Episodes extrêmes et santé : lutter contre les effets des hausses de température pour les femmes enceintes et les jeunes enfants au Sénégal
Canicules, inondations, incendies, sécheresses, tempêtes… Les événements climatiques extrêmes n’épargnent aucune région dans le monde. Ils sont même devenus de plus en plus fréquents et de plus en plus violents à cause du changement climatique que nous vivons actuellement. Or ces situations extrêmes ne sont pas sans effets sur notre santé physique aussi bien que mentale. Identifier ces conséquences et les comprendre, c’est pouvoir mieux s’y préparer, voire les empêcher, en mettant en place des actions de prévention ciblées.
Quelques chiffres sur les événements extrêmes et la santé
En 2025, sur les 28 événements climatiques extrêmes répertoriés à travers le monde, 22 ont été augmenté voire rendu plus probables par le changement climatique d’origine humaine, selon le World weather attribution, un réseau de scientifiques qui recensent les évènements climatiques extrêmes, les analyse et détermine leur lien avec le changement climatique.
Dans son édition 2025, le Lancet Countdown indique que chaque année, plus de 540 000 décès sont attribuables à la chaleur à travers le monde (une moyenne entre 2012 et 2021), soit 23 % de plus qu'il y a 30 ans.
En France, la chaleur sur la période estivale entre 2017 et 2025 serait à l’origine de près de 34 000 décès, d’après Santé publique France. Et 11 700 spécifiquement associés aux périodes de canicule.
Selon le baromètre réalisé par Santé publique France en 2024, près de 8 Français sur 10 (78,8 %) affirment avoir été confrontés à un événement extrême au cours des deux dernières années. Plus d’un tiers (37 %) indiquent en avoir souffert physiquement, et un sur cinq (22 %