentative de suicide ont, quant à elles, progressé de 118 % chez les filles de 10 à 14 ans.

Quels sont les facteurs de risque de la santé mentale chez les jeunes ?

Au-delà des facteurs de stress psychosocial déjà connus, comme la précarité économique ou les violences, d’autres risques pourraient avoir pris davantage de poids depuis la crise de la Covid-19 : pression scolaire, incertitude face à l’avenir, troubles du sommeil et exposition numérique. Le Pr Cédric Galéra ajoute : « quant à la libération de la parole, oui, la crise sanitaire a mis en lumière la santé mentale des jeunes, avec un regard moins stigmatisant mais gare à l’écart générationnel de perception qui pousserait à croire que les jeunes se plaignent trop ! »


Réseaux sociaux : des usages à mieux encadrer

Après cinq années d’expertise, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié une analyse des risques liés aux réseaux sociaux de type Instagram, TikTok, Snapchat… pour la santé des 11-17 ans. Aujourd’hui, 42 % des adolescents passent entre deux et cinq heures par jour sur leur smartphone, principalement sur ces plateformes.

« L’impact sur la santé mentale ne dépend pas que du temps passé sur les écrans, il faut surtout savoir ce qu’ils y font », souligne Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l’expertise. Notifications, personnalisation des contenus et défilement infini sont conçus pour capter l’attention, alors que les adolescents sont particulièrement sensibles à ces mécanismes. De plus, cette période est un âge où l’on se compare beaucoup, or les réseaux sociaux sont des vitrines de vie idéalisée.

Le rapport de l’Anses identifie plusieurs risques : dégradation du sommeil, dévalorisation de l’image de soi, troubles anxiodépressifs et cyberviolences. La diffusion non consentie d’images intimes touche notamment les jeunes filles. L’expertise souligne que le simple fait, pour un jeune, de parler de ses usages des réseaux avec ses pairs et/ou ses parents a un effet protecteur contre les risques.

L’Anses recommande surtout un meilleur encadrement des plateformes. Une interdiction générale avant 16 ans ne résoudrait pas l’ensemble du problème : les adolescents plus âgés restent vulnérables aux stratégies de captation de l’attention, tandis que les réseaux sociaux peuvent aussi contribuer à la construction identitaire, à l’accès à l’information et au maintien du lien social.


Éco-anxiété : quand l’inquiétude devient une détresse

L’éco-anxiété est « une réaction émotionnelle saine et légitime face à la situation écologique actuelle », explique la Dre Laelia Benoit, pédopsychiatre, sociologue et chercheuse associée au Yale Child Study Center, aux États-Unis. « Elle pose cependant un problème collectif de santé mentale car elle augmente le risque de détresse individuelle se manifestant par la peur, la colère, un symptôme dépressif et/ou de l’anxiété ».

Les jeunes y sont particulièrement exposés : ils disposent d’une capacité d’action plus limitée tout en sachant qu’ils subiront davantage les conséquences de la crise écologique. Les études montrent néanmoins que la participation à des actions collectives, ou simplement les échanges avec des pairs, peuvent réduire les répercussions de cette inquiétude sur la santé mentale.

Prévenir, repérer et mieux prendre en charge la santé mentale des jeunes

Mieux connaître l’état de santé mentale des jeunes et identifier les facteurs de risque permet de concevoir des politiques de prévention et de prise en charge adaptées. De nombreux programmes de recherche évaluent aujourd’hui l’efficacité des actions menées.

Les traitements reposent sur différentes approches, notamment les psychothérapies et les médicaments. Au-delà de la mise au point de nouvelles thérapies, l’enjeu principal est de rendre les solutions existantes plus accessibles et d’améliorer le repérage des jeunes en souffrance afin d’intervenir le plus tôt possible.

  • Pôle des Affaires scientifiquesRelecteur

    Fondation pour la Recherche Médicale

    Pôle composé de personnes ayant toutes une formation scientifique, dont 3 experts en vulgarisation de contenus

Faire un don

Avec la FRM, chacun de vos dons est source de progrès médicaux

TARATATA au profit de la recherche contre le cancer

Le concert inédit «  TARATATA fête les 40 ans du Zenith !  » au profit de la Fondation pour la Recherche Médicale est diffusé ce samedi 10 octobre dès 21h10 sur France 2.

Vous aussi, soutenez la recherche contre le cancer !