Une protéine naturelle contre la douleur chronique : l’espoir TAFA4

25 mars 2026

La douleur chronique touche des millions de personnes et reste aujourd’hui difficile à traiter sans effets secondaires majeurs.

Dans sa dernière chronique pour «  Grand Bien Vous Fasse !  » sur France Inter, notre parrainThierry Lhermitte revient sur les travaux très prometteurs du chercheur Aziz Moqrich, spécialiste mondial de la douleur, soutenu de longue date par la Fondation pour la Recherche Médicale.

De la découverte d’une protéine naturelle « antidouleur » aux premiers essais cliniques chez l’homme, un véritable espoir thérapeutique se dessine.


Une protéine clé dans le contrôle de la douleur

Invité par Ali Rebeihi dans Grand Bien Vous Fasse, Thierry Lhermitte évoque les avancées récentes des recherches menées par Aziz Moqrich, chercheur à l’Institut de biologie du développement Marseille‑Luminy. Avec son équipe, il s’intéresse depuis plusieurs années aux mécanismes de la douleur chronique, un domaine complexe dans lequel les traitements efficaces sont encore rares.

Dès 2022, les chercheurs ont identifié une protéine naturelle appelée TAFA4. Produite par des neurones spécifiques qui innervent presque tout le corps, cette protéine est impliquée dans le toucher agréable et la sensation de bien‑être. Mais surtout, elle joue un rôle essentiel dans le contrôle de la douleur : TAFA4 est capable de bloquer la transmission du signal douloureux dans la moelle épinière, étape clé avant que l’information ne remonte jusqu’au cerveau.

Comprendre pourquoi la douleur devient chronique

Comme le rappelle Thierry Lhermitte, il n’existe pas une douleur chronique, mais des douleurs chroniques, aux mécanismes multiples et complexes. Cette diversité explique en grande partie la difficulté à les traiter efficacement.

Les travaux récents ont montré que, dans le cas des douleurs post‑opératoires, les patients qui ressentent les douleurs aiguës les plus intenses après une intervention chirurgicale sont aussi les plus à risque de développer une douleur chronique durable. L’un des objectifs majeurs des recherches d’Aziz Moqrich est donc de mieux soulager ces patients dès les premières phases, afin d’éviter l’installation de douleurs persistantes.

TAFA4 : une stratégie antidouleur innovante

Depuis 2022, l’équipe d’Aziz Moqrich a minutieusement analysé les mécanismes biologiques qui, via TAFA4, participent au passage d’une douleur aiguë à une douleur chronique. En parallèle, des essais précliniques ont été menés avec une stratégie innovante basée sur l’injection de cette protéine.

Les résultats sont particulièrement encourageants. TAFA4 s’est montrée très efficace contre la douleur, sans effets indésirables, avec un effet durable dans le temps et sans phénomène d’accoutumance ni d’addiction, contrairement aux opioïdes, aujourd’hui largement utilisés mais associés à de nombreux risques.

Plus encore, les chercheurs ont mis en évidence un effet supplémentaire majeur : en modèles expérimentaux, TAFA4 permet de réduire la douleur post‑opératoire et de prévenir l’installation de douleurs chroniques après une chirurgie, à condition d’être administrée dans une fenêtre de temps précise avant l’intervention. Une propriété d’autant plus précieuse que la douleur chronique, une fois installée, reste très difficile à soulager.

De la recherche à la clinique : l’aventure Tafalgie Therapeutics

Pour transformer ces découvertes fondamentales en applications médicales concrètes, Aziz Moqrich a cofondé en 2020 la start‑up marseillaise Tafalgie Therapeutics. L’entreprise compte aujourd’hui 26 collaborateurs et a pu lever des fonds auprès de mécènes et de philanthropes français afin de lancer les premières phases d’essais cliniques. En 2023, son potentiel d’innovation a également été reconnu par un financement du programme européen EIC Accelerator.

La stratégie actuelle de Tafalgie Therapeutics repose sur l’utilisation d’une petite partie active de la protéine TAFA4. Ce candidat médicament, baptisé TT5, a franchi avec succès la phase 1 des essais cliniques : testé chez 64 volontaires sains, il n’a montré aucun effet indésirable, confirmant son innocuité.

Vers une nouvelle classe d’antalgiques

Une phase 2 d’essais cliniques est actuellement en cours. L’objectif est d’apporter une première preuve d’efficacité du TT5 chez environ une centaine de patients, en évaluant son impact sur la douleur post‑chirurgicale lorsqu’il est injecté avant l’intervention. Les premiers résultats sont attendus fin 2026.

À terme, Aziz Moqrich et son équipe espèrent ainsi développer une nouvelle classe d’antalgiques, efficaces sur les douleurs aiguës comme chroniques, et dépourvus des effets secondaires majeurs des opioïdes. Une ambition saluée par la communauté scientifique : en 2025, le chercheur a reçu la médaille de l’innovation du CNRS.

Si les résultats de la phase 2 se confirment, une validation à plus grande échelle sera nécessaire lors d’une phase 3, impliquant des investissements importants et des partenariats industriels. Des entreprises étrangères se sont déjà montrées intéressées, même si, pour l’instant, aucun acteur français ne s’est encore positionné.

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