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Quelques chiffres sur les troubles des conduites alimentaires

Les troubles des conduites alimentaires sont des pathologies fréquentes en France.

Selon l’Assurance maladie, l’anorexie mentale touche environ 1,2 % des femmes et 0,25 % des hommes.

Dans plus de 80 % des cas, les personnes atteintes sont des femmes, avec un pic de fréquence entre 13-14 ans et 16-17 ans. 

La boulimie concerne 1,5 % des 11-20 ans et touche en majorité les femmes (75 % des cas). Le pic de fréquence se situe vers 19-20 ans. Enfin, l’hyperphagie boulimique touche autant les hommes que les femmes, et apparaît plutôt à l’âge adulte. Elle touche 3 à 5 % de la population.

Si l’on englobe toutes les formes de troubles des conduites alimentaires, on estime que 10 % de la population pourrait être concernée.

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Troubles des conduites alimentaires : qu’est-ce que c’est ?

Durant toute notre vie, notre rapport à la nourriture reflète notre état de santé physique ou mentale : notre appétit est fréquemment modifié par des bouleversements passagers (infection, stress, déprime passagère, etc.). Mais, lorsqu’une relation inhabituelle à la nourriture associée à une souffrance psychique s’installe durablement et qu’il y a des conséquences pour la santé, on parle de troubles des conduites alimentaires.

Les plus fréquents sont l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique. Ces pathologies ne doivent pas être confondues avec des habitudes de grignotage ou de suralimentation, ou des restrictions alimentaires liées à un régime. Il s’agit bel et bien de troubles psychiatriques qui, selon certaines données scientifiques, sont du registre des addictions sans drogue.

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Plusieurs types de troubles des conduites alimentaires

On distingue trois principaux troubles des conduites alimentaires.

  • L'anorexie mentale se caractérise par une alimentation insuffisante par rapport aux besoins physiologiques, par des perturbations de la perception du corps liées à l’estime de soi et par un refus de prendre du poids même lorsque le corps est très amaigri. Dans 50 % des cas, l’anorexie mentale peut être associée à des épisodes boulimiques. Elle se distingue de l’anorexie, simple perte de l’appétit plus ou moins temporaire, souvent consécutive à une maladie somatique ou à un état anxieux.
  • La boulimie se manifeste par des crises compulsives d’ingestion de grandes quantités de nourriture, suivies de comportements compensatoires inappropriés (vomissements, jeûne, exercice physique excessif, etc.).
  • L’hyperphagie boulimique, ou accès d’hyperphagie, se présente sous la forme d’épisodes récurrents de crises de boulimie mais sans comportements compensatoires associés.

    Il existe d’autres troubles des conduites alimentaires plus rares : l’alimentation hypersélective (par exemple ne manger que des aliments jaunes), le pica (ingestion compulsive de substances non comestibles), ou encore le mérycisme (régurgitation volontaire et remastication du bol alimentaire).
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Quelles sont les conséquences des troubles des conduites alimentaires ?

Chaque trouble des conduites alimentaires s’accompagne de conséquences physiques importantes.

Pour l’anorexie mentale, ces impacts découlent de la malnutrition voire de la dénutrition qui s’ensuivent (troubles digestifs, arrêt des cycles menstruels, léthargie, déficits cognitifs, dysfonctionnement rénal, ostéoporose, etc.). Le risque de mortalité des malades est multiplié par 5 par rapport à la population générale.

Pour la boulimie, les risques sont liés aux vomissements répétés (à court terme : baisse du taux de potassium sanguin avec risque d’arrêt cardiaque ; à long terme : troubles digestifs et problèmes dentaires).

Quant aux conséquences de l’hyperphagie boulimique, elles sont le plus souvent liées à un surpoids  (maladies métaboliques et cardiovasculaires et atteintes articulaires, notamment.)

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Quels sont les facteurs de risque de développer des troubles des conduites alimentaires ?

Les troubles des conduites alimentaires dépendent de facteurs individuels et socioculturels. Ils sont très souvent associés à un problème d’image du corps, appelé dysmorphophobie. L’anorexie mentale est aggravée par un contexte social et médiatique où la minceur est survalorisée. Elle est très souvent associée à une mauvaise estime de soi. D’autres facteurs de risque psychologiques peuvent intervenir comme des épisodes dépressifs ou des troubles de la personnalité, un perfectionnisme pathologique ou encore un stress précoce (maltraitance infantile par exemple).

