Mis à jour le 1 mars 2017

Douleur : la mambalgine, un antalgique prometteur

  • Il y a un peu plus de 4 ans, des chercheurs ont isolé une molécule, la mambalgine, à partir du venin d’un serpent.

  • La mambalgine semble avoir des propriétés antalgiques prometteuses lors de tests sur des modèles animaux.

  • Dernièrement, l’équipe a montré que ce composé aurait une action contre les douleurs inflammatoires et neuropathiques.

Ces résultats ont été obtenus par Eric Lingueglia et son équipe "Canaux ioniques et douleur" à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire de Sophia Antipolis.

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L’équipe d’EricLingueglia a reçu le label « Equipe FRM » en 2011. La somme attribuée par le Conseil Scientifique de la FRM a contribué à l’obtention de ces résultats.

Quand la douleur est pathologique

Les douleurs représentent un véritable problème de santé publique. Elles motiveraient en France deux tiers des consultations chez le médecin. Aujourd’hui, les grandes familles d’antidouleurs existantes possèdent une efficacité limitée, et un nombre d’effets secondaires importants, allant de la somnolence à une authentique dépendance.

Les chercheurs redoublent d’efforts pour trouver de nouveaux traitements antalgiques plus efficients et à l’origine de moins d’effets délétères pour l’organisme. Depuis plusieurs années, une équipe de chercheurs menée par Eric Lingueglia s’intéresse à une molécule, la mambalgine, isolé à partir du venin d’un serpent, le mamba noir.

La mambalgine

La mambalgine

En 2012, l’équipe d’EricLingueglia publiait un article, dans la prestigieuse revue scientifique internationale Nature, relatantl’efficience de la mambalgine sur la douleur chez le rongeur.

L’équipe avait alors démontré que la mambalgine s’avérait aussi efficace que la morphine, un opioïde fréquemment prescrit dans les fortes douleurs.

Autre point positif, la molécule semblait ne pas provoquer certains des effets indésirables associés à la morphine comme l’accoutumance ou le ralentissement du rythme respiratoire.Des propriétés qui ont poussé les chercheurs à poursuivre leurs investigations sur le sujet.

Une action sur des protéines neuronales

Au cours de leurs travaux, les chercheurs avaient également montré que la mambalgine agissait spécifiquement sur des protéines neuronales, appelées ASIC (pour Acid-Sensing Ion Channels). Les ASIC sont des canaux ioniques, des protéines insérées dans la membrane des neurones qui forment un pore faisantcommuniquer l’intérieur et l’extérieur des cellules. Les canaux ioniques permettent en particulier le passage des ions (sodium, potassium, calcium, etc.) à l’origine du courant électrique qui constitue l’influx nerveux : les canaux ioniques sont donc au cœur de la genèse et de la transmission du message douloureux.
Différents types de douleurs

Différents types de douleurs

Les chercheurs ont par la suite continué leurs explorations sur la mambalgine, et se sont intéressés plus particulièrement au type de douleur sur lesquelles la molécule pourrait avoir une action. En plus de la douleur aigüe qu’ils avaient initialement testée, ils ont exploré deux autres grands types de douleurs plus chroniques: inflammatoires, c’est-à-dire liée à une réaction d’inflammation de l’organisme, et neuropathiques, c’est-à-dire associées à une lésion du système nerveux (moelle épinière, nerf, cerveau…). Ces deux douleurs, aux origines différentes, ne sont pas générées exactement de la même manière dans l’organisme, ce qui explique qu’un médicament efficace pour l’une ne le sera pas forcément pour l’autre.

Une action large

L’équipe a récemment montré que la mambalgine agit sur ces deux types de douleur. A cette fin, ils l’ont injectée à plusieurs modèles de rongeurs par voie sanguine. La molécule avait un effet sur la douleur inflammatoire (induite par la chaleur ou par une pression mécanique). Dans d’autres modèles animaux, les chercheurs ont montré que la mambalgine a une activité antalgique dans le cas de douleurs neuropathiques. Ils ont aussi clarifié avec plus de précision le mécanisme d’action de la mambalgine du point de vue moléculaire, en mettant en évidence le sous type d’ASIC impliqué dans ces effets (la famille des canaux ASIC comprend plusieurs sous types).

Ces derniers résultats obtenus chez l’animal montrent bien le potentiel de la mambalgine dans la lutte contre la douleur : d’autres études sont maintenant nécessaires pour valider ses propriétés chez l’Homme.
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