Maladie de Huntington : des biomarqueurs simples pour prédire l’évolution de la maladie

27 mai 2026

Avec l’équipe de neuropsychologie interventionnelle de l’Institut Mondor de recherche biomédicale, Andres Gil-Salcedo a identifié trois profils de patients atteints de la maladie de Huntington, aux évolutions distinctes. Ses travaux révèlent que l’état de santé général du patient influence l’évolution de la maladie. Retour avec lui sur ces avancées.

Portrait du chercheur Andres Gil-Salcedo

Existe-t-il de nombreux profils cliniques de la maladie de Huntington ?

La maladie de Huntington est une maladie génétique, rare, autosomale, dont l’expression est très hétérogène. Cette pathologie s’explique par la répétition excessive d’une séquence de bases dans le gène de la huntingtine. Les patients atteints développeront la maladie à coup sûr mais il est difficile d’en prédire la sévérité. On sait que plus les répétitions sont nombreuses, plus la maladie sera sévère. Mais certains patients disposant de nombreuses répétitions présentent néanmoins peu de symptômes. La génétique et l’âge n’expliquent donc pas à eux seuls la sévérité de la maladie. Quels sont les autres facteurs ?

Pour le savoir, de nombreux biomarqueurs complexes et onéreux ont été étudiés : micro-ARN, micro-filaments, cytokines. A l’Institut Mondor de recherche biomédicale, nous avons souhaité étudier les biomarqueurs sanguins de routine, habituellement analysés par le généraliste, afin de déterminer des profils d’évolution de la maladie.

Quels patients avez-vous étudiés ?

Les patients étaient à un stade précoce de la maladie. Nous avons utilisé plusieurs bases de données. En particulier, la cohorte SPOT-HD de l'hôpital Henri Mondor. Celle-ci compile les données de patients atteints de la maladie de Huntington depuis 2005. Ces données recueillies sur du plasma frais par des professionnels - et donc très fiables - étaient restées inexploitées. Presque 20 ans de suivi ! Avec le bond du machine learning, nous disposons de fortes capacités de calcul pour analyser les interactions entre tous les biomarqueurs et dresser un panorama.

Quels profils avez-vous identifiés ?

Nous avons identifié trois clusters de patients.

  • Le premier groupe est composé de patients dont les triglycérides, la glycémie ou les marqueurs hépatiques sont élevés, l’IMC est aussi haut, de même que le risque cardiovasculaire (avec un HDL bas). Ces patients présentent un stress inflammatoire et métabolique important, qui se traduit par une progression beaucoup plus rapide de la maladie.
  • Le deuxième cluster présente un bon état de santé : un HDL plutôt haut, des triglycérides bas, une glycémie faible et des marqueurs hépatiques et inflammatoires bas. L’évolution de la maladie sera intermédiaire.
  • Enfin, le troisième profil évolue plus lentement. Les patients ne présentent ni inflammation ni anomalies hépatiques mais disposent d’un haut niveau de T4, un marqueur de la thyroïde, ainsi qu’une créatinine légèrement élevée.

Attention à ne pas conclure que ce sont les hormones thyroïdiennes qui marquent la différence ! C’est bien l’interaction de tous ces biomarqueurs qui semble jouer.

Que peut-on en conclure pour la prise en charge ? Quelle suite ?

Si la maladie de Huntington est compliquée à gérer, la santé générale du patient ne doit pas être négligée. Il faut contrôler les facteurs cardiovasculaires, les facteurs inflammatoires et de santé générale. Il faut insister : la prise en charge d’un patient atteint de la maladie de Huntington ne doit pas être réservée au neurologue. Le médecin généraliste a un rôle important à jouer dans l’évolution de la maladie.

Ces travaux permettent d’identifier de premiers critères sur l’évolution de la maladie. Mais ce n’est que le début. Le travail doit se poursuivre à l’aide de modèles de prédiction plus puissants, intégrant davantage de biomarqueurs de routine.


Pour en savoir plus

Gil‑Salcedo A et al. Profiles of patients at early stages of Huntington’s disease based on the routine biological markers and the disease progression. Journal of Neurology 2026 ; 273 : 249.

Soutien FRM

  • 159 000

    Financement FRM accordé en 2023 pour un stage post-doctoral en France

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