Insuffisance cardiaque : comprendre le rôle du système lymphatique

06 juillet 2026

Un dysfonctionnement du système lymphatique pourrait être impliqué dans l’évolution des maladies cardiovasculaires et leur progression vers une insuffisance cardiaque.

Photo du système lymphatique

Première cause de mortalité en France chez les femmes et deuxième chez les hommes, les maladies cardiovasculaires ont entraîné 140 000 décès chez les adultes en 2022. Parmi elles, l’insuffisance cardiaque qui, cette même année, a conduit à plus de 180 000 hospitalisations et à 25 000 décès.

1,5 million de Français vivent avec une insuffisance cardiaque, maladie qui se définit par l’incapacité du muscle cardiaque à assurer une propulsion suffisante du sang dans tout l’organisme. Elle survient généralement après une maladie cardiovasculaire telle que l’angine de poitrine ou l’hypertension artérielle, ou un événement aigu de type infarctus du myocarde.

Si elle n’est pas prise en charge correctement, les répercussions sur la vie quotidienne peuvent être importantes. Depuis plusieurs années, une équipe du laboratoire Endothélium, Valvulopathies et Insuffisance Cardiaque (ENVI, Inserm, université de Rouen), codirigée par Ebba Brakenhielm, s’intéresse à l’implication du système lymphatique cardiaque dans les maladies cardiovasculaires.

Pourquoi s’intéresser au système lymphatique cardiaque ?

Aussi étendu que notre réseau de vaisseaux sanguins mais moins bien connu, le système lymphatique mérite pourtant toute notre attention. Il est en charge de l’élimination des déchets cellulaires et assure le drainage de l’excès d’eau ainsi que de cellules immunitaires, ce qui permet de lutter contre les œdèmes et l’inflammation, très fréquents en cas d’insuffisance cardiaque. Le muscle cardiaque lui-même est parcouru par un réseau de vaisseaux lymphatiques. Le drainage lymphatique de ce réseau est favorisé par les contractions répétées du cœur, qui participent à la propulsion de la lymphe.

Il y a une dizaine d’années, l’équipe de recherche rouennaise a mis en évidence, dans un modèle animal d’infarctus du myocarde, une raréfaction des vaisseaux lymphatiques cardiaques. La diminution de ce réseau entrave la résorption de l’œdème et de l’inflammation locale et à prévenir favorise la fibrose du muscle du cœur. Le risque d’évolution vers une insuffisance cardiaque s’en trouve accru.

Des valves lymphatiques défaillantes dans l’insuffisance cardiaque

Dans une nouvelle étude, Ebba Brakenhielm et ses collègues décrivent les mécanismes moléculaires à l’œuvre au niveau du système lymphatique cardiaque lors d’une insuffisance cardiaque. Ils révèlent que l’inflammation liée à la maladie perturbe l’expression de certains gènes clés, avec pour conséquence une perméabilité accrue des vaisseaux lymphatiques : ils éliminent moins bien l’excès de liquide et les débris cellulaires, ce qui contribue à l’œdème. Par ailleurs, les chercheurs ont découvert l’existence de valves dans ces vaisseaux dont le rôle est d’empêcher le reflux du liquide lymphatique. Or dans les modèles animaux atteints d’insuffisance cardiaque, ces valves sont moins nombreuses.

« Cette étude pionnière nous a permis d’approfondir nos connaissances sur le système lymphatique cardiaque, dont le bon fonctionnement est essentiel pour un cœur en bonne santé. Ces résultats devront être confirmés chez l’humain mais ils suggèrent l’utilité de développer de nouvelles stratégies pour régénérer les valves lymphatiques perdues au cours de l’insuffisance cardiaque, avec l’espoir de rétablir leur fonction essentielle de drainage du cœur », conclut Ebba Brakenhielm.

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Source

Heron, C. et al., “Molecular determinants of cardiac lymphatic dysfunction in a chronic pressure-overload model”, EMBO Molecular Medicine 18, 325–355 (15 janvier 2026) - Lien DOI

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