Mis à jour le 1 avril 2017

Action du microbiote intestinal sur les lésions du foie liées à l’alcoolisme

  • Le microbiote intestinal est un élément indispensable à la bonne santé de l’organisme et pourrait prévenir certaines pathologies.

  • Aujourd’hui, les chercheurs veulent savoir si les bactéries qui le composent pourraient avoir un effet préventif sur l’apparition de lésions hépatiques chez les personnes alcooliques.

  • Si cette hypothèse se confirme, rééquilibrer le microbiote intestinal pourrait améliorer le devenir des patients.

Cette recherche est menée par Margot Dupeux dans l’équipe « Microbiote intestinal, macrophages et inflammation hépatique » dirigée par Gabriel Perlemuteret Anne-Marie Cassard (Inserm U996, Université Paris-Sud/Paris-Saclay, Hôpital Antoine Béclère-Clamart).

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Le projet de Margot Dupeux a été sélectionné en 2016 par le Conseil Scientifique de la Fondation pour la Recherche Médicale. Ce projet fait suite à une autre étude pour laquelle l’équipe de Gabriel Perlemuter avait reçu 200 000 € en 2010.

Le microbiote intestinal : un véritable organe ?

Chez l’homme, le tube digestif abrite une communauté de microorganismes principalement composée de bactéries : le microbiote intestinal. Ce dernier est composé d’un million de milliards de bactéries, pour 1 000 espèces répertoriées soit un poids total de près de 2 kg ! Ces bactéries auraient un rôle important dans le bon fonctionnement de l’organisme, à un tel point que les chercheurs le considèrent comme un organe à part entière.

Ainsi, le microbiote intestinal jouerait un rôle prédominant dans les régulations métaboliques, immunologiques ou encore hormonales nécessaires à notre maintien en bonne santé. Cela explique les recherches entreprises pour étudier son action dans de nombreuses pathologies.

Une action sur les lésions du foie liées à l’alcool ?

Une action sur les lésions du foie liées à l’alcool ?

Margot Dupeux s’intéresse au rôle potentiel que pourrait avoir le microbiote intestinal sur les lésions du foie induite par l’alcool. Pour rappel, l’alcoolisme est un véritable problème de santé publique en France : l’Inserm estime que 10 % des adultes ont des difficultés face à la consommation de boissons alcoolisées. Outre des troubles neurologiques, l’alcoolisme est l’une des causes les plus fréquentes de cirrhose (maladie conduisant à la dégradation irréversible du foie) et de cancer hépatique. Seulement, toutes les personnes ne sont pas égales face aux lésions du foie induites par l’alcool : à quantité d’alcool équivalente en quantité et en durée, certains individus vont développer une maladie du foie plus rapidement que d’autres, voire certains individus auront un foie totalement préservé. L’équipe dans laquelle Margot Dupeux effectue ses recherches a d’ores et déjà prouvé que la composition du microbiote intestinal est impliquée dans la susceptibilité individuelle à développer des lésions du foie suite à un alcoolisme.

Une piste de recherche prometteuse

Dans une précédente étude menée avec l’aide de la FRM, l’équipe a montré que le microbiote intestinal des patients alcooliques variait selon le degré de sévérité de leurs lésions hépatiques. Les chercheurs ont transféré le microbiote intestinal de patients atteints d’une hépatite alcoolique aiguë sévère chez des rongeurs puis ont soumis ces rougeurs à une alcoolisation : ces derniers ont développé des lésions du foie plus importantes que les rongeurs ayant reçu un microbiote de patients alcooliques non atteints d’hépatite. L’équipe pense que, chez certaines personnes, le microbioteserait moins efficace pour protéger des méfaits de l’alcool.

Parmi les fonctions altérées du microbiote intestinal, il y a la protection de la muqueuse du tube digestif. Cette dernière deviendrait plus perméable et laisserait passer des bactéries et/ou des des composés bactériens vers le foie qui auraient un rôle inflammatoire, et participeraient ainsi à la genèse de lésions hépatiques.

Des effets intéressants de la pectine

L’équipe a également étudié le rôle protecteur d’une fibre, la pectine, vis à vis de la toxicité de l’alcool sur le foie. L’administration de pectine à des rongeurs qui sont ensuite alcoolisés permet de prévenir totalement l’apparition des lésions du foie. Plus récemment, des rongeurs dont le microbiote intestinal a été humanisé avec le microbiote de patients ayant une hépatite alcoolique n’ont développé aucune lésion du foie après alcoolisation lorsque la pectine était administrée.

Quels sont les mécanismes en jeu ?

Margot Dupeux souhaite comprendre comme la pectine exerce ses effets protecteurs.La chercheuse va étudier les éventuelles altérations de la barrière intestinale chez la souris en fonction de la composition du microbiote intestinal et analyser comment la pectine corrige ces altérations. Elle espère ainsi mettre en évidence les mécanismes par lesquels le microbiote pourrait influencer la survenue de lésions induites par l’alcool et comment la pectine agit pour les éviter.

Si cette hypothèse se confirme, on peut penser que rétablir un microbiote intestinal normal pourrait être une piste de prise en charge pertinente pour protéger des lésions le foie des patients alcooliques.

Résultats de l’étude précédente :

-Llopis M et al. Intestinal microbiota contributes to individual suceptibilty to alcoholic liver disease. Gut 2016 ; 65 : 830-9.

Ferrere G et al.Fecalmicrobiota manipulation preventsdysbiosis and alcohol-inducedliverinjury in mice. J Hepatol 2017; 66 :806-815.</p>

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