Pour ce qui est des facteurs de risque socioculturels, les milieux sportifs, artistiques et celui de la mode, dans lesquels le corps est au premier plan, sont les plus exposés.

Il y aurait également une part génétique dans ces pathologies : pour l’anorexie mentale, les gènes représenteraient de 50 à 60 % des divers facteurs de risque. Une étude a permis d’identifier huit régions génétiques fortement associées à ce trouble. Parmi elles, des gènes qui contrôlent notamment le risque de dépression ou de développer des troubles obsessionnels compulsifs, mais aussi le taux de cholestérol ou d’insuline dans le sang.

Des facteurs épigénétiques (facteurs qui modulent l’expression des gènes) sont aussi très probablement impliqués : des événements traumatiques pourraient en effet modifier l’expression de divers gènes, dont certains contrôlent le développement du cerveau par exemple.

Enfin, autre piste explorée par les chercheurs et non des moindres : le microbiote intestinal, les microorganismes vivant dans nos intestins. Des recherches ont montré que des perturbations durables du microbiote pourraient être impliquées dans les manifestations psychiatriques de l’anorexie, et favoriser les rechutes.

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Quelle est la prise en charge des troubles du comportement alimentaire ?
Les spécialistes recommandent une prise en charge multidisciplinaire et la plus précoce possible de ces troubles des conduites alimentaires. Ainsi, la thérapie doit associer médecin traitant, médecins spécialisés (pour veiller aux systèmes digestifs et cardiovasculaires notamment), médecin psychiatre ou psychologue, médecin nutritionniste ou diététicien. Son objectif est de limiter les conséquences somatiques des troubles des conduites alimentaires et les complications à long terme, et de comprendre les mécanismes psychologiques pour guérir et enrayer une évolution vers la chronicité. La dimension sociale (scolarisation, insertion professionnelle) doit aussi être envisagée.

Autre levier possible dans l’anorexie mentale, les thérapies familiales. Les thérapies cognitives et comportementales sont plutôt indiquées dans le cadre de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique. Enfin, pour l’instant, aucun médicament n’a apporté la preuve d’un intérêt thérapeutique spécifique, à part pour traiter les conséquences psychologiques ou somatiques de ces maladies.
#recherches-actuelles

Quelles sont les voies de recherche prometteuses ?

De nombreuses pistes de recherche sont explorées. En Grande-Bretagne, des études tentent d’identifier des sous-populations de personnes souffrant d’anorexie mentale chez qui les médicaments antipsychotiques peuvent avoir un effet positif ; idem avec des dérivés amphétaminiques mais pour les boulimiques, et à condition de bien surveiller les effets secondaires.

Autre axe exploré par les chercheurs : la neuromodulation. L’idée est d’influer sur le fonctionnement cérébral par le biais de stimulation électrique ou magnétique.

Des équipes ont par exemple évalué l’intérêt de la stimulation cérébrale profonde, où des électrodes sont implantées définitivement dans le cerveau pour stimuler des zones bien précises, chez des patients souffrant d’anorexie mentale sévère et résistante aux thérapies habituelles. Les Canadiens ont obtenu des résultats spectaculaires chez une poignée de patients. Mais il y a encore beaucoup de travail pour identifier la cible cérébrale la plus indiquée.

La stimulation magnétique transcrânienne aurait également un intérêt potentiel. Cette technique a l’avantage de ne pas être invasive et d’être totalement réversible : les zones cérébrales sont stimulées durant plusieurs séances de quelques minutes, par l’intermédiaire de puissants aimants placés de chaque côté du crâne. Les résultats sont pour le moment mitigés. Il reste à identifier les patients, anorexiques ou boulimiques, qui répondent le mieux à ces traitements. Les chercheurs pensent qu’il faudrait aussi intervenir plus tôt dans l’histoire du patient.

Améliorer les filières de soins, pour diagnostiquer et prendre en charge les patients précocement, et identifier des sous-groupes de malades : tels sont donc les enjeux actuels pour les professionnels de soins et de recherche dans le domaine des TCA.

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