Mis à jour le 5 juillet 2019

Sclérose latérale amyotrophique : prévenir la perte de poids pour ralentir la maladie

Quels sont les circuits cérébraux impliqués dans la sclérose latérale amyotrophique (SLA), aussi appelée maladie de Charcot ?

En tentant de répondre à cette question, Luc Dupuis et son équipe, à Strasbourg, espèrent aboutir à de nouvelles stratégies thérapeutiques pour cette maladie au sombre pronostic.

La SLA est une maladie neurodégénérative due à l’atteinte sélective des motoneurones, les cellules nerveuses qui commandent la motricité volontaire.

Elle apparaît en moyenne vers 60 ans et provoque une faiblesse, puis une paralysie progressive des membres, de la déglutition et des muscles respiratoires. Sans traitement autre que symptomatique à ce jour, le décès survient 3 à 5 ans après le diagnostic.

Cette affection est rare, avec une incidence annuelle de 1 nouveau cas pour 50 000 personnes. « Elle est néanmoins responsable de 2 000 à 3 000 morts par an en France, soit presque autant que les accidents de la route ! alerte Luc Dupuis. Il est donc urgent de trouver des solutions thérapeutiques. C’est pourquoi, au laboratoire, nous tentons de comprendre ce qui se passe dans le cerveau lors de la progression de la maladie. »


VOS DONS EN ACTIONS

400 000 €

Financement attribué par la FRM à l’équipe de Luc Dupuis – Équipe FRM 2018 – pour cette recherche.


Des troubles métaboliques impliqués

L’équipe a tout d’abord montré qu’il existait une corrélation entre une perte pondérale observée 10 à 15 ans avant l’apparition des symptômes moteurs, et la sévérité de la SLA : le décès est d’autant plus rapide que la perte de poids est importante et brutale (elle peut être d’une vingtaine de kilos en un an). Luc Dupuis précise : « Dans le cadre d’un essai clinique réalisé avec nos collègues allemands de l’université d’Ulm, et qui vient de se terminer, nous avons cherché à corriger cette perte pondérale chez les patients via des approches nutritionnelles. L’analyse en cours pourrait en confirmer le bénéfice sur la progression de la SLA et la survie des patients. »

Les scientifiques ont par ailleurs orienté leurs recherches vers l’exploration des mécanismes en cause. Ils ont découvert qu’une petite partie profonde du cerveau, appelée hypothalamus latéral, était à l’origine des désordres métaboliques observés.

« Grâce à des souris modèles de la maladie, nous avons identifié une petite population de neurones dans cette zone qui disparaît dans la SLA. Nos tout derniers résultats, obtenus en collaboration avec l’équipe allemande, confirment que ces mêmes neurones sont aussi impliqués dans la pathologie humaine. Nous cherchons maintenant à reconstituer les circuits auxquels ils appartiennent : il faut comprendre notamment s’ils ont des connexions directes avec le cortex moteur, la zone superficielle du cerveau où les motoneurones commencent à mourir, signant le début de la maladie. » Ces découvertes confirment le lien observé entre la maladie et les troubles métaboliques ; l’hypothalamus est en effet (entre autres fonctions importantes) le centre de régulation du métabolisme énergétique corporel.

Le second volet du projet, qui va démarrer, sera consacré aux approches thérapeutiques :

« Il s’agit de mettre au point une approche visant à produire, dans le cerveau, la molécule normalement synthétisée par les neurones disparus dans l’hypothalamus. Nous espérons ainsi proposer une stratégie thérapeutique inédite pour prévenir la perte de poids et retarder les symptômes de la maladie », conclut Luc Dupuis. 


Source : Recherche & Santé N°159

#glossaire

NEURODÉGÉNÉRATIVE : se dit d’une maladie qui provoque une détérioration progressive du système nerveux.

NEURONE : cellule nerveuse responsable de la transmission des informations dans le cerveau et le reste du corps.

CORTEX MOTEUR : ensemble des régions cérébrales qui participent à la planification, au contrôle et à l’exécution des mouvements. 
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