Mis à jour le 7 octobre 2020

Lutte contre la Covid-19 : où en sommes-nous ?

Michel Cogné

Chercheur et professeur d’immunologie à l’université de Rennes

Du côté de la vaccination, quels sont les essais cliniques les plus prometteurs ?

Michel Cogné : « Mi-septembre, on dénombrait environ 150 vaccins à l’étude, plus de 35 en essais cliniques et une poignée déjà en phase 3, phase ultime avant mise sur le marché. Tous voués à stimuler les défenses immunitaires, ils reposent sur différents concepts. Les plus classiques contiennent des particules virales atténuées (rendues inoffensives).

D’autres (celui de l’Institut Pasteur, par exemple) utilisent le squelette inactivé d’un autre virus, comme celui de la rougeole, pour transporter les protéines du coronavirus SARS-CoV-2 qui feront réagir l’organisme. Les plus innovants sont des copies d’un gène du virus qui, introduit dans l’organisme grâce à un vecteur, produit une protéine virale stimulant les défenses immunitaires. C’est le cas du vaccin de l’entreprise américaine Moderna, qui a été la première à démarrer les essais de phase 3. »

Dans quels délais un vaccin pourrait-il être au point ?

M. C. : « Très probablement dans 6 à 12 mois. Mais à quel moment aurons-nous suffisamment de doses pour protéger la population ? Cette question ramène à celle de la politique vaccinale et soulève un point essentiel : faut-il vacciner tout le monde ? Uniquement les personnes à risque ? Ou, comme le promeuvent les Britanniques, cibler des foyers de contamination pour les circonscrire ? Et ce n’est pas tout ! La durée de protection conférée par le vaccin et la nécessité ou non de rappels constituent une autre source de suspense. Une chose est sûre : comme pour tout vaccin, il tiendra à chacun de suivre les conseils de vaccination. Trop souvent négligés ou décriés, les vaccins sont des outils avérés de santé publique qui sauvent de nombreuses vies ! »

Quelles sont à ce jour les stratégies de traitement les plus avancées ?

M. C. : « Une voie prometteuse, testée notamment en France, consiste à injecter du plasma de patients convalescents pour bénéficier de leurs anticorps. Pour s’affranchir de cette collecte, on tente aussi de fabriquer ces anticorps neutralisant le coronavirus. Concernant les molécules chimiques, un antiviral, le remdesivir, est déjà utilisé pour les malades sévères. Afin de gagner du temps sur les tests de toxicité, des essais évaluent aussi le potentiel antiviral de médicaments déjà connus, mais aucun malheureusement n’émerge encore.

D’autres stratégies intéressantes font l’objet de nombreux travaux, encore préliminaires à ce stade. Elles visent à bloquer en amont le’ ntrée du virus dans les cellules. On progresse en revanche sur le traitement de l’emballement inflammatoire responsable des cas graves. On a constaté l’efficacité d’antiinflammatoires anciens (des corticoïdes) qui, administrés tôt, soulagent ces malades. Enfin, on sait aujourd’hui que nous ne sommes pas égaux devant ce virus et que le traitement doit être personnalisé.

Ainsi, le projet Harmonicov, que je coordonne, suit l’évolution de la réponse immunitaire chez des personnes hospitalisées. Objectif : identifier des marqueurs pronostiques de l’évolution (favorable ou non) de la maladie, de manière à établir des profils de patients et dessiner une prise en charge adaptée.

Cette crise est une expérimentation en temps réel, où l’on découvre le virus et la maladie tout en la soignant. C'est toute la difficulté !

Mais en nous rappelant que nous sommes une seule espèce, exposée aux mêmes périls sur une unique planète, cette crise nous enseigne sans doute l’art de prévenir et gérer une pandémie ».

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