Regards croisés : la science ouverte présente-t-elle des risques ?

06 février 2023

Illustration d'un arbre aux multiples branchages accessibles par des échelles, pour représenter la science ouverte.Illustration d'un arbre aux multiples branchages accessibles par des échelles, pour représenter la science ouverte.
Illustration d'un arbre aux multiples branchages accessibles par des échelles, pour représenter la science ouverte.Illustration d'un arbre aux multiples branchages accessibles par des échelles, pour représenter la science ouverte.

La science ouverte consiste à diffuser gratuitement et sans entrave les publications scientifiques et les données de la recherche. En 2021, le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation a lancé son deuxième Plan national pour la science ouverte. Doté d'un budget de 15 millions d'euros, il va se déployer jusqu'en 2024.

Points de vue de deux experts.

Sylvie Benzoni-Gavage

Chercheuse en mathématiques à l'université Lyon 1, membre du conseil d'administration de la Fondation Mathematics in Open Access.

NON

L'histoire moderne des sciences est liée aux éditeurs de revues scientifiques dont les plus fameuses sont Nature, Science ou The Lancet en médecine. C'est un business très florissant car les scientifiques font gratuitement pour les éditeurs l'essentiel du travail, de recherche d'abord, puis d'écriture des publications et de relecture de celles de leurs confrères (c'est ce qu'on appelle l'évaluation par les pairs, NDLR). Mais ensuite pour avoir accès à ces revues, ils doivent payer des abonnements aux prix exorbitants via leurs institutions ou les bibliothèques universitaires. Dès les années 2000, des chercheurs, et en particulier des mathématiciens, ont commencé à imaginer d'autres modèles sans sacrifier pour autant la validation par les pairs. Des archives ouvertes institutionnelles se sont développées, comme HAL1 en France, avec pour objectif de rendre accessibles à tous et gratuitement les résultats scientifiques. On a intérêt à partager le plus possible nos travaux pour favoriser le progrès scientifique. Dans le domaine des mathématiques, il n'y a a priori aucun risque. En matière de recherche dans le domaine médical, dont l'impact est probablement le plus visible pour le grand public et les décideurs politiques, la question la plus sensible est celle des données brutes des travaux, comme les données médicales. Mais elles doivent être protégées dans le cadre du règlement européen sur la protection des données (RGPD). Donc, y compris dans le domaine médical, la science ouverte ne devrait pas présenter de risque.

1 HAL est une plateforme en ligne développée en 2001 par le CNRS et destinée au dépôt et à la diffusion d'articles de chercheurs.

Marin Dacos

Ingénieur de recherche, coordinateur national de la science ouverte au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

NON, SOUS CONDITIONS

Si l'objectif est de rendre accessibles gratuitement toutes les publications scientifiques, il n'y a aucun risque, dans aucune discipline. Elles sont déjà publiques, on se contente juste de lever la barrière financière de leur accès. Mais il ne s'agit là que de la partie émergée de l'iceberg ! La science ouverte pose aussi la question de la reproductibilité de la science, et pour ça, les chercheurs doivent aussi diffuser leurs protocoles expérimentaux, les données qu'ils ont récoltées et les programmes pour les analyser. Un peu comme il ne suffit pas de publier une recette pour que tout le monde puisse refaire à l'identique un plat, il faut aussi donner l'origine des ingrédients, la marque des ustensiles, le mode d'emploi du four C'est l'ouverture non raisonnée des données utilisées comme matière première pour produire la connaissance qui peut présenter un risque, dans certaines disciplines comme la recherche en santé. En effet, les données individuelles des patients ne peuvent pas être ouvertes à tous, mais seulement partagées auprès de chercheurs s'engageant eux-mêmes à ne pas diffuser ces données sensibles. Pour maîtriser ce risque, nous disposons de solutions de partage contrôlé, par exemple le Centre d'accès sécurisé aux données (CASD). Pour les données non sensibles, nous avons inauguré cet été le service Recherche Data Gouv, pour le dépôt et le partage des données. Au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, mon rôle consiste notamment à aider les chercheurs et les disciplines à identifier ce qui relève de l'ouverture et ce qui relève du partage contrôlé.

Regards croisés

Infographie qui représente des données passant dans un entonnoir pour arriver sur un ordinateur.Infographie qui représente des données passant dans un entonnoir pour arriver sur un ordinateur.

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