Tout savoir sur l'addiction

Alcool, tabac, cannabis, cocaïne, MDMA, médicaments, jeux d’argent … La liste des substances et des pratiques sources d’addiction ne cesse de s’allonger. En cause : une activation inadaptée du système de la récompense, qui devient alors hors de contrôle. Face à la dépendance, les solutions thérapeutiques restent imparfaites. Elles se basent généralement sur l’abstinence et associent parfois un traitement de substitution. Les mécanismes sous-jacents sont désormais mieux compris. Peut-être permettront-ils bientôt d’élaborer de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Quelques chiffres sur l’addiction

L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (Ofdt) estime que l'alcool et le tabac sont les substances les plus consommées en France. Selon Santé Publique France, 8 % des adultes consommeraient de l'alcool tous les jours, et 18 % des 18-75 ans fumeraient quotidiennement. Des chiffres en constante diminution depuis les années 1990 et 2000 respectivement.

L'organisme considère que la consommation nocive d'alcool et le tabagisme constituent les deux premières causes de mortalité évitables en France, respectivement à l'origine de 41 000 et de 75 000 décès par an. Globalement, la consommation de substances psychoactives est responsable de plus de 100 000 décès évitables par accidents et par maladies, dont près de 40 000 par cancers.

Toujours selon l'Ofdt, le cannabis est la drogue illicite la plus consommée dans l'hexagone (plus de 10 % d'usagers dans l'année) devant la cocaïne. Cependant, le marché de la cocaïne ne cesse de croître et rapporte désormais davantage (en valeurs) que celui du cannabis. Le marché de l'ecstasy / MDMA a, lui, bondi de 637 % et celui des amphétamines de 470 % depuis 2010.

A noter que la consommation de plusieurs médicaments contre la douleur peuvent être sources d’addiction. En France, si le nombre de patients d’antalgiques forts (morphine, oxycodone, fentanyl) a doublé entre 2006 et 2017, la tendance s’est ralentie ces dernières années, passant de 10 à 12 millions de boîtes vendues chaque année entre 2017 et 2025. En revanche, le nombre de boîtes d’antalgiques faibles (Tramadol, Ixprim, Zaldiar, Contramal, Codoliprane) a fortement augmenté, passant de 58 en 2008 à 84 millions en 2017. Le risque d’addiction reste pourtant très élevé pour ces substances.

Enfin, l'Ofdt estime qu'il y a près 1,3 million de joueurs à risque de pratique problématique, dont 360 000 à risque excessif. Deux tiers seraient des hommes.

Qu'est-ce que l'addiction ?

L'addiction correspond à un état de dépendance à une substance ou à une pratique dont l'absence entraîne un malaise psychique et/ou physique, et ce en dépit de la connaissance de ses effets négatifs. Ainsi, l'addiction recouvre plusieurs aspects :

  • La prise de substances légales ou illégales : alcool, tabac, drogues (cannabis, héroïne, cocaïne, crack, amphétamines et dérivés de synthèse - MDMA, ecstasy), médicaments (benzodiazépines, neuroleptiques, certains antidépresseurs et antalgiques, notamment opioïdes - morphine, fentanyl, tramadol)

  • Certaines pratiques excessives comme les jeux d’argent et de hasard et les jeux vidéos. D’autres sont en cours d’évaluation ou en débat, comme les addictions liées au numérique (notamment aux réseaux sociaux et aux écrans), à l’activité physique, à l’hypersexualité, etc.

Outre les risques que font peser certaines addictions sur la santé, la dépendance est également pourvoyeuse de risques sociaux (accidents, perte du travail, repli sur soi, problèmes financiers, implications judiciaires liées à la consommation de drogues), ce qui en fait un réel enjeu de santé publique.

Quel est le processus à la base de l'addiction ?

Chaque produit addictif (héroïne, tabac, alcool…) a sa propre porte d'entrée dans le cerveau. La prise d'un tel produit active un circuit cérébral dit « de récompense ». Ce dernier met en jeu des neurones particuliers : les neurones dits dopaminergiques. Ils sont responsables de la production d'une molécule, la dopamine. Dans des conditions normales, une action positive ou plaisante pour l'organisme enclenche une sécrétion accrue de dopamine dans le cerveau, particulièrement au sein d'une zone appelée noyau accumbens, ce qui se traduit par une sensation de plaisir. Ce mécanisme est très utile, par exemple pour les phases d'apprentissage et l'assouvissement de nos besoins vitaux.

