Les PFAS émergents sont-ils aussi toxiques que les « historiques » ?Les PFAS émergents sont-ils aussi toxiques que les « historiques » ?

29 mai 2026

Les PFAS émergents sont-ils aussi toxiques que les « historiques » ?

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En résumé

Portrait de la chercheuse Sylvie Remaud

Sylvie Remaud est chercheuse dans l’équipe « Interactions corps-cerveau lors des processus adaptatifs » du Muséum National d'Histoire Naturelle, à Paris.

599 483 €

Somme accordée dans le cadre de l’Appel à Projets « Environnement et Santé 2025 » de la FRM.

Les PFAS émergents remplacent progressivement les PFAS historiques, mais leurs effets sur la santé et l’environnement restent encore mal connus malgré des soupçons de toxicité similaire.

Le projet PROMISE analyse la présence de ces substances dans la faune et étudie leurs impacts sur le cerveau, notamment sur les cellules neurales, la myéline et l’activité neuronale.

Au-delà des effets biologiques, les chercheurs s’intéressent aussi aux conséquences psychologiques de cette pollution, notamment à l’éco-anxiété chez les jeunes exposés.

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Le projet en détails

Les PFAS émergents, une menace encore mal connue

Les substances perfluoroalkylées (PFAS) sont une famille de composés chimiques fabriqués par l’homme depuis les années 1940. On les retrouve dans de nombreux objets du quotidien, comme les poêles antiadhésives, les vêtements imperméables ou les mousses anti-incendie. Extrêmement résistantes, elles persistent dans l’environnement et s’accumulent dans les tissus vivants.

Des études ont montré que les PFAS, dits « historiques », sont neurotoxiques, reprotoxiques et perturbateurs endocriniens (ils interfèrent avec les hormones thyroïdiennes et les hormones sexuelles notamment). Des études ont également montré qu'ils provoquaient des altérations du métabolisme des lipides, une toxicité au niveau du foie.

Si ces substances ont été interdites récemment, elles sont remplacées par de nouveaux PFAS, appelés PFAS émergents ou « emPFAS », que l’on retrouve de plus en plus dans la faune sauvage. Leurs effets sur la santé restent méconnus, mais ils pourraient être tout aussi toxiques que leurs prédécesseurs.

Toxicité et bioaccumulation des emPFAS

Le projet scientifique PROMISE (PFAS Research on one & mental health and psychological/social impacts on society and environment) cherche à mieux comprendre les dangers de ces nouveaux composés, en utilisant une approche pluridisciplinaire allant des sciences de l’environnement à l’épidémiologie. Il projette de surveiller la présence de emPFAS dans la nature, notamment chez des espèces « sentinelles » (amphibiens, rongeurs et oiseaux marins contaminés respectivement par l’eau, le sol et l’alimentation), sur deux sites inégalement exposés aux PFAS (Pierre-Bénite près de Lyon et l’Ile de Ré).

Les effets des emPFAS, à des doses retrouvées dans l’environnement, seront ensuite évalués sur les fonctions cérébrales ainsi qu’au niveau cellulaire et moléculaire, et ce à l’aide de modèles animaux de laboratoire (in vitro et in vivo). Les chercheurs se focaliseront sur :

  • la formation de nouvelles cellules neurales,
  • la formation de la gaine de myéline, une gaine riche en gras qui entoure les fibres nerveuses et est essentielle à la conduction de l'influx nerveux,
  • le fonctionnement de la barrière hémato-encéphalique, une barrière chargée de protéger le cerveau et qui limite le passage vers le cerveau des molécules toxiques ou inflammatoires et des agents pathogènes circulant dans le sang,
  • l'activité neuronale.

Eco-anxiété

Dans un second temps, les chercheurs évalueront la possibilité que cette pollution a des conséquences psychologiques, notamment chez les jeunes, en s’intéressant à l’éco-anxiété chez des lycéens exposés à ces substances dans l’eau du robinet. En effet, l’idée même que des « polluants éternels » puissent s’accumuler silencieusement dans l’organisme peut générer un sentiment de malaise. L’information grandissante des citoyens, alors que les moyens de prévention de l’exposition ou de son impact en termes de santé sont limités, pourrait contribuer à augmenter l’éco-anxiété.

Ce projet s’inscrit dans une démarche plus large pour mieux comprendre les effets des nouveaux PFAS sur la santé et l’environnement, conformément aux recommandations des autorités sanitaires. Il permettra de documenter la prévalence et la bioaccumulation de ces substances émergentes dans l'environnement et ses effets sur la santé humaine, en particulier les impacts neurotoxicologiques. Au-delà des impacts physiologiques, ce projet aborde une dimension relativement inexplorée : la manière dont la perception et la réalité de la contamination sont associés à la santé mentale et au sentiment de vulnérabilité environnementale des jeunes, par ailleurs éprouvés par l’incertitude climatique.

Porteuse principale du projet

  • Sylvie Remaud est maître de conférences et chercheuse dans l’équipe « Interactions corps-cerveau lors des processus adaptatifs » du Muséum National d'Histoire Naturelle, à Paris. Neuroendocrinologue, elle s’intéresse particulièrement aux cellules souches neurales et à la façon dont les hormones thyroïdiennes influencent leur destin (neuronal ou cellules gliales). Plus récemment, ses travaux ont révélé que certains composés présents dans notre environnement quotidien, les PFAS (ou « polluants éternels »), s'accumulent dans la gaine de myéline, une gaine qui entoure les nerfs, et altèrent sa stabilité et sa fonction.

Co-porteurs du projet

  • Bruno Stankoff est neurologue et professeur de neurologie à Sorbonne-Université, à Paris. Il est responsable du Centre de ressources et de compétences sur la sclérose en plaques à l’Hôpital Saint-Antoine et de l'équipe « Réparation dans les pathologies démyélinisantes : de la biologie à l’application clinique » à l'Institut du Cerveau, à Paris. Ce projet sera réalisé en collaboration avec Bernard Zalc Directeur de recherche Inserm émérite à l’Institut du cerveau.
  • Jérôme Badaut est directeur de recherche titulaire au CNRS. Ses recherches portent sur l'interaction entre les astrocytes et lescellules endothéliales au sein de l’unité neurovasculaire, en conditions physiologiques et après perturbation cérébrale due à des changements environnementaux, incluant l'exposition à des polluants de notre quotidien (par exemple les « polluant éternels »…).
  • Maria Melchior est épidémiologiste, Directeur de recherche (DR1) à l’Inserm, au sein de l’équipe Epidémiologie Sociale, Santé Mentale et Addiction de l’IPLESP. Ses travaux portent sur les inégalités sociales dans le domaine de la santé mentale et des conduites addictives, avec un intérêt particulier pour les trajectoires développementales depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte et la transmission intergénérationnelle.

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