Des déterminants environnementaux de l’hypothyroïdie congénitale




25 mai 2026
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Aurore Carré est chargée de recherche Inserm, au sein de l’équipe « Immunologie et génétique du diabète et des maladies endocriniennes », de l’Institut Cochin, à Paris et membre d’une équipe associée à l’Institut Imagine.
Somme accordée par la FRM dans le cadre de l’Appel à Projets « Environnement et Santé 2025 ».
A la naissance, certains nouveau-nés présentent une insuffisance en hormones thyroïdiennes. Celle-ci est due à une maladie nommée hypothyroïdie congénitale (HC), qui peut entraîner un retard mental et un retard de développement du nourrisson si elle n’est pas traitée rapidement.
Bien que ces troubles soient souvent attribués à une origine génétique, leur forte hausse depuis 1982 (+5,1 %) indique l’intervention possible d’autres facteurs.
Des éléments extérieurs, comme une carence en iode dans l'alimentation maternelle pendant la grossesse ou l’exposition à des produits chimiques, notamment aux perturbateurs endocriniens (PE), sont ainsi suspectés de jouer un rôle dans l’apparition de la maladie.
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Dans de nombreux pays européens, dont la France, les concentrations urinaires d'iodure chez les femmes en âge de procréer sont inférieures aux concentrations recommandées, reflétant un apport insuffisant en iode. Des chercheurs ont suggéré que cette carence pourrait aggraver les effets perturbateurs de l'exposition à certains produits chimiques, tels les composés perfluorés (PFAS). Cette double exposition pourrait-elle être l’une des causes de l'augmentation de l'HC observée ces dernières années ?
Le projet vise à étudier comment la carence en iode, les PFAS et la génétique influencent le développement thyroïdien et cérébral. Les chercheurs étudieront sur un modèle murin, l'exposition embryofœtale aux trois facteurs, séparément et ensemble. Ils pourront ainsi caractériser les effets à court et long termes des facteurs génétiques et environnementaux sur le développement thyroïdien et cérébral et analyser les interactions gènes-environnement de chaque facteur, séparément et combinées au niveau moléculaire.
Les chercheurs tenteront de comprendre comment l’exposition aux PFAS (polluants éternels accumulés dans les organismes et l'environnement) peut altérer conjointement avec une carence en iode le développement du système thyroïdien et neural. Ils espèrent trouver des signes de perturbation précoce, qui indiqueraient quel nouveau-né est susceptible de développer un trouble thyroïdien ou cérébral.
En parallèle, les chercheurs exploreront les effets psychologiques sur les parents de l’annonce du diagnostic d’hypothyroïdie congénitale chez leur enfant, et les implications potentielles de l’exposition aux perturbateurs endocriniens. Des entretiens avec 40 parents d’enfants atteints d’HC seront menées à l’Hôpital Necker à Paris afin d’étudier comment le diagnostic affecte le comportement et la culpabilité des parents et comment le fait d’avoir des clés pour agir (supplémentation en iode, diminution des PFAS) peut améliorer cet état anxieux voire dépressif.
Ce projet permettra d’aider les femmes enceintes à améliorer leur mode de vie en réduisant leur exposition aux PFAS. Il contribuera au débat actuel sur la supplémentation systématique en iode pendant la grossesse et fournira des données scientifiques pour les politiques de santé publique. Il offrira un meilleur soutien psychosocial aux parents. Il permettra d’envisager des analyses chimiques et épigénétiques ciblées sur des échantillons sanguins prélevés à la naissance, afin de dépister les nourrissons à risque.
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