Science Ouverte : un engagement fort de la Fondation pour la recherche médicale au bénéfice de la société

29 septembre 2026

Convaincue que la diffusion de connaissances fiables et sourcées est un pilier d’une société éclairée et un accélérateur du progrès scientifique et sociétal, la Fondation pour la Recherche Médicale s’est dotée d’une politique de science ouverte en 2023.

L’année suivante, elle a rejoint le réseau science ouverte des agences de financement françaises, composé de l’Agence de la transition écologique (ADEME), l’Agence nationale de la recherche (ANR), l'ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et l’Institut national du cancer (INCa).

Le 23 septembre 2026, le réseau a organisé une rencontre à l’UNESCO pour réaffirmer son engagement en faveur de la science ouverte et présenter son plan d’action 2026-2030, en lien avec la nouvelle Stratégie de Science Ouverte portée par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.

À cette occasion, Valérie Lemarchandel, Directrice scientifique de la Fondation pour la Recherche Médicale, et Nicolas Eugénie, Responsable analyse et impact scientifique, reviennent sur l’importance de la science ouverte et l’engagement de la Fondation pour la Recherche Médicale à ce sujet.

Commençons par les bases : qu’est-ce que la science ouverte ?

Valérie : Ce mouvement part du principe que la science est un bien commun, qui doit être au bénéfice de l’humanité. L’objectif de la science ouverte est donc de rendre disponibles les méthodes et résultats de la recherche, pour que tous les acteurs de la société puissent y avoir accès, les réutiliser et se les approprier : chercheurs, décideurs publics, acteurs économiques, citoyens, associations… Ouvrir la science signifie également que les résultats de recherches obtenus dans une région du monde peuvent être universellement accessibles et réutilisables et qu’ils peuvent bénéficier à des communautés situées dans d’autres parties du monde.

Nicolas : Bien entendu, l’ouverture et la mise à disposition de certaines données n’éludent pas la question essentielle de la protection des données sensibles et des données personnelles. La science ouverte s’inscrit dans un cadre qui doit respecter la législation et les règles éthiques. On peut penser au sujet des données sensibles en recherche médicale, en particulier le cas des données de santé récoltées auprès des patients. Un adage en science ouverte dit qu’il faut que la science soit « aussi ouverte que possible et aussi fermée que nécessaire ».

Plus concrètement, quelles actions ont été mises en place par la Fondation ?

Nicolas : Tout d’abord, nous avons adapté nos politiques d’aide en conditionnant le financement des projets de recherche à la mise en accès ouvert des résultats publiés. Ainsi, toute chercheuse ou tout chercheur bénéficiaire d’une aide de la FRM se doit de publier en accès ouvert les publications rapportant les résultats issus des projets de recherche financés. En effet, beaucoup de revues scientifiques dans lesquelles sont publiés ces articles sont payantes, tout le monde n’y a donc pas accès. Nous demandons donc aux chercheurs, s’ils passent par des revues à abonnement, de publier leurs articles sur des plateformes, telles que des archives numériques, où l’accès est libre et gratuit. Nous leur recommandons également de passer directement par des revues scientifiques qui ont des pratiques éditoriales garantissant l’accès ouvert. Cette politique forte permet aujourd’hui à plus de 86 % des publications issues des projets soutenus par la FRM d’être en accès ouvert, un taux très supérieur à la moyenne nationale. Le volet des logiciels, des codes informatiques et des données est également primordial : ces éléments contribuent directement aux pratiques de recherche et à la reproductibilité de la science. Concernant ceux qui sont produits dans le cadre des projets financés, nous encourageons donc également leur mise en accès ouvert.

Valérie : Nous avons aussi travaillé sur l’évaluation des projets qui nous sont soumis par les chercheurs dans le cadre de nos appels à projets. Pendant longtemps, l’évaluation de la recherche s’est beaucoup basée sur la quantité de publications scientifiques produites par les chercheurs, et sur la réputation des journaux dans lesquels elles sont diffusées, plutôt que sur la qualité intrinsèque des recherches. Pour mieux prendre en compte la diversité et la singularité des parcours des chercheurs et de leurs contributions à la recherche, nous avons mis en place un CV narratif qui permet d’évaluer avec plus de pertinence le parcours des chercheurs et leurs particularités. Nous avons aussi limité le nombre de publications scientifiques citées dans les dossiers, afin que l’évaluation se fasse sur leur qualité plus que sur leur quantité.

