Mis à jour le 28 juin 2021

Les réseaux sociaux sont-ils néfastes pour la santé mentale ?

De plus en plus d’études s’intéressent à l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale, en particulier celle des adolescents.

En septembre 2019, une publication de chercheurs britanniques dans The Lancet Child and Adolescent Health montrait une fois de plus que les filles sont particulièrement vulnérables aux risques liés aux réseaux sociaux, et notamment au risque de harcèlement.

Il convient cependant de distinguer les risques réels de l’effet « amplificateur » que peuvent avoir ces plateformes.

Points de vue de deux experts.

Michael Stora

Psychologue et psychanalyste, fondateur en 2000 de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (OMNSH), spécialiste de la cyberaddiction.

OUI, MAIS...

Il est important de ne pas considérer tous les réseaux sociaux sur le même plan. Ils répondent à des usages différents. Certaines applications, comme TikTok par exemple (application de partage de vidéos, musicales le plus souvent, NDLR), sont très créatives et permettent aux utilisateurs d’exprimer et de partager des émotions négatives comme positives. Cela peut être très utile, surtout à la période de l’adolescence où la créativité est essentielle. Mais d’autres réseaux, comme Instagram notamment (application de partage de photos, et notamment d’autoportraits appelés selfies, NDLR), constituent une chambre d’amplification d’un idéal tyrannique. Depuis vingt à trente ans, on assiste à une narcissisation de notre société. Cela peut être particulièrement délétère durant l’adolescence, qui est une période de fragilité narcissique. Certains réseaux participent à créer une image numérique fictive qui doit correspondre à un nouvel idéal sociétal et culturel de beauté. On observe ainsi que l’image n’a plus un statut d’apparence mais devient un enjeu existentiel. De sorte qu’aujourd’hui les 18-35 ans sont ceux qui font désormais le plus appel à la médecine et la chirurgie esthétiques. Par ailleurs, il y a la culture du « like » sur les réseaux sociaux : on est dans l’attente de l’assentiment des autres utilisateurs. Ce qui augmente le risque de dépendance aux réseaux sociaux et agit comme un renforcement négatif : si vous n’avez pas assez de « likes », le risque de détresse narcissique s’accentue.

Olivier Duris

Psychologue clinicien, à l’hôpital de jour du centre André-Boulloche (Paris) et dans l’Unité d’accompagnement de l’association PREAUT, spécialiste notamment du rapport aux écrans des enfants et adolescents.

NON

Les réseaux sociaux ne créent pas eux-mêmes des troubles mentaux. D’ailleurs, il n’existe pas de trouble des réseaux sociaux dans les critères internationaux de définition des troubles mentaux et psychiatriques, alors qu’un trouble des jeux vidéo est recensé. En revanche, certaines applications peuvent exacerber ou rendre visibles ce qui existe déjà, comme la solitude ou la mésestime de soi. Elles peuvent ainsi créer une sorte de cercle vicieux. Dans ma pratique clinique quotidienne auprès d’enfants et d’adolescents, les réseaux sociaux ne sont jamais la cause principale de leurs souffrances. Ils sont parfois abordés, mais de façon très secondaire, avec notamment ce que l’on appelle le FOMO pour « fear of missing out », c’est-à-dire cette crainte de rater une information importante ou une occasion d’interagir socialement. Il est donc crucial de ne pas faire de généralités : chaque réseau social est différent, et chaque personne en fait un usage qui lui est propre. D’ailleurs, les réseaux sociaux servent avant tout aux adolescents à communiquer entre eux, à échanger, à sociabiliser encore plus avec leur groupe d’amis. Ces réseaux peuvent aussi les aider à sortir de leur solitude, et à trouver une nouvelle forme d’écoute par rapport à celle qui existe déjà dans leur environnement. Il ne faut pas diaboliser en bloc les réseaux sociaux mais plutôt aider nos enfants à grandir avec et à les appréhender aux âges justes.

Les cookies permettent d’améliorer la diffusion de nos informations, de mieux gérer vos centres d’intérêt, d’établir des statistiques et d’évaluer les performances du site. En poursuivant votre navigation, vous en acceptez l’utilisation. Pour plus d’informations ou vous opposer à cette utilisation, rendez-vous sur cliquez ici.