Maladies pulmonaires inflammatoires : développer des médicaments capables de traverser le mucus pulmonaire


L’asthme est une maladie chronique. Elle se manifeste par la survenue de crises caractérisées par une gêne respiratoire et une toux. Sa prévalence croît rapidement à travers le monde. En cause : la multiplication des allergènes, la pollution de l’air ou les expositions professionnelles, entre autres. Sa prise en charge repose sur le contrôle de la maladie, à l’aide de corticoïdes inhalés ou d’anti-leucotriènes associés aux bronchodilatateurs. La recherche tente aujourd’hui de mieux comprendre l’évolution de la prévalence de cette maladie et son développement pour améliorer la prévention et proposer de nouveaux outils thérapeutiques.
L’asthme touche environ 4 millions de personnes en France, selon l’Inserm. Au cours de la vie, on estime que 10 à 12 % de la population, a eu ou aura de l’asthme. Au cours des 12 derniers mois, 10 à 16 % des enfants sont concernés par l’asthme, de même que 6 % des adultes. L’asthme sévère concerne environ 5 % des patients et est associé à plus de 60 000 hospitalisations et à près de 900 décès par an.
L’Organisation mondiale de la Santé a recensé environ 455 000 décès liés à l’asthme dans le monde en 2019, et a évalué à 262 millions le nombre de personnes atteintes.
La fréquence de l’asthme augmente dans tous les pays, mais cette tendance est plus rapide dans les pays industrialisés, ou ceux adoptant un mode de vie occidental.
En outre, la pollution de l’air jouerait un rôle important dans le développement de cette pathologie. Santé publique France estime que 12 à 20 % des nouveaux cas de maladies respiratoires chez les enfants y sont attribuables.
L’asthme est une pathologie inflammatoire chronique qui touche les bronches, les conduits impliqués dans le transit de l’air vers les poumons. Celles-ci sont anormalement sensibles à différents facteurs (exercice physique, froid, fumée de cigarette, pollution, virus, allergène) et peuvent mal réagir à ces stimuli. Conséquence : leur paroi s’enflamme alors vivement. À la suite de cette inflammation, deux mécanismes se mettent en place : la paroi bronchique se contracte et un mucus épais est sécrété. Ces phénomènes induisent un rétrécissement des conduits à l’origine d’un mauvais passage de l’air vers les poumons : c’est la crise d’asthme.
En dehors des crises, les bronches restent sensibles et inflammatoires.
On distingue deux types d’asthme :
La crise d’asthme se caractérise le plus souvent par une respiration sifflante, une gêne respiratoire, une toux sèche ou encore une sensation d’oppression thoracique très souvent angoissante.
L’asthme aigu grave se caractérise par une crise intense, de durée inhabituelle et peut entraîner une obstruction complète des voies aériennes. C’est une urgence médicale qui nécessite une hospitalisation rapide. Dans ce cas, appeler les équipes médicales d’urgence : le Samu (15) ou les pompiers (18 ou 112).
L’asthme résulte de l’association de facteurs environnementaux et d’une prédisposition génétique. Il existerait en effet une composante génétique à l’asthme, les parents ayant un terrain allergique ont plus de risque d’avoir un enfant atteint par la maladie.
Des facteurs personnels, tels la prématurité, le petit poids de naissance, l'existence d’allergies, les infections respiratoires survenues lors de la petite enfance, augmentent le risque de souffrir d’asthme à l’âge adulte.
Des facteurs de risque environnementaux sont aussi bien documentés : les allergènes à l’intérieur ou à l’extérieur des habitations, le tabagisme (actif ou passif), la pollution de l’air intérieur et extérieur à la maison ou sur son lieu de travail (particules fines, polluants émis par les produits d’entretien les colles, les vernis, peinture, ou produits chimiques) sont associés à un risque d’asthme accru. Une méta-analyse récente révèle que près d’un tiers des cas d’asthme à l’échelle mondiale serait associée à une exposition prolongée aux particules PM2,5.
Enfin, selon l’Inserm, chez 10 à 15 % des patients asthmatiques, la maladie est causée ou aggravée par la profession. Six métiers représentent la moitié des cas d’asthmes professionnels. L’asthme peut ainsi être reconnue comme maladie professionnelle pour les boulangers pâtissiers (à cause de l’exposition à la farine, très allergisante), les professionnels de santé, les coiffeurs, les peintres, les travailleurs du bois et les employés de nettoyage.
C’est l’examen par le médecin généraliste qui peut mener sur la piste de l’asthme.
Ainsi, des symptômes évocateurs comme une toux sèche persistante ou à l’effort, une respiration sifflante, des réveils nocturnes, un essoufflement anormal, une symptomatologie se déclenchant en présence de certains composés ou encore une oppression thoracique pourront orienter le diagnostic. A l’auscultation du thorax, il pourra éventuellement identifier des râles sifflants (sibilants) caractéristiques des crises.
Le praticien pourra également rechercher une notion de terrain familial, la présence de rhumes à répétition (comme un « rhume des foins », une maladie souvent associée à l’asthme) et interroger le mode de vie.
Plusieurs examens permettent de confirmer ce diagnostic. Classiquement, le patient passe des épreuves fonctionnelles respiratoires (EFR) qui visent à mettre en évidence l’obstruction des bronches en mesurant les volumes et débits pulmonaires. Comparées à des valeurs de références, ces mesures sont le reflet de l’atteinte respiratoire. La spirométrie est le test le plus fréquemment employé. Il peut être à nouveau réalisé après prise d’un bronchodilatateur, pour observer l’effet du traitement. La pléthysmographie permet un examen plus large des capacités respiratoires. Une radiographie pulmonaire peut aussi être prescrite afin d’éliminer certaines causes des difficultés respiratoires. Le test « de provocation bronchique » permet d’évaluer le degré de réactivité des bronches.
