Un vaccin contre le choc anaphylactique

21 juillet 2026

Stimuler l’organisme à se protéger lui-même contre les molécules impliquées dans les réactions allergiques massives pourrait être une stratégie intéressante pour conférer une protection à long terme contre le choc anaphylactique.

Lorsqu’une personne est allergique à une substance, qu’elle soit alimentaire ou aérienne par exemple, son organisme produit des anticorps contre cet allergène appelés « immunoglobulines de type E (IgE) ». Ce sont elles qui, en favorisant la libération d’histamine, déclenchent les symptômes allergiques. Elles aussi qui, lors d’un contact important avec l’allergène, sont capables d’activer de façon inappropriée et massive le reste du système immunitaire pour engendrer un choc anaphylactique, c’est-à-dire une complication majeure et potentiellement mortelle de l’allergie.

Cibler les IgE pour traiter les allergies

Il existe actuellement un médicament neutralisant ces IgE, l’omalizumab, utilisé dans le traitement de fond de l’asthme allergique sévère, et de certaines allergies alimentaires.

« Concrètement, cet anticorps thérapeutique est injecté au patient et se lie aux IgE qui circulent dans son sang, les empêchant ainsi de se fixer à leur récepteur à la surface de certaines cellules immunitaires », explique Laurent Reber, chercheur Inserm à l’Institut Toulousain des Maladies Infectieuses et Inflammatoires (INFINITy). « Grâce aux vingt ans de recul dont nous disposons avec ce médicament, nous savons que les IgE sont une bonne cible pour traiter ces allergies et que bloquer leur activité n’entraîne pas d’effet indésirable important chez les patients, y compris lorsque le traitement dure plusieurs années. Toutefois, l’omalizumab est très cher et son injection doit être renouvelée toutes les deux à quatre semaines, car il est rapidement dégradé. Ce traitement n’est donc pas optimal », tempère le chercheur.

Un vaccin pour une protection durable contre le choc anaphylactique

D’où l’idée des équipes Inserm de Laurent Reber à l’Institut INFINITy de Toulouse et de Pierre Bruhns à l’Institut Pasteur de Paris de mettre au point un vaccin anti-IgE : l’objectif étant de stimuler le système immunitaire à produire lui-même des anticorps neutralisant les IgE, et ce sur le long terme.

Testée sur des modèles murins, cette approche vaccinale a permis de diminuer considérablement et durablement la quantité d’IgE circulant dans le sang d’une part, et d’autre part d’éviter un choc anaphylactique en cas de contact avec l’allergène. L’effet protecteur a pu être observé jusqu’à un an après l’injection du vaccin.

« Un an de protection chez la souris, c’est très long ! indique Laurent Reber. Cela signifie que la réponse vaccinale est durable. Toutefois, seuls des essais cliniques permettront de savoir combien de temps le vaccin est efficace chez l’humain et sous quels délais des rappels seront nécessaires. »

Les chercheurs espèrent lancer rapidement un essai clinique chez l’homme, en collaboration avec l’entreprise française Néovacs.

« Un tel vaccin thérapeutique serait en priorité destiné à des personnes atteintes de formes sévères d’allergie alimentaire, à l’image de celles qui prennent aujourd’hui l’omalizumab. Dans un second temps, son utilisation pourrait concerner des profils moins sévères. Ce vaccin pourrait aussi être développé dans d’autres allergies médiées par les IgE dont l’asthme allergique, certaines allergies aux venins, ou encore une forme particulière d’urticaire chronique », signale le chercheur.

Source : Eva Conde et al., “A vaccine targeting human IgE induces long-term protection against anaphylaxis in humanized mice”, Science Translational Medicine, 17, eads0982 (3 décembre 2025). Lien DOI

CANCERS

Soutenez la recherche
et offrez des chances de guérison supplémentaires à tous les malades