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27 mai 2026

Vers une meilleure reconnaissance des cancers professionnels

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En résumé

Portrait du chercheur Moritz Hunsmann

Moritz Hunsmann co-dirige le Groupement d'intérêt scientifique sur les cancers d'origine professionnelle et environnementale dans le Vaucluse (GISCOPE 84), au CNRS.

598 884 €

Somme allouée dans le cadre de l’Appel à Projets «  Environnement et Santé 2025  » de la FRM.

Les cancers professionnels restent largement invisibles : moins de 0,4 % des cancers sont reconnus comme liés au travail en France.

Le projet GISCOPE, porté par un consortium réunissant trois équipes pluriprofessionnelles de chercheurs, reconstitue les expositions professionnelles aux cancérogènes pour mieux détecter et accompagner les patients concernés.

L’objectif : intégrer un dispositif standardisé dans les parcours de soins afin d’améliorer la reconnaissance, la prévention et la réparation des cancers professionnels.

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Le projet en détails

Des cancers professionnels encore largement invisibles

En Europe, près de la moitié des travailleurs sont exposés en routine à des cancérogènes, mais les cancers professionnels restent massivement sous-déclarés et sous-reconnus. En France, bien que la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030 ait pointé l’importance de la reconnaissance et de la prévention des cancers professionnels, le système de reconnaissance des maladies professionnelles (RMP) reste mal adapté à ces maladies, rendant les cancers professionnels socialement et politiquement invisibles. En 2023, moins de 1 800 cas de cancer ont été reconnus comme étant d’origine professionnelle – soit l’équivalent d’environ 0,4 % des nouveau cas de cancers en France. Cela représente bien moins que 10 % des estimations officielles de la part des cancers attribuables au travail, qui sous-estiment encore fortement le phénomène.

Au niveau national, l’identification et la prise en charge des patients concernés – qui sont majoritairement issus de la classe ouvrière – est aujourd’hui largement défaillante. Les patients concernés ne font pas l’objet d’une identification systématique ni d’une prise en charge adaptée. Plusieurs freins expliquent cette lacune du système de santé : les difficultés intrinsèques à l’identification du rôle étiologique du travail dans la cancérogenèse, le manque de formation des professionnels de santé ou encore la méconnaissance de leurs droits par les patients.

Mieux comprendre l’exposition professionnelle aux cancérogènes

En constante augmentation depuis plusieurs décennies, les cancers du sang sont connus pour être liés à de nombreuses expositions toxiques professionnelles et environnementales. Pourtant, à ce jour, seuls trois facteurs de risque (benzène, rayonnements ionisants, butadiène-1,3) sont inclus dans les tableaux de maladies professionnelles du régime général de la Sécurité sociale. Dans le régime agricole, le tableau 59 des maladies professionnelles reconnaît le lien entre l’exposition aux pesticides et certaines de ces pathologies.

Depuis 2018, le GISCOPE 84 reconstitue systématiquement l’historique des expositions professionnelles de malades atteints de cancers du sang. Après avoir détaillé, dans le cadre d‘un entretien avec une enquêtrice, les activités réelles de travail exercées à chaque poste occupé au cours de la carrière, un groupe pluridisciplinaire d’expertise des conditions de travail et des expositions toxiques identifie et caractérise les éventuelles expositions à 65 cancérogènes classés par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et/ou l’Union Européenne. Le cas échéant, il oriente les malades éligibles vers une déclaration de maladie professionnelle. Si les malades souhaitent engager la procédure de RMP, ils bénéficient d’un accompagnement par une assistante sociale spécialisée.

À ce jour, le GISCOPE 84 a documenté plus de 7 000 postes, avec des descriptions détaillées des activités professionnelles réelles, et plus de 13 000 situations d'exposition à des cancérogènes. Fin 2024, sur 476 patients interrogés, la moitié avait été exposée à six cancérogènes ou plus, 56 % ont été orientés vers une procédure de RMP et 10 % ont été reconnus – un taux 20 fois supérieur à la moyenne nationale.

Standardisation et transfert d’une expérience réussie

Porté par trois équipes pluri-professionnelles, ce projet s’appuiera sur l’enquête GISCOPE pour développer un dispositif transférable de détection et d’accompagnement des malades atteints de cancers professionnels, pour le tester dans le Vaucluse et pour préparer son transfert à Marseille et à Brest. Dans une collaboration étroite entre chercheurs et professionnels hospitaliers, l’enjeu est de concevoir un dispositif qui soit pleinement intégré dans le parcours de soins en hématologie. Cela implique de définir un protocole standardisé (screening initial des patients, enquête sur les expositions professionnelles, accompagnement administratif), de le mettre en œuvre sur les trois sites d’expérimentation, et d’identifier comment ce dispositif pourrait être pérennisé et rendu généralisable – grâce à la création d’actes tarifés, par exemple.

L’intervention permettra d’améliorer significativement la reconnaissance des cancers d’origine professionnelle, de renforcer leur visibilité, de former les professionnels de santé à leur prise en charge et de réduire les inégalités d’accès à la reconnaissance et la réparation. En reconstituant l’exposome professionnel détaillé des malades concernés, le projet permettra, à terme, des recherches innovantes sur l’impact des expositions aux cancérogènes sur la réponse au traitement et la survie des malades.

Ce projet est porté par un consortium réunissant trois équipes pluriprofessionnelles associant chacune des chercheurs en sciences sociales et santé publique, des hématologues cliniciens, ainsi que d’autres professionnels de santé. Ces équipes sont implantées sur trois sites hospitaliers complémentaires, car reflétant des contextes de prise en charge différents : le Groupement hospitalier de territoire du Vaucluse (GHT 84), l’Institut Paoli-Calmettes (CLCC) à Marseille et le CHU de Brest.


Porteur principal de projet

  • Moritz Hunsmann co-dirige le Groupement d'intérêt scientifique sur les cancers d'origine professionnelle et environnementale dans le Vaucluse (GISCOPE 84). Après un doctorat et un post-doctorat consacrés aux enjeux politiques et sanitaires de la lutte contre le VIH/sida en Tanzanie et aux initiatives de santé globale en Afrique, il a dirigé le volet tanzanien d'un projet de recherche sur les processus de définition des priorités en matière de santé maternelle et néonatale au Ghana et en Tanzanie. Au sein du CNRS depuis 2015, il a contribué à la création de deux groupes de recherche fortement interdisciplinaires, impliquant des chercheurs en sciences sociales et en sciences de la vie et médicales. Ainsi, il a été à l’origine de la création du GISCOPE 84, qu’il co-dirige depuis lors, et il a coordonné un programme de recherche sur les enjeux sanitaires liés aux pesticides en Tanzanie et au Burkina Faso.

Co-porteurs du projet

  • Sylvain Garciaz est hématologue à l'Institut Paoli-Calmettes et maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille. Il supervise l'unité de phase précoce labélisée CLIP2 et coordonne les essais cliniques de phase précoce en hématologie. Ses travaux portent sur les leucémies aiguës myéloïdes et les nouvelles thérapeutiques, afin de lutter contre la résistance aux thérapies conventionnelles.
  • Jorge Muñoz est professeur de sociologie, à l’Université de Bretagne occidentale, à Brest. Il développe des projets sur la réparation des accidents du travail, la prévention des risques professionnels, les arrêts de travail et, plus récemment, le suivi médical des anciens salariés exposés à des agents cancérogènes.

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