Enfin, un bilan allergique permet de préciser les conditions de déclenchement des crises allergiques. La prise de sang permet, quant à elle, de dépister un asthme éosinophilique. Les facteurs de risque susceptibles d'aggraver l’asthme (obésité, syndrome d’apnées obstructives du sommeil, reflux gastro-oesophagien, anxiété, dépression) sont également relevés.
La prise en charge de l’asthme passe par un contrôle de la maladie, pendant mais aussi en dehors des crises. Tout d’abord le patient est invité à réduire au maximum ses contacts avec les agents irritants ou les éventuels allergènes à l’origine de ses crises. Dans ce dernier cas, une désensibilisation à l’agent allergène incriminé peut être proposée, elle consiste à induire peu à peu une tolérance de l’organisme face à ce facteur.
Concernant les thérapies médicamenteuses, on distingue les traitements de fond des traitements de la crise.
Les traitements de fond visent à réduire les symptômes au quotidien, à normaliser au maximum la capacité respiratoire et à empêcher la survenue des crises ou à en réduire la gravité. Les plus couramment utilisés sont les corticoïdes inhalés ou des anti-leucotriènes associés à un ou deux bronchodilatateurs d’action lente.
En cas de crise, on peut avoir recours aux bronchodilatateurs dits « d’action rapide » qui permettent de rétablir rapidement le passage de l’air.
Enfin, en cas d’échec de ces approches, de nouveaux traitements sont apparus pour les asthmes très sévères : les biothérapies, et plus précisément des anticorps monoclonaux. Ils visent à supprimer spécifiquement la réaction inflammatoire, et auraient donc un intérêt dans le traitement de l’asthme. Plusieurs molécules sont actuellement sur le marché.
Pour les enfants sujets à l’asthme, un projet d’accueil individualisé (PAI) est mis en place par le médecin en coordination avec le médecin scolaire à l’école, afin que l’enfant puisse disposer en permanence de son matériel médical sur place en cas de crise.
Il est aujourd’hui établi que les changements climatiques entraînent des répercussions sur la santé, notamment sur les pathologies pulmonaires, comme l’asthme. Plusieurs effets ont ainsi été mis en évidence au cours de cette dernière pathologie.
En général, les symptômes de l’asthme peuvent être majorés en cas de fortes chaleurs ou, au contraire, de grands froids. A côté de cela, l’augmentation de l’humidité à la suite de fortes précipitations importantes peut aussi favoriser le développement de moisissures dans l’air, elles-mêmes facteur de sévérité dans l’asthme.
Dans l’asthme allergique, les hausses de températures entraînent des périodes de pollinisation plus précoces, mais aussi plus longues. Les pollens sont également relargués en quantités plus importantes ; cela rendrait certains d’entre eux plus allergisants, comme ceux du bouleau et d’ambroisie.
Les orages auraient aussi un impact sur la survenue de crises d’asthme. Ce phénomène serait notamment lié, selon une étude de 2018, à un mécanisme d’éclatement des grains de pollens en plus petites particules, qui se diffusent plus facilement dans l’environnement grâce aux rafales de vent. S’y ajouterait une plus grande pénétration de ces particules dans les poumons, favorisant la crise.
Le changement climatique induit aussi une hausse de certains polluants atmosphériques, qui augmentent aussi le pouvoir allergène des pollens.
Autant de facteurs qui favoriseraient l’émergence et la sévérité des crises.
Les chercheurs tentent de mieux comprendre l’étiologie de l’asthme et notamment les liens entre environnement et asthme. Plusieurs domaines font ainsi l’objet d’une attention particulière, comme l’exposition aux polluants chimiques, la composition du microbiote et le manque d’exposition précoce à différents micro-organismes (hypothèse hygiéniste) ou encore l’implication de mécanismes épigénétiques. Ces connaissances permettront de mieux orienter les politiques de prévention.
La recherche des liens entre asthme et climat constitue également une voie suivie par les chercheurs : il s’agit d’explorer les effets des changements du climat sur l’évolution et le développement de l’asthme, comme expliqué plus haut. Les chercheurs s’intéressent aussi à l’effet du microbiote intestinal et au retentissement sur la maladie de ses perturbations.
Ensuite, il s’agit de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de la pathologie, et de mieux dissocier les différents types d’asthme. Un gage pour dégager de nouvelles pistes thérapeutiques adaptées à chacun des sous-types d’asthme. Par exemple, des chercheurs ont identifié le rôle de plusieurs molécules, comme l’interleukine-33 ou l’alarmine, dans le développement de la réaction allergique pulmonaire. Les cibler est une piste en cours d’investigation.
Des vaccins sont aussi en cours de développement pour prendre en charge l’asthme, notamment l’asthme allergique. Il s’agit ici de neutraliser certaines molécules impliquées dans la réaction inflammatoire, empêchant du même coup la survenue de la crise.
Enfin, autre thérapie d’avenir de la pathologie actuellement à l’essai : la thermoplastie bronchique. Elle est destinée aux asthmatiques très sévères (résistants à tous traitements) qui présentent un épaississement de leurs parois bronchiques lié à la pathologie. Les praticiens glissent par fibroscopie une sonde dans l’arbre bronchique sous anesthésie générale. La sonde est capable de délivrer des impulsions de chaleur, brûlant les cellules musculaires de la paroi bronchique en vue de la désépaissir. La thermoplastie bronchique offre des résultats prometteurs dans le cadre de l’asthme sévère résistant aux médicaments. Son indication pourrait être élargie aux autres formes d’asthme moins sévères.
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