Rhumatologie : comment les malades souffrant d'arthrose font-ils face à la douleur ?

17 avril 2026

Marina Carrère d’Encausse, médecin, journaliste et marraine de la Fondation pour la Recherche Médicale, répond à vos questions de santé.

En France, dix millions de personnes souffrent d’arthrose : c’est la maladie ostéoarticulaire la plus fréquente ! Et 90 % d’entre elles estiment que la douleur a un impact sur leur moral et leur sommeil. Comment font-elles pour se soulager, et est-ce efficace ?

Avec le Pr Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP, Paris), chercheur au Centre de recherche Saint-Antoine Inserm/Sorbonne Université, et l’un des coordinateurs du réseau ROAD to 2030, qui fédère la communauté scientifique autour des maladies ostéoarticulaires.

Pourquoi l'arthrose fait-elle mal ?

Il s’agit d’une maladie ostéoarticulaire caractérisée par une destruction progressive du cartilage, une inflammation de la membrane synoviale qui tapisse l’intérieur des articulations et un remodelage de la couche osseuse située directement sous le cartilage. Le cartilage n’étant pas innervé, les douleurs ressenties ne sont pas proportionnelles aux lésions arthrosiques, tandis que l’inflammation des autres composants articulaires innervés, tels que la membrane synoviale et la couche osseuse sous-jacente, peut entraîner des douleurs.

Lorsque la maladie devient chronique, des mécanismes de sensibilisation du système nerveux peuvent également contribuer à la persistance et à l’amplification de la douleur.

Comment les patients gèrent-ils ces douleurs ?

En 2024, une enquête a été menée auprès de 2 100 personnes atteintes d’arthrose, avec le soutien de l’Inserm, de la Fondation Arthritis et de la Société Française de Rhumatologie, réunies dans le cadre de l’initiative Ensemble contre les rhumatismes.

Deux tiers des malades ont qualifié les douleurs de permanentes, et 80 % ont déclaré prendre des médicaments. Pour la grande majorité des répondants, il s’agit le plus souvent de paracétamol ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens. Mais des antidouleurs plus puissants sont aussi utilisés, comme la codéine ou le tramadol. Pour autant, l’efficacité de ces médicaments n’est pas toujours avérée, et leurs effets indésirables conduisent plus d’une personne sur deux à ne plus les prendre, même quand ils les jugent efficaces.

Quelle place pour les thérapies non méicamenteuses ?

De nombreuses approches sont adoptées par les patients pour gérer leurs douleurs, même si certaines sont moins utilisées que d’autres. Ainsi, deux tiers des personnes interrogées ont suivi des séances de kinésithérapie, et parmi elles, les trois quarts les ont trouvées utiles. Un tiers des personnes interrogées ont consulté un psychiatre ou un psychologue, et un quart de ces séances ont été dédiées aux thérapies cognitivo-comportementales (TCC). Ces approches sont souvent considérées comme utiles de la part des répondants.

D’ailleurs les séances de « psy » et les ateliers d’éducation thérapeutique du patient (ETP) gagneraient sûrement à être mieux connus et plus souvent proposés. En effet, l’accompagnement par un psychiatre ou un psychologue permet de mieux comprendre la douleur et d’apprendre à gérer ses répercussions sur la vie quotidienne.

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