La consommation de certaines substances ou certains comportements fait augmenter artificiellement la production de dopamine au sein de cette zone, au-delà de la normale. Pour retrouver cette sensation agréable, le patient est alors incité à renouveler l'expérience, ce qui crée un mécanisme dit de « renforcement positif ». De plus, le cerveau a une capacité à devenir de moins en moins sensible aux conduites addictives, ce qui pousse à augmenter au fur et à mesure leur fréquence : c'est la dépendance.

Quels sont les symptômes de l'addiction ?

Classiquement, on peut distinguer deux « types » de dépendance : la dépendance dite « psychique » (qui se manifeste par une sensation de mal être plus ou moins forte suivant l'addiction en cause) et la dépendance « physique » (qui se traduit par un état de « manque » qui diffère selon les produits en cause, tels que les tremblements pour l'alcool, les douleurs avec les opiacés).

Pour le patient et son entourage, le comportement addictif se détecte aussi parce qu’il envahit progressivement la vie du patient, au détriment des autres aspects de son existence (famille, profession, etc.). Le patient perd le contrôle sur les quantités et le temps alloué à cette activité, il lui est impossible d’arrêter ou réduire la consommation et il souffre le craving, c’est-à-dire l’envie irrésistible d’assouvir son addiction. Ces comportements entraînent souvent un isolement et une marginalisation sociale.

Comment est diagnostiquée l’addiction ?

Le diagnostic de dépendance à une substance ou à une conduite est très codifié : à cette fin, le praticien peut utiliser des questionnaires, basés sur le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) mis à jour périodiquement par l’Association Américaine de Psychiatrie. En substance, ils cherchent à objectiver plusieurs caractéristiques typiques de l'addiction comme l'impossibilité de résister au besoin de consommer, l'augmentation de la tolérance aux effets au cours du temps, l'existence d'un syndrome de sevrage à l'arrêt (symptômes de sévérité variable liés à l'arrêt de la consommation d'une substance) et les effets négatifs sur la vie du patient (abandon d’autres sources de plaisir et poursuite de la consommation malgré la connaissance de ses effets négatifs).

Quels sont les facteurs de risque d’addiction ?

Selon l’Inserm, la formation d’une addiction repose sur trois composantes : il s’agit de la rencontre d’un individu et d’un produit (ou d’une pratique) dans un environnement donné.

Au niveau individuel, le sexe, l’âge, la maturité cérébrale ainsi que les traits de caractères jouent un rôle dans le développement de l’addiction. Ainsi, les hommes et les adolescents (cf. Encadré) sont plus vulnérables. Il est également reconnu que certains traits de caractères, tels que la recherche d’expériences ou les comportements impulsifs, sont davantage associés au développement d’une addiction. La fragilité psychique (mauvaise estime de soi, traumatisme, etc.) et certains troubles psychologiques (dépression, anxiété, bipolarité, troubles de la personnalité, du comportement alimentaire, ou de l’attention) peuvent également favoriser l’émergence d’addiction. Enfin, des disparités génétiques ayant des effets sur le fonctionnement du système de la récompense entrent en jeu.

Le développement de l’addiction varie également en fonction des substances ou des pratiques, certaines instaurant une dépendance extrêmement rapidement (comme le crack ou l’héroïne), d’autres se développant sur le long cours (tel les jeux vidéo).

Enfin, l’environnement peut favoriser l’entrée dans l’addiction. Par exemple, la disponibilité des produits addictifs dans l’entourage (parents fumeurs, amis consommant des substances illicites) favorise une consommation précoce. A noter que certains médicaments, comme certains anti-parkinsoniens, peuvent avoir pour effet secondaire l’apparition d’une addiction aux jeux.

Zoom surL’adolescence, une période à risque

L’adolescence est une période particulièrement à risque pour la consommation de drogues. Le cerveau est encore en maturation : la consommation de tabac, de cannabis ou d’alcool peut avoir un effet sur les performances cognitives et laisser une trace sur le développement cérébral. Il a ainsi été montré que plus la consommation est précoce, plus le risque de développer une addiction est important. Selon l’Assurance maladie, consommer de l’alcool dès le début de l’adolescence multiplie par 10 le risque de devenir alcoolodépendant à l’âge adulte, par rapport à une initiation vers l’âge de 20 ans. La tendance est la même pour le tabac.

Dans cette tranche d’âge, le renforcement des compétences psychosociales est une stratégie efficace pour sensibiliser et encourager les jeunes à décliner les multiples incitations à consommer.

