Infectiologie : décupler l'efficacité de certains antibiotiques
22 avril 2026


En parvenant à décrypter le mécanisme par lequel les antibiotiques de la famille des aminosides pénètrent dans les bactéries, des chercheurs ont réussi à augmenter leur efficacité. Et ce même sur des bactéries résistantes.

Les aminosides sont des antibiotiques capables de bloquer la synthèse des protéines au sein des bactéries et ainsi d’entraîner leur mort. Encore faut-il qu’ils parviennent à pénétrer à l’intérieur des pathogènes ! « La question du mode de transport des aminosides a fait l’objet de nombreux débats, l’une des hypothèses était que les antibiotiques s’accrochent à la paroi des bactéries et la traversent de manière passive », explique Zeynep Baharoglu, directrice de recherche dans l’unité « Plasticité du génome bactérien » de l’Institut Pasteur (Paris).
C’est en étudiant le comportement de la bactérie responsable du choléra que Zeynep Baharoglu et ses collègues ont découvert par hasard que l’efficacité des aminosides est proportionnelle à la présence de transporteurs de sucres dans la membrane des pathogènes. Ces transporteurs permettent notamment au glucose et fructose de pénétrer dans la bactérie pour lui apporter de l’énergie.
Les chercheurs ont ensuite étudié ce phénomène plus en détails chez la bactérie E. coli, responsable notamment d’infections urinaires et de septicémies chez l’homme. « Nous avons observé que les aminosides pénétraient dans les bactéries E. coli de façon active, en empruntant les portes d’entrées utilisées par les différents sucres. C’est la première fois que l’on mettait en évidence ce mode de transport pour des antibiotiques », décrit la chercheuse.
On sait par ailleurs que le nombre de transporteurs de sucres dans la membrane bactérienne fluctue facilement. Les scientifiques ont alors testé plus de 200 molécules permettant de faire varier ce nombre à la hausse. « Il s’est avéré que l’uridine permet de doubler la quantité globale des transporteurs de sucres chez les bactéries E. coli avec pour conséquence de multiplier par dix leur sensibilité aux aminosides. Ce qui est également très intéressant, c’est que certaines bactéries résistantes, voire multi-résistantes aux aminosides, redeviennent perméables et sensibles à ces antibiotiques en présence d’uridine », s’enthousiasme Zeynep Baharoglu.
Point positif, l’uridine est déjà utilisée en clinique dans la prise en charge des cancers notamment et ne présente pas de problème particulier de toxicité. Il est donc facile d’envisager des essais cliniques évaluant son utilisation conjointe avec des aminosides, ce qui permettrait de réduire les doses de ces derniers, et donc de diminuer leurs potentiels effets secondaires sur les reins ou l’oreille interne. Autre piste, greffer en quelque sorte l’uridine à d’autres familles d’antibiotiques pour améliorer leur efficacité contre des bactéries résistantes.
Source : Manon Lang et al., Uridine as a potentiator of aminoglycosides through activation of carbohydrate transporters. Sci. Adv.11, eadw7630 (5 septembre 2025). Lien publication DOI
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