Fiona Francis, Prix Brixham Foundation 2023.  Elle travaille à comprendre à comprendre les anomalies du développement du cortex cérébral.Fiona Francis, Prix Brixham Foundation 2023.  Elle travaille à comprendre à comprendre les anomalies du développement du cortex cérébral.

08 janvier 2026

Cancer du pancréas : un rôle protecteur des nerfs dans les lésions pré-cancéreuses

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En résumé

Portrait du chercheur Fanny Mann

Cette avancée a été obtenue par Fanny Mann, directrice de recherche au CNRS, à la tête de l’équipe « Plasticité axonale dans le développement et le cancer » à l’Institut de Biologie du Développement de Marseille.

438 467 €

Financement accordé en 2021 à Fanny Mann pour une équipe FRM sur 3 ans

Dans certains cancers, dont le cancer du pancréas, des nerfs sont présents dans les tumeurs

Fanny Mann et son équipe ont découvert que la présence de nerfs dans les lésions pré-cancéreuse avait un effet protecteur contre le cancer du pancréas

La chercheuse nous explique cette découverte, et ce qu’il reste à élucider

Je donne pour la recherche

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Le projet en détails

Pourquoi vous êtes-vous intéressée au cancer du pancréas ?

Le cancer du pancréas est actuellement un cancer incurable, avec un mauvais pronostic. Près de 16 000 nouveaux cas de cancers du pancréas diagnostiqués en France en 2023, et ce cancer a été responsables de 12 700 décès en 2021. Il est donc primordial de mieux comprendre les mécanismes impliqués, et de trouver de nouvelles pistes thérapeutiques.

A l’origine, je ne travaillais pas sur le cancer, mais sur le développement du système nerveux. Je m’intéressais aux mécanismes de croissance des neurones lors du développement embryonnaire. Plus précisément, j’étudiais les molécules de guidage qui permettent d’orienter cette croissance. Or, beaucoup de ces molécules, qui sont habituellement produites par le corps avant la naissance uniquement, sont à nouveau présentes dans certains cancers, et notamment le cancer du pancréas.

Dans vos recherches, vous étudiez le lien entre les nerfs et cellules du pancréas. Ce lien peut surprendre, qu’est-ce qui vous y a mené ?

Pendant longtemps, on pensait qu’il n’y avait pas de nerfs dans les tumeurs. Et pourtant, depuis une quinzaine d’années, la présence de nerfs a été observée dans plusieurs types de cancers, dont le cancer du pancréas. On s’est donc demandé si la présence des molécules de guidages et la présence de nerfs pouvaient être liées, et quel était leur rôle vis-à-vis de la progression du cancer.

Vos dernières recherches semblent montrer un rôle plutôt protecteur de ces nerfs ?

En effet. Nous nous sommes intéressés au développement du cancer du pancréas, surtout aux étapes très précoces, avant même l’établissement d’une tumeur cancéreuse. Ces premiers stades se manifestent souvent par une inflammation chronique qui va mener à la formation de lésions pré-cancéreuses. Mais ces lésions sont fréquentes, et seule une infime partie d’entre elles vont donner un cancer.

On a découvert que ces lésions pré-cancéreuses sont très fortement innervées par des fibres du système nerveux sympathique. Nous avons identifié une molécule de guidage exprimée par les cellules pré-cancéreuses du pancréas qui stimule la croissance de ces fibres nerveuses. Or, si l’on bloque cette molécule, les lésions pré-cancéreuses sont moins innervées, et elles évoluent plus souvent vers des formes plus graves, celles qui ont le plus de risque de se transformer en tumeur cancéreuse.

Nous en avons donc conclu que cette molécule de guidage ainsi que la présence de nerfs sympathiques jouent un rôle protecteur qu’il est important de préserver.

Quelle application possible pour les patients ?

Peut-être que cette molécule qui est exprimée très précocement pourrait être utilisée pour diagnostiquer des lésions pré-cancéreuses. Mais, étant donné que seul un petit nombre d’entre elles vont évoluer vers un cancer, l’important est surtout de comprendre ce qui guide cette évolution.

On peut aussi supposer que ce mécanisme, qui mène à la mise en place de nerfs dans les lésions pré-cancéreuses, est altéré dans certains patients. Par exemple, chez les personnes âgées dont le système nerveux est moins plastique. Cela pourrait expliquer en partie les facteurs de risque liés à l’âge pour le cancer du pancréas.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Désormais, nous souhaitons étudier les nerfs dans les tumeurs cancéreuses une fois que celles-ci se sont développées. Nous avons également commencé à travailler sur ce sujet grâce au financement de la Fondation pour la Recherche Médicale. Dans les lésions cancéreuses, ce ne sont plus le même type de cellules nerveuses qui sont présentes. Ce sont des fibres sensorielles qui sont notamment impliquées dans la douleur. Contrairement aux nerfs présents dans les lésions pré-cancéreuses, celles-ci semblent aider à la croissance de la tumeur. Nous souhaitons donc étudier plus amplement ce changement. Nous essayons également de développer des « modèles miniatures » de tumeurs, appelés organoïdes tumoraux, et d’intégrer des neurones à ces modèles. C’est un défi, mais aussi ce qui rend ce projet passionnant : il s’agit d’un champ d’investigation nouveau, à l’interface entre les neurosciences et la cancérologie, deux domaines qui n’avaient encore que très peu dialogué.

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