Anorexie mentale : un nouveau biomarqueur qui prédit le risque de chronicisationAnorexie mentale : un nouveau biomarqueur qui prédit le risque de chronicisation

15 septembre 2026

Anorexie mentale : un nouveau biomarqueur qui prédit le risque de chronicisation

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En résumé

Portrait de la chercheuse Chloé Tezenas du Montcel

Cette avancée a été obtenue par Chloé Tezenas du Montcel, psychiatre, qui a réalisé sa thèse de sciences sous la co-direction de Virginie Tolle et du Pr Philip Gorwood dans l’équipe « Vulnérabilité génétique aux comportements addictifs » à l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris.

103 000 €

Financement FRM accordé en 2020 à Chloé Tezenas du Montcel pour la réalisation d’une thèse de science.

Chloé Tezenas du Montcel a montré le lien entre le taux sanguin d’une hormone, nommée LEAP2, et le risque de rechute vers l’anorexie mentale chez certaines patientes.

Cette découverte pourrait avoir des applications pour l’accompagnement de ces patientes.

Chloé Tezenas du Montcel décrypte avec nous les résultats de son projet.

Je donne pour la recherche

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La découverte en détails

Vous êtes psychiatre et avez effectué un doctorat de sciences, qu’apporte cette formation, en particulier dans votre discipline ?

Ce doctorat était le prolongement de mon activité clinique sur les troubles du comportement alimentaire à la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale à l’hôpital Sainte-Anne à Paris et dans d’autres services de psychiatrie que j’ai découverts au cours de mon internat. Faire de la recherche à temps plein pendant plusieurs années permet de se confronter à la rigueur de la démarche scientifique, aux méthodologies, et aussi de se rendre compte de l’investissement personnel que cela représente !

Malheureusement, nous sommes peu nombreux en psychiatrie à choisir cette formation. Peut-être parce que face aux difficultés de nos patients, les applications des recherches semblent trop lointaines et le temps passé au laboratoire est vu comme moins gratifiant ou moins utile que celui consacré au service des personnes en souffrance… Pourtant la recherche en psychiatrie est passionnante ! Et elle est indispensable pour développer les innovations dont a besoin le domaine de la santé mentale aujourd’hui.

Quels sont les premiers résultats que vous aviez obtenus lors de vos travaux de thèse sur l’anorexie mentale ?

Le projet visait à identifier des biomarqueurs pour repérer les personnes à risque de développer une anorexie mentale chronique. Dans certains cas, en effet, l’anorexie mentale peut durer des années, voire toute la vie. L’objectif est donc de pouvoir anticiper le risque pour mieux suivre ces personnes.

Pour cela, nous nous sommes intéressés à deux hormones qui, en conditions physiologiques, régulent l’appétit selon l’état nutritionnel : la ghréline, qui est orexigène, c’est-à-dire qui envoie au cerveau un signal de faim, et LEAP2, son antagoniste, qui agit sur le même récepteur avec un effet opposé anorexigène (« coupe-faim »). Nous avons étudié les concentrations sanguines de ces hormones dans un modèle murin de restriction alimentaire développé au laboratoire et chez 30 patientes atteintes d’anorexie mentale à différents états nutritionnels, et les avons comparées à celles de sujets sains en état de jeûne (représentant l’adaptation physiologique).

Les premiers résultats, publiés à la fin de ma thèse, en 2023, ont montré une dérégulation de la balance ghréline/LEAP2 chez les patientes souffrant d’anorexie mentale, qui ne s’ajustait plus en fonction de leur état nutritionnel. De plus, cette dérégulation était identifiée spécifiquement chez 17 patientes dont la restauration pondérale était instable (marquant un risque de rechute), indiquant une mauvaise signalisation des besoins nutritionnels.

Quel a été le deuxième volet de ces travaux, qui fait l’objet d’une nouvelle publication ?

La suite de nos expériences a consisté à étudier le lien entre cette dérégulation de LEAP2 et l’impulsivité cognitive 1, dont on sait qu’elle est moindre dans l’anorexie mentale (conséquence : la perte de poids, récompense à long terme, est préférée à l’alimentation, récompense à court terme). Nous montrons que lorsque la récupération pondérale est stable, la balance ghréline/LEAP2 est corrélée avec le contrôle des impulsions. Traduction : quand le taux de ghréline dépasse celui de LEAP2, le signal de faim prend le pas et l’impulsivité augmente. On peut imaginer que cela conduit à la recherche de nourriture. En revanche, dans le groupe de patientes à la restauration pondérale instable, l’impulsivité cognitive n’est pas restaurée, le couplage entre les signaux métaboliques et l’impulsivité ne fonctionne pas. Ce qui pourrait justifier que ces patientes-là auraient davantage tendance à persister dans la restriction alimentaire.

En conclusion, LEAP2 est l’un des premiers marqueurs identifiés du risque de rechute dans l’anorexie mentale, il pourrait permettre d’accompagner les patients qui le nécessitent. Un brevet a d’ailleurs été déposé. Enfin, nous avons tenté de voir s’il existe un lien entre les taux de LEAP2 et le circuit cérébral de la motivation, sans y parvenir. Mais c’est un travail qui se poursuit aujourd’hui dans l’équipe avec une autre doctorante. L’objectif est aussi d’obtenir un modèle de laboratoire qui reflète mieux l’anorexie mentale dans ses composantes physiologiques. Cela permettra de mieux modéliser ce qui a été observé chez les patientes, par exemple, la persistance d’un taux élevé de LEAP2 après la restauration pondérale.

Résumé schématique montrant l’implication de la balance ghréline/LEAP-2 dans la stabilisation pondérale et la rechute dans l’anorexie mentale (AM) © FRM

Résumé schématique montrant l’implication de la balance ghréline/LEAP-2 dans la stabilisation pondérale et la rechute dans l’anorexie mentale (AM)

Allez-vous poursuivre la recherche en psychiatrie ?

Absolument ! Je suis juste de retour à l’hôpital Sainte-Anne, où je vais exercer en tant que praticienne hospitalière, après 2 ans de postdoctorat au Louvain Drug Research Institute (LDRI) de l’Université Catholique de Louvain, à Bruxelles. Là-bas, dans le laboratoire de Métabolisme et Nutrition, aux côtés d’Amandine Everard et de ses collègues, je me suis intéressée aux troubles des conduites alimentaires associés à l'obésité, en particulier à l'hyperphagie boulimique 2, en lien avec le microbiote intestinal et le dialogue intestin-cerveau.

Mon objectif pour les années à venir est de développer un service dédié à l'hyperphagie boulimique à la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale à l’hôpital Sainte-Anne et de poursuivre en parallèle les recherches sur les mécanismes des troubles des conduites alimentaires en collaboration avec le laboratoire belge. L’idée ? Amener une approche translationnelle pour améliorer la pertinence clinique de nos modèles de laboratoire et, à terme, améliorer la prise en charge des patients. Ces sujets, qui ont une composante sociétale, sont passionnants !

Lexique

  1. Impulsivité cognitive : mode d’évaluation qui détermine le choix d'un individu entre une récompense immédiate et une récompense retardée.
  2. Hyperphagie boulimique : répétition d’accès hyperphagique ou crise de boulimie, c’est-à-dire absorption d’une grande quantité de nourriture sur un temps limité sans conduites compensatoires.

Source

Tezenas du Montcel C, Hamelin H, Lebrun N et al. The role of LEAP2 on cognitive impulsivity after refeeding: evidence from a preclinical study in female mice and from patients with anorexia nervosa. Transl Psychiatry 2026, 16 ; 146. - Lien DOI

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