Cancer du pancréas : un rôle protecteur des nerfs dans les lésions pré-cancéreuses


Le cancer du pancréas est l’un des cancers dont l’incidence augmente le plus rapidement, tout particulièrement en France. Il reste associé à un pronostic des plus défavorables. Mais de récents résultats encourageants sur de nouvelles pistes thérapeutiques permettent enfin d’espérer un meilleur contrôle de la maladie. Pour les chercheurs comme pour les médecins, les défis à relever sont encore nombreux.
Près de 16 000 nouveaux cas de cancers du pancréas diagnostiqués en France en 2023, dont 52 % chez les hommes. Ces cancers ont été responsables de 12 700 décès en 2021. L’âge médian au moment du diagnostic est de 71 ans chez les hommes et 74 ans chez les femmes. On estime aujourd’hui que seules 11 % pour les personnes pour lesquelles le diagnostic a été posé entre 2010 et 2015 étaient encore en vie 5 ans après. Bien que cela reste trop peu, c’est 7 points de mieux qu’en 1990.
D’ici 2030, le cancer du pancréas devrait devenir la 2e cause de mortalité par cancer en France, derrière les tumeurs du poumon. Pourtant c’est un cancer relativement peu fréquent, au 7e rang actuellement quant au nombre de nouveaux cas par an. Mais cette incidence augmente rapidement… en faisant une pathologie qui risque de toucher de plus en plus de personnes ces prochaines années.
Avant de définir ce qu’est un cancer du pancréas, revenons sur le rôle de cet organe. Le pancréas est situé dans l’abdomen, secrète des enzymes digestives et des hormones qui régulent le taux de sucre dans le sang, comme l’insuline et le glucagon.
Dans 90 % des cas, la tumeur est un « adénocarcinome » qui se développe à partir des cellules produisant les enzymes digestives, les sucs pancréatiques. La forme la plus fréquente est l’« adénocarcinome canalaire pancréatique ».
Dans les 10 % restants, la tumeur se développe à partir des cellules productrices d’hormones, on parle de tumeur « neuroendocrine ».
Le cancer du pancréas est très souvent découvert à un stade avancé. Les tumeurs pancréatiques peuvent en effet évoluer plusieurs années sans provoquer de symptômes. Et lorsqu’ils surviennent, ils sont peu spécifiques. Ainsi, on peut citer :
La pancréatite est une inflammation du pancréas. On la qualifie « d’aigue » lorsque l’inflammation se développe rapidement et se résorbe en quelques jours à semaines, ou de « chronique » lorsqu’elle persiste. La forme aigue peut-être liée à des calculs biliaires ou à une consommation importante d’alcool. La forme chronique est souvent liée à une grande consommation d’alcool ou au tabagisme.
Différents examens d’imagerie peuvent être entrepris en cas de symptômes évocateurs, comme l’échographie ou l’imagerie par résonnance magnétique (IRM). Malgré tout, l’essentiel repose sur un scanner de l’abdomen pour déterminer le stade d’évolution de la tumeur.
Une biopsie est ensuite réalisée par écho-endoscopie, une procédure chirurgicale dans laquelle l’endoscopie est couplée à l’utilisation d’une sonde à ultrasons afin d’obtenir des images échographiques des structures internes à l’abdomen comme le pancréas et le foie. Cet examen est réalisé sous anesthésie générale pour confirmer le diagnostic.
Enfin, à noter, dans certains cas, peut être dosé dans le sang une molécule, un marqueur tumoral appelé « CA 19-9 », mais il ne sert qu’à orienter le diagnostic et ne suffit pas à lui seul à établir la présence d’un cancer.
Environ 5 % des cancers du pancréas sont liés à une prédisposition génétique. Certaines mutations comme celle des gènes CDKN2A, BRCA1 ou encore BRCA2 augmentent le risque et nécessitent une surveillance spéciale. Certains d’entre eux sont aussi impliqués dans d’autres cancers comme le mélanome, le sein et l’ovaire.
La prise en charge du cancer du pancréas varie selon l’extension de la tumeur, c’est-à-dire en fonction de son échappement ou non de son lieu d’origine et de son expansion dans l’organisme.
