Nutrition : Manger des aliments ultratransformés présente-t-il des risques ?
03 février 2026


Marina Carrère d'Encausse, médecin, journaliste et marraine de la Fondation pour la Recherche Médicale, répond à vos questions de santé.
Prêts à l’emploi et souvent très appétissants, les aliments ultratransformés constituent aujourd’hui près d’un tiers de nos apports caloriques quotidiens. Pourtant, de plus en plus d’études pointent du doigt leurs méfaits sur notre santé.**

Avec le Dr Romain Barrès, directeur de recherche CNRS à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC, Sophia Antipolis), chef de l’équipe « Épigénétique et métabolisme ».
Depuis plusieurs années, de nombreuses études épidémiologiques ont établi un lien très fort entre la consommation régulière de produits ultratransformés et des troubles métaboliques comme le diabète, l’obésité, l’excès de cholestérol mais aussi l’hypertension. Une augmentation de certains cancers, de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, et même de symptômes dépressifs a également été observée.
Les aliments ultratransformés sont en effet très caloriques, mais nos travaux récents montrent que c’est davantage la nature ultratransformée des aliments plutôt que leur contenu en calories qui joue un rôle sur la prise de poids. Nous avons mené une étude chez une quarantaine d’hommes suivant différents régimes successifs, permettant de dissocier l’effet de la surconsommation de calories de celui du type de régime. Et ce que nous avons constaté est plutôt surprenant : même s’il présente une quantité calorique égale à celui d’un régime à base d’aliments peu ou pas transformés, un régime dit « ultra transformé » entraîne une plus grande prise de poids et une augmentation du risque cardiovasculaire mesuré par le ratio LDL/HDL. Des changements hormonaux ont aussi été observés, notamment au niveau de la fertilité. Les perturbateurs endocriniens présents dans ces aliments ultratransformés pourraient être en cause. C’est la première fois qu’une étude révèle que la quantité de calories consommée n’est que minimalement responsable des effets délétères de ces aliments sur le poids corporel, soulignant que leur nature ultratransformée constitue une dimension nutritionnelle à part entière.
On distingue d’une part les aliments dits « transformés », composés de produits bruts (fruits, légumes, viandes), d’ingrédients de base (huile, beurre, farine) et de condiments. Ces aliments peuvent avoir subi des transformations simples, comme la cuisson, la fermentation ou la congélation. Il s’agit par exemple des plats cuisinés de manière traditionnelle à la maison ou par un artisan traiteur. D’autre part, il existe des aliments dits « ultratransformés » dans lesquels les ingrédients de base ont subi des modifications industrielles au niveau de leur structure même (hydrogénation des huiles, décomposition de l’amidon en dextrine et maltodextrine…) et qui renferment des additifs type émulsifiants, agents de conservation, exhausteurs de goût … Il s’agit notamment des produits industriels pour le petit déjeuner, des biscuits, pains et brioches industriels, des produits apéritifs et de snacking.
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