Mis à jour le 8 mars 2018

La réalité virtuelle comme outil thérapeutique

La réalité virtuelle comme outil thérapeutique
  • Grâce au développement de casques faciles à utiliser, la réalité virtuelle a fait son entrée dans les laboratoires de recherche et les hôpitaux.
  • Les domaines d’application sont nombreux, mais certains demandent encore à être validés scientifiquement.
  • De la psychiatrie aux pathologies neurodégénératives, un petit florilège des études entreprises sur la réalité virtuelle au service des patients.

Article réalisé avec l’aide de Pierre Leboucher, ingénieur de Recherche CNRS et Directeur du développement de « Prisme », plateforme d’exploration fonctionnelle du comportement humain à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière à Paris.

Qu’est-ce que la réalité virtuelle ?

La réalité virtuelle regroupe un ensemble de technologies permettant d’immerger un utilisateur dans un monde numérique, où tout est calculé par un ordinateur : par exemple un jeu vidéo, la visite d’un musée… L’outil le plus fréquemment utilisé en réalité virtuelle est un casque couvrant l’ensemble du champ visuel et équipé de capteurs pour mesurer les mouvements de la tête. L’utilisateur peut ainsi évoluer dans un univers virtuel en déplaçant son regard de haut en bas, de droite à gauche et d’avant en arrière. On peut associer à ce casque des écouteurs ou des objets connectés pour augmenter le niveau d’immersion.
Outre son aspect ludique, la réalité virtuelle est aujourd’hui utilisée pour l’entraînement des sportifs de haut niveau ou des pilotes d’avion. Elle est aussi un outil intéressant pour les soignants, notamment dans le cadre des thérapies cognitives et comportementales (TCC, des thérapies brèves qui visent à remplacer les idées négatives et les comportements inadaptés par des pensées positives et des réactions en adéquation avec la réalité).

Pour soigner les phobies

Exposer progressivement un patient à la situation qui le stresse est une technique utilisée par les psychiatres depuis longtemps. Mais, selon la phobie considérée, cela peut être très compliqué et/ou coûteux à mettre en œuvre ! D’où l’intérêt de la réalité virtuelle : elle permet de placer l’utilisateur dans une situation fictive qui peut être stoppée à tout moment et dans laquelle le thérapeute contrôle l’ensemble des paramètres afin de gérer le niveau de stress du malade.
En France, plusieurs services hospitaliers évaluent actuellement cette technique dans la prise en charge de la phobie de l’avion, des araignées ou de la foule, par exemple. Grâce au casque d’immersion, le patient est placé dans la situation qui l’effraie. Le médecin peut à tout moment l’accompagner en lui parlant : il l’aide à gérer son stress, à objectiver son ressenti. Une séance après l’autre, le palier de difficulté peut être augmenté. Mais la réalité virtuelle n’est pas suffisante pour traiter une phobie : d’autres outils de TCC doivent être mis en œuvre simultanément, tels que la relaxation ou des techniques de gestion du stress.
Plusieurs équipes de recherche travaillent à la mise au point d’univers virtuels et de scénarios associés pour traiter d’autres phobies. Grâce à la démocratisation des casques de réalité virtuelle, les psychiatres libéraux pourront s’équiper à leur tour et proposer à leurs patients des approches validées scientifiquement.

Pour traiter le stress post-traumatique

Comme pour les phobies, la réalité virtuelle est un outil qui peut être très utile pour prendre en charge les personnes atteintes de stress post-traumatique. Elle permet en effet de recréer la situation traumatisante, accident de voiture, catastrophe naturelle, attentat… et d’y placer le patient tout en l’accompagnant par des techniques de relaxation et d’objectivation du stress. En France, plusieurs études sont en cours pour traiter des soldats de retour de mission ou bien des personnes âgées qui n’osent entreprendre une rééducation après une chute invalidante. L’objectif est de « retravailler » le souvenir pour le délester de sa charge émotionnelle.

Pour atténuer la douleur

Plusieurs centres hospitaliers, à Lyon et au Mans notamment, testent l’intérêt de la réalité virtuelle pour atténuer la douleur des patients pendant certains soins, comme une ponction lombaire. Concrètement, les patients s’immergent dans une situation très agréable grâce au casque : plongée sous-marine, balade champêtre… Pendant ce temps, les soignants font leur travail en utilisant moins de produits anesthésiants. Objectifs : diminuer les effets secondaires, améliorer le vécu des patients et, potentiellement, les coûts des interventions. Des études sont menées pour évaluer l’intérêt de certains scénarios de réalité virtuelle pour soulager sans risque les douleurs chroniques ou pendant un accouchement.

Pour prendre en charge les maladies neurodégénératives

Une équipe du laboratoire Neurosciences Paris-Seine travaille sur un scénario de réalité virtuelle qui permettrait de diagnostiquer la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui, ce diagnostic repose sur des tests cliniques et biologiques parfois lourds à mettre en œuvre. Grâce à la réalité virtuelle, les patients ont placés dans un labyrinthe comportant des indices visuels à mémoriser pour pouvoir progresser. Les chercheurs espèrent que l’analyse des performances spatiotemporelles des patients permettra de poser un diagnostic fiable, de quantifier l’évolution de la maladie et de proposer un outil thérapeutique pour la ralentir.
Par ailleurs, en Europe et en Israël, plusieurs équipes évaluent l’intérêt de la réalité virtuelle couplée à un tapis de marche pour améliorer l’équilibre et la motricité de personnes atteintes par la maladie de Parkinson. Ce dispositif permet en effet de varier les situations motrices dans un environnement qui demeure sécurisé.

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