Portrait de chercheur : Moritz Hunsmann
10 août 2026


Chercheur en sociologie et santé publique au CNRS au Centre Norbert Elias, à Marseille et Avignon, Moritz Hunsmann co-dirige le Groupement d'intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle et environnementale dans le Vaucluse. Son projet interdisciplinaire, porté par Avignon Université, vise à une meilleure reconnaissance des cancers professionnels. Il est financé dans le cadre de l’axe « Environnement et Santé 2025 » de la Fondation pour la Recherche Médicale.

Son très léger accent allemand pointe lorsqu’il s’enflamme en évoquant ses sujets de prédilection. Moritz Hunsmann confirme : « Je suis arrivé en France après le bac comme objecteur de conscience, c’est-à-dire en refusant le service militaire pour des raisons personnelles ». Formé à Sciences Po, il aborde la santé publique lors de son doctorat à l’EHESS 1 sur les politiques de lutte contre le sida et les programmes de santé globale en Tanzanie. « Sur place, j’ai rencontré des médecins qui s’interrogeaient sur le rôle des expositions aux pesticides dans l’infertilité, les fausses-couches, les problèmes de santé infantile. Cela a suscité mon intérêt pour ces polluants, un sujet alors très peu étudié en Afrique et que j’ai commencé à investir en postdoctorat. »
En 2015, il rejoint les rangs du CNRS, puis contribue à créer le Giscope 84. L’objectif ? Identifier, faire reconnaître et prévenir les cancers d’origine professionnelle et environnementale.
« Nous menons une recherche-action collective, qui associe tous les acteurs concernés – hôpital, patients, institutions, acteurs de la santé au travail – pour un impact concret et utile, s’enthousiasme le chercheur. Aujourd’hui, plus de 95 % des cancers professionnels, liés à de multiples expositions au cours de la carrière, passent sous les radars. Pour les patients que nous accompagnons, parvenir à cette reconnaissance au bout d’un parcours semé d’embûches est une victoire. L’objectif est maintenant d’intégrer pleinement notre dispositif dans le parcours de soins, de le rendre transférable à d’autres hôpitaux intéressés. »
Un quotidien dense, marqué par le manque de moyens.
« Comment faire de la recherche au long cours dans ces conditions ? s’indigne-t-il. Je passe mon temps à chercher des fonds, à'arracher'chaque contrat pour les collaborateurs ! Le rôle de la FRM est essentiel, financier, mais aussi pour son positionnement en faveur de politiques publiques qui prennent en compte la science. Car celle-ci montre la nocivité de nos modèles de production industrielle et agricole, en premier lieu sur la santé des ouvrières et des ouvriers, massivement exposés aux polluants environnementaux. Il y a aujourd’hui une certaine prise de conscience, avec une acceptabilité sociétale des pollutions en baisse. Je suis convaincu qu’il est possible de produire autrement - c’est une question de justice sociale, et il en va de notre survie individuelle et collective. »
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