Ce terme qualifie des tumeurs qui peuvent être retirées par chirurgie. C’est le cas dans 15 % des cas. Leur ablation est suivie d’une chimiothérapie.
Pour ce type de tumeur pour lesquelles une opération n’est pas possible d’emblée, une chimiothérapie dite d’induction est proposée en vue de réduire le volume tumoral pour par la suite pouvoir retirer la tumeur. La radiothérapie peut avoir sa place.
Pour ce type, une chimiothérapie est proposée associée parfois à la radiothérapie.
Les cas de cancers du pancréas sont en hausse en France : le nombre de cas a été multiplié par 2 chez les hommes et par 3 chez les femmes en 1998 et 2018. En 2023, plusieurs études françaises ont mis en cause l’exposition à certains pesticides, sans pour autant mettre en évidence un lien de cause à effet. En 2025, c’est le cadmium qui a été suspecté.
Pour en avoir le cœur net, ces chercheurs viennent de lancer l’étude Expo-PanCan : en se basant sur la cohorte E3N, plus de 100 000 femmes suivies depuis les années 1990, ils espèrent comprendre comment les modes de vie, l’alimentation, l’obésité, le tabac mais aussi l’exposition aux contaminants alimentaires et aux polluants atmosphériques influent sur le risque de cancer du pancréas.
Le diagnostic de ce cancer peut parfois s’avérer compliqué, car la tumeur n’est pas toujours accessible. Cela rend les prélèvements et leur analyse peu aisé. Les chercheurs souhaitent donc améliorer les techniques de biopsie afin de progresser sur la prise en charge de la maladie. Pour améliorer le diagnostic, il est conseillé de pratiquer un dépistage plus systématique du diabète dans la population générale et d’intensifier le suivi des personnes atteintes.
Toutefois, le diabète étant rarement le symptôme initial d’un cancer du pancréas, un dépistage généralisé n’est pas pertinent. La surveillance doit donc cibler l’apparition de troubles digestifs, car une perte de poids isolée n’a pas de spécificité chez ces patients.
Trouver la meilleure thérapie pour chaque patient est un indispensable pour les médecins, car tous ne réagissent pas de la même façon aux traitements contre le cancer. Si le premier traitement échoue, la santé du patient peut se dégrader et les tumeurs peuvent devenir plus difficiles à soigner par la suite.
Des chercheurs ont mis en évidence l’existence d’une « signature ARN », reflétant le niveau d’expression de certains gènes tumoraux qui rend une tumeur plus ou moins sensible à un médicament donné. Elle permettrait de prédire, pour un patient donné, la chimiothérapie la plus efficace. L’intérêt de cette signature ARN comme test d’orientation thérapeutique a déjà été validée dans plusieurs situations et est évaluée dans le cadre d’essais cliniques en cours.
Plus de 90 % des cancers du pancréas sont porteurs de mutations sur le gène KRAS qui agissent comme des moteurs de la croissance tumorale. Des thérapies ciblées de type inhibiteurs de KRAS existent déjà et permettent de traiter avec succès certains cancers du poumon et du côlon notamment. Mais elles sont inefficaces contre les tumeurs du pancréas car la nature des mutations est différente. Un essai clinique de phase III vient de se terminer pour évaluer l’intérêt d’un inhibiteur universel (ciblant toutes les mutations de KRAS) qui pourrait convenir donc à tous les patients. Les premiers résultats sont attendus avec beaucoup d’espoir d’ici l’année prochaine.
Par ailleurs, d’autres essais sont en cours pour un inhibiteur ciblant précisément la mutation de type G12-D, présente dans 40 % des tumeurs du pancréas, avec l’espoir d’une efficacité supérieure et moins d’effets secondaires puisqu’il s’agit d’une thérapie plus ciblée.
Récemment, les vaccins à ARN ont suscité un nouvel espoir. Chez des patients opérés et traités par chimiothérapie, la vaccination permet d’entraîner le système immunitaire à reconnaître et détruire les cellules cancéreuses résiduelles. Des essais cliniques préliminaires ont montré des résultats encourageants, qu’il s’agisse de vaccins à ARN « universels », c’est-à-dire contre toutes les tumeurs du pancréas, ou personnalisés, spécifiques à chaque patient. Cette dernière option étant plus efficace mais aussi plus chère et plus compliquée à mettre en œuvre.
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