D’après vous, quel est le rôle de la science ouverte dans le dialogue avec la société et la confiance des citoyens ?

Valérie : Pour qu’il y ait un dialogue avec la société, il faut qu’il y ait un accès aux informations. Des analyses ont montré que, lorsque les publications scientifiques sont en accès ouvert, elles sont plus facilement diffusées hors du monde académique. Lorsque le processus de recherche est transparent, et que les données sont partagées, les citoyens peuvent se réapproprier la démarche scientifique, ce qui renforce la confiance en la science. Plus globalement, nous considérons que la responsabilité de la Fondation pour la Recherche Médicale est de soutenir une recherche de qualité, mais aussi de créer des conditions qui permettent à tous d’avoir accès aux informations qui découlent de ces recherches. Nos donateurs sont des citoyens qui sont souvent touchés par la maladie, que ce soit à titre personnel ou dans leur famille, et qui souhaitent réellement s’engager pour soutenir l’effort de recherche national. Nous servons d’interface entre eux et les chercheurs, il y a donc une exigence de transparence entre les donateurs et les recherches financées, pour montrer aux donateurs tout l’impact de leurs dons.

Pour cela, mettre les connaissances et les données en accès libre est nécessaire, mais ne suffit pas : il faut aussi les rendre compréhensibles. Les actions de vulgarisation scientifique et de sensibilisation du grand public à la démarche scientifique sont donc complémentaires de l’ouverture des publications et des données. Nous existons grâce à la générosité du public et avons donc le devoir d’informer celui-ci des résultats des recherches financées grâce à cette générosité.

Est-ce que l’intelligence artificielle (IA) a un impact sur la science ouverte ?

Valérie : Les avancées de l’IA, et l’utilisation croissante de l’IA générative (comme les chatbots d’OpenAI, d’Anthropic ou encore de Google), renforcent d’autant plus l’importance de la science ouverte. De plus en plus de personnes posent leurs questions directement à des IA plutôt que d’effectuer une recherche internet. Il y a donc un enjeu que les outils utilisés soient nourris par des sources scientifiques solides, et cela ne peut se faire que si ces sources sont en accès libre. Bien entendu, il existe aussi des enjeux de citation et de propriété intellectuelle : il faut que les IA citent correctement leurs sources et les auteurs et qu’elles respectent les cadres de diffusion des connaissances. L’idée d’une réciprocité « intellectuelle » doit se mettre en place, les IA se nourrissent des connaissances scientifiques, participent à leur démocratisation, mais cela doit se faire en toute transparence, sans les confisquer ni les dénaturer.

Nicolas : L’IA est un outil puissant au service de la recherche, avec des avantages multiples (génération de nouvelles idées, analyse de grandes quantités de données, assistance à la rédaction, accélération des découvertes et de la dissémination des résultats…). Mais son utilisation comme méthode de recherche soulève un enjeu majeur de transparence quant au contexte de production des données et des résultats avec l’appui de l’IA. Si les résultats sont partagés de manière ouverte, mais que l’on ne sait pas comment ils ont été produits ni quel modèle d’IA a été utilisé, il sera difficile de les évaluer et de les réutiliser correctement. De plus, l’utilisation de l’IA peut induire des biais, des incertitudes, voire des erreurs. Cela touche à des piliers fondamentaux de la science : sa véracité, sa fiabilité et sa reproductibilité. La transparence des méthodes et du contexte de production des données et des résultats est toujours très importante en science ouverte, mais elle devient absolument primordiale avec l’IA.

Pourquoi la Fondation pour la Recherche Médicale a-t-elle souhaité s’engager dans un réseau dédié à la science ouverte ?

Valérie : Même si la Fondation pour la Recherche Médicale ne vit que de la générosité publique, nous ne sommes pas un acteur isolé pour autant. Nous agissons en interdépendance avec les autres acteurs liés à la recherche. Les chercheurs et chercheuses que nous finançons travaillent dans des laboratoires publics et reçoivent donc souvent des aides d’autres financeurs, comme l’Agence Nationale de la Recherche ou l’Institut national du cancer, par exemple. S’engager dans la science ouverte était une évidence pour nous, du fait de notre responsabilité vis-à-vis du grand public que je mentionnais précédemment. Cependant, nous souhaitions veiller à ne pas ajouter une charge supplémentaire aux chercheuses et chercheurs, avec des règles qui différeraient selon l’origine de l’aide financière perçue. Harmoniser nos recommandations et nos politiques, et travailler ensemble permet donc de simplifier le travail des chercheuses et chercheurs et d’assurer l’efficience de nos politiques.

Un autre aspect est la mutualisation des ressources et de l’expertise. En s’appuyant sur les actions communes du réseau, nous pouvons travailler avec les grandes infrastructures de science ouverte, comme l’archive nationale HAL ou les équipes d’appui à la recherche associées au CNRS pour proposer le meilleur service rendu à nos bénéficiaires et rendre plus visibles et transparents les résultats issus des projets de recherche soutenus par la FRM.

Quelles évolutions souhaitez-vous mettre en place dans les années à venir ?

Nicolas : Avec le réseau science ouverte des agences de financement françaises, nous nous sommes engagés, dans le cadre d’un plan d’action 2026-2030, à poursuivre nos efforts communs pour promouvoir la science ouverte. L’accent est notamment mis sur l’utilisation et le soutien des bases de données ouvertes, comme la plateforme OpenAlex, qui contribuent à cataloguer la production scientifique mondiale et à rendre plus visible celle qui est issue des projets soutenus par la FRM. Nous continuerons également de promouvoir l’accès ouvert le plus rapide possible des publications, des logiciels et des codes informatiques issus des recherches financées. Nous souhaitons également travailler sur l’évaluation de la science ouverte et de ses impacts, afin de pouvoir suivre les pratiques et améliorer nos politiques. Enfin, nous souhaitons promouvoir la diversité des revues en accès ouvert, et en particulier les systèmes d’édition équitables et transparents pour les communautés scientifiques.

Valérie : Nous allons continuer à travailler en faveur d’une évaluation des projets sous le seul prisme de la qualité scientifique, en tenant compte de toute la diversité des activités, des produits et des parcours de recherche. Cela doit passer par la prise en considération les pratiques de science ouverte comme un élément d’excellence scientifique dans nos décisions de financement. L’objectif serait d’évaluer à la fois ce qui a déjà été fait par les chercheurs en matière science ouverte, mais également ce qui est prévu dans le cadre du projet soumis, au niveau du partage des données, par exemple. Il faut envoyer un signal clair en reconnaissant et en encourageant l’engagement des chercheuses et des chercheurs, et bien sûr tout en prenant en compte la diversité des profils. Pour mettre cela en place, une approche commune, coordonnée et cohérente avec les autres acteurs de la recherche est indispensable. C’est là tout le sens du travail du réseau science ouverte.

Plan d'action

Le réseau science ouverte des agences de financement françaises, composé de l’Agence de la transition écologique (ADEME), l’Agence nationale de la recherche (ANR), l'ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM) et l’Institut national du cancer (INCa) réaffirme son engagement et son approche concertée en faveur de la science ouverte autour d’un plan d’action avec sept axes de travail prioritaires.

Au travers de ce plan d’action, les membres du réseau s’engagent à renforcer leur politique commune et à poursuivre leur collaboration afin de faire progresser les pratiques de science ouverte.

Découvrir le plan d'action 2026-2030 du réseau science ouverte

Auteur

  • Gaia Jouanna, Rédactrice scientifique à la Fondation pour la Recherche Médicale

    Gaia JouannaAutrice

    Rédactrice scientifiqueFondation pour la Recherche Médicale

    Diplômée en journalisme scientifique et Ingénieur AgroParisTech en biotechnologie, santé humaine.

    Texte validé par le chercheur.

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