Thérapie cellulaire dans des maladies musculaires rares : un essai préclinique encourageant

13 janvier 2026

Les myosites sont un ensemble de maladies auto-immunes 1 rares qui affectent les muscles et différents organes selon les formes. Les traitements sont inégalement efficaces. L’unité PANTHER, à Rouen, se consacre à l’étude des mécanismes moléculaires et cellulaires en cause dans ces pathologies notamment et teste de nouvelles approches thérapeutiques.

Baptiste Pileyre est pharmacien hospitalier au centre de lutte contre le cancer Henri Becquerel, à Rouen. En 2018, il a obtenu un financement de la FRM pour effectuer son doctorat de sciences dans l’unité PANTHER. Les résultats qu’il nous présente sont issus de ses travaux de thèse.

Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur les myosites ?

Après mon doctorat de pharmacie et un Master 2 « Cancer, différentiation, génétique et biothérapie » de l’université de Rouen Normandie, effectué dans l’unité PANTHER - Physiopathologie, Autoimmunité et Immunothérapie (UMR 1234 Inserm/Université de Rouen Normandie), j’ai souhaité approfondir mon expérience de la recherche. La Fondation pour la Recherche Médicale m’a offert la chance de pouvoir m’y consacrer à plein temps durant trois ans pour un doctorat de sciences dans le laboratoire, c’est très appréciable ! L’objectif de mes travaux était d’évaluer en modèle préclinique une thérapie cellulaire dans les myosites. Ces affections, auparavant nommées myopathies inflammatoires, sont des maladies auto-immunes chroniques non héréditaires rares, qui touchent environ une personne sur 7 000. Elles évoluent par poussées, entraînant progressivement une faiblesse musculaire qui peut devenir handicapante. Elles affectent les muscles squelettiques 2, mais on distingue différents groupes en fonction des autres atteintes, principalement cutanées, articulaires et pulmonaires, qui reflètent une physiopathologie particulière. Les traitements disponibles – corticothérapie, immunosuppresseurs – sont lourds et parfois inefficaces. C’est pourquoi la recherche de traitements innovants est importante.

En quoi consistait votre essai préclinique ?

L’idée était de tester le potentiel thérapeutique de cellules extraites du tissu adipeux (gras). En effet, il contient des cellules souches et des cellules immunitaires aux propriétés régénératrices et immunomodulatrices. Leur transplantation est déjà utilisée dans le traitement de certaines maladies dégénératives et auto-immunes comme la sclérodermie ou la maladie de Crohn. Notre étude préclinique, menée dans un modèle murin de myosite, a comparé l’efficacité de deux préparations à partir de tissu adipeux sous-cutané prélevé par liposuccion : d’une part la fraction vasculaire stromale (FVS), dont on élimine simplement les cellules graisseuses et qui contient donc un mélange de cellules (souches, immunitaires, etc.) ; d’autre part les cellules souches dérivées du tissu adipeux (appelées ADSC), purifiées et multipliées in vitro. L’une ou l’autre des préparations a été injectée en intramusculaire à différentes doses dans un des membres de souris malades et comparée à un placebo. Nous avons ensuite évalué l’évolution clinique des animaux à l’aide de tests de force et de motricité, analysé histologiquement leurs muscles et étudié les populations de cellules immunitaires.

Quels résultats avez-vous obtenus et quels espoirs cela soulève-t-il pour le traitement des myosites ?

Les souris traitées par les deux préparations cellulaires ont montré un ralentissement de la progression de la maladie et des améliorations notables de la fonction motrice, notamment de la démarche, de la vitesse et de la force musculaire. L’atrophie musculaire a également été réduite, surtout du côté de l’injection. Enfin, les marqueurs de l’inflammation ont aussi diminué. Il s’agit donc d’une preuve de concept de ces approches dans les myosites. Globalement, les ADSC semblent plus efficaces que la FVS, et ce même à dose plus faible. Mais chaque préparation a ses avantages et ses inconvénients : la FVS est produite facilement et administrée au patient en autologue 2, et moins contraignante d’un point de vue technique et réglementaire. La préparation des ADSC, quant à elle, demande une préparation spécifique extérieure plus complexe et répond à des normes réglementaires plus élevées.

Notre laboratoire est associé à un essai clinique mené par l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, destiné à évaluer l’efficacité d’une injection de la fraction vasculaire stromale chez des patients atteints de myosite à inclusion, une forme particulièrement réfractaire aux traitements. Cet essai est toujours en cours, car les patients sont peu nombreux. Nos données précliniques indiquent que les résultats pourraient être bénéfiques, peut-être avec la nécessité d’injections réitérées pour faire perdurer l’effet thérapeutique dans le temps.


Source : Baptiste Pileyre, Silvia Gandolfi, Catalina Abad, et al. Preclinical efficacy of adipose-derived cell therapies for the treatment of myositis, Stem Cells Translational Medicine, Volume 14, Issue 9, September 2025, szaf038, https://doi.org/10.1093/stcltm/szaf038

Légende : Suivi clinique des modèles murins de myosite après traitement par thérapie cellulaire dérivée de tissu adipeux : fraction vasculaire stromale (FVS) ou cellules souches (ADSC).
©Baptiste Pileyre/UMR 1234 Inserm.

Lexique

  1. Maladies auto-immunes : maladies provoquées par l’attaque de différents constituants de l’organisme par son propre système immunitaire.
  2. Muscles squelettiques (striés) : muscles à l’origine de la motricité.
  3. Autologue : le prélèvement et l’administration sont effectués chez le même patient.

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