Dystrophie musculaire de Duchenne : traiter aussi les cellules musculaires cardiaquesDystrophie musculaire de Duchenne : traiter aussi les cellules musculaires cardiaques

07 octobre 2026

Dystrophie musculaire de Duchenne : traiter aussi les cellules musculaires cardiaques

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En résumé

Avancée obtenue par Lesia Savchenko, dans l’équipe « Remodelage cardiométabolique : mécanismes et microenvironnement » co-dirigée par Oxana Kunduzova et Angelo Parini à l’Institut des Maladies Métaboliques et Cardiovasculaires (I2MC, Inserm UMR 1297-Université Toulouse III) à Toulouse.

6 000 €

Financement FRM perçu dans le cadre du programme «  PAUSE-solidarité Ukraine  ».

Lesia Savchenko est médecin et chercheuse ukrainienne.

Soutenue par la FRM dans le cadre du programme PAUSE-solidarité Ukraine, elle est arrivée en France en avril 2022.

La chercheuse revient avec nous sur ses travaux qui ont permis la découverte un mécanisme impliqué dans l’évolution fibreuse des cellules cardiaques au cours de la myopathie de Duchenne, ouvrant la voie vers de nouvelles cibles thérapeutiques.

Je donne pour la recherche

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La découverte en détails

Pouvez-vous retracer votre parcours jusqu’à votre arrivée en France en 2022 ?

Je suis médecin de formation, spécialisée en médecine interne, diplômée de l’Université médicale d’État de Poltava, en Ukraine.

En 2017, au cours de mon doctorat de médecine interne, j’ai effectué une mobilité scientifique à Toulouse, au sein de l’équipe « Remodelage cardiométabolique » à l’I2MC à Toulouse, qui avait déjà des collaborations avec les Universités d’Ukraine. Cette expérience m’a permis de développer mes compétences en recherche et de poursuivre une partie de mon travail de doctorat. Elle a également contribué à renforcer la collaboration scientifique entre nos deux universités.

À mon retour en Ukraine, j’ai poursuivi ma formation doctorale et mes travaux de recherche en médecine interne. J’ai ensuite soutenu ma thèse d’exercice, en 2019, puis travaillé comme assistante au Département de médecine interne de l’Université médicale d’État de Poltava tout en poursuivant mes activités de recherche. Mes travaux portaient sur les mécanismes de la fibrose cardiaque, un processus de remplacement d’une partie du muscle cardiaque par du tissu cicatriciel qui conduit à la rigidification du cœur et à l’insuffisance cardiaque.

Au déclenchement de la guerre avec la Russie en 2022, j’ai décidé de partir et j’ai été accueillie par le laboratoire toulousain. Mon intégration a été facilitée par ma précédente expérience.

Quelle thématique de recherche avez-vous poursuivie depuis ?

À mon arrivée dans l’équipe, j’ai commencé à travailler sur la dystrophie musculaire de Duchenne. C’est une maladie génétique rare et sévère qui touche principalement les garçons et débute dans l’enfance. Elle est due à une anomalie du gène de la dystrophine, une protéine importante pour protéger les cellules musculaires. En l’absence ou en cas de déficit important de cette protéine, les muscles s’endommagent progressivement, entraînant une faiblesse musculaire évolutive. La maladie touche aussi le cœur et peut aboutir à une fibrose cardiaque.

Nous avons voulu comprendre comment cette fibrose se développe. Pour cela, nous nous sommes intéressés aux fibroblastes cardiaques, des cellules qui participent à la formation de ce tissu fibreux. Dans nos travaux précédents, nous avions montré que ces cellules présentent des caractéristiques particulières chez les patients atteints de Duchenne et qu’elles sont plus facilement activées. Nous avons alors cherché à savoir s’il était possible de modifier leur comportement. C’est dans ce contexte que nous nous sommes intéressés au système endocannabinoïde, un système de neurotransmetteurs qui participe notamment à la régulation de l’inflammation et de certaines réponses cellulaires et dont la modulation a montré des bénéfices locomoteurs.

Nous avons choisi d’étudier l’effet du cannabidiol (CBD), notamment en raison de ses propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes et parce que son rôle dans les complications cardiaques de la dystrophie de Duchenne était encore peu étudié. L’objectif était de comprendre si le CBD pouvait modifier le comportement des fibroblastes cardiaques et par quels mécanismes.

À quels résultats avez-vous abouti dans votre dernière publication ?

Nous avons montré que le CBD réduit l’activation des fibroblastes cardiaques dérivés de cellules souches pluripotentes induites 1 (CSPi) issues de patients atteints de dystrophie musculaire de Duchenne comme celles dérivées de personnes saines. Le CBD diminue notamment certains marqueurs associés à la fibrose, le stress oxydatif et augmente la production d’une enzyme appelée HO-1. HO-1 semble être un médiateur clé de l’activité anti-fibrotique du CBD.

Ces résultats nous ont donc permis d’identifier un mécanisme jusqu’alors peu connu, qui pourrait contribuer à mieux comprendre la fibrose cardiaque dans la dystrophie musculaire de Duchenne. La poursuite de ce travail devrait permettre d’approfondir les mécanismes impliqués dans l’activation des fibroblastes cardiaques avec un but ultime : découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques pour aider les patients touchés par cette maladie.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

La guerre a mis en suspens les activités de recherche que je menais en Ukraine et a fortement limité mes activités d’enseignement à l’Université. Aujourd’hui, il m’est difficile de parler de l’avenir de manière très précise, car tout dépend de la situation et des possibilités professionnelles. Mon contrat de recherche vient de prendre fin et la poursuite du projet est conditionnée à l’obtention de financements. J’aimerais, dans tous les cas, dcontinuer à travailler sur ces questions et poursuivre cette recherche si les conditions le permettent.

Sur le plan personnel, mon premier espoir est évidemment de voir la paix revenir en Ukraine et de pouvoir retrouver mon pays en paix et libre. Enfin, je tiens à dire que la France m’a donné la possibilité de poursuivre mes travaux dans un excellent environnement, et j’en suis très reconnaissante.

Lexique

  1. Cellules souches pluripotentes induites : cellules adultes reprogrammées pour leur conférer une capacité de cellules souches, capables de se différencier à nouveau en différents types cellulaires.

Source

Savchenko L et al. Cannabidiol-induced Heme oxygenase-1 contributes to modulate the phenotype of hiPSC-derived cardiac fibroblasts from patients with Duchenne muscular dystrophy. Redox Biol 2026 ; 96 : 104333.

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