Bonne nouvelle : l’Ofdt note que les comportements à risques des lycéens concernant le tabac, le cannabis, sont en net recul entre 2015 et 2025. Les adolescents français se situent désormais en dessous des statistiques européennes. Attention toutefois, si la consommation d’alcool a tendance à diminuer globalement, les épisodes d’alcoolisation ponctuelle importante (binge drinking) sont en augmentation.

Quels sont les traitements de la dépendance ?

Ici encore, les modalités de traitement diffèrent selon le type d'addiction en cause, à une substance ou une pratique. L'addiction est une maladie multifactorielle qui associe troubles biologiques et psychiques entraînant des problèmes sociaux. Sa prise en charge doit donc prendre en compte toutes ces composantes.

Ainsi, la thérapie vise à l'abstinence et passe par un accompagnement psychologique. Dans le cas d'une consommation de drogue ou de tabac, la prise en charge peut également se compléter par un traitement dit « de substitution », une molécule ayant une activité similaire à la substance, qui permet de pallier le « manque » (c'est le cas des substituts nicotiniques dans le cas du tabagisme par exemple). Parallèlement, des traitements dits « addictolytiques » peuvent aider à réduire l’addiction, comme le baclofène proposé dans le sevrage alcoolique.

La prise en charge peut se faire à différents endroits : hôpitaux (dans des services dédiés alliant des consultations spécialisées et, si besoin, des programmes de « sevrage »), réseaux villes-hôpital (réseaux de professionnels en charge de la continuité des soins) et cabinets de médecin généraliste. Certains centres ont également été créés, visant plus spécialement les jeunes, dans lesquels des bilans sont mis en place ainsi que des aides plus personnalisées. Parmi les structures spécialisées, notons les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CASPA, prise en charge médico-sociale gratuite et anonyme), les consultations jeunes consommateurs (CJC, rattachées aux CSAPA, pour les moins de 25 ans) ou les équipes de liaison et de soins en addictologie (ELSA) à l’hôpital.

Où en est la recherche sur l’addiction ?

Les axes de recherche sur l'addiction comportent des composantes variées.

Tout d'abord, il s'agit d'identifier les facteurs de risque poussant les patients à un comportement addictif. Pour la dépendance à l'alcool, il semble exister un caractère héréditaire de la consommation. L'addiction est toutefois une maladie multifactorielle dont le développement n'est pas seulement influencé par les gènes, mais également par l'environnement. La recherche s'intéresse à ces deux composantes pour mieux comprendre la manière dont s'installe la pathologie.

Les chercheurs s'intéressent également aux mécanismes du développement de cette maladie, au niveau biologique, par des études sur les modifications produites dans le cerveau au cours du temps, mais aussi au niveau psychiatrique. L'étude des circuits neuronaux ainsi que des protéines en jeu dans les processus d'addiction représente une approche prometteuse pour mieux comprendre mais également développer des traitements.

Par exemple, une molécule capable d’inhiber les récepteurs cannabinoïdes est actuellement à l’étude.

Enfin, la mise au point de nouvelles approches thérapeutiques pour les addictions fait également l'objet de recherches actives. Différents addictolytiques et même des vaccins sont actuellement à l’étude pour empêcher la substance de produire ses effets. L’usage de psychédéliques (psilocybine présente dans des champignons hallucinogènes) est aussi étudié. Les chercheurs s’intéressent aussi à d’autres molécules qui pourraient avoir des effets inattendus pour traiter l’addiction, comme les analogues du GLP-1 utilisé contre le diabète, l’antiépileptique rétigabine ou le mavoglurant testé initialement dans la maladie de l’X fragile.

Il faut noter les recherches menées sur la stimulation magnétique transcrânienne dans le cadre de la dépendance. Des zones cérébrales particulières sont stimulées durant plusieurs séances de quelques minutes, par l'intermédiaire de puissants aimants placés de chaque côté du crâne. Cette technique pourrait s'avérer pertinente pour prendre en charge les patients en cours de sevrage.

La recherche travaille enfin sur d’autres formes potentielles d’addiction : la cyberdépendance, les addictions au sexe, à l’exercice physique, les troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie), ou encore les achats compulsifs.

Jean-Luc Martinot, pédopsychiatre et directeur de recherche Inserm, spécialiste des addictions

Le point de vue de l'expert Jean-Luc Martinot, pédopsychiatre et directeur de recherche Inserm, spécialiste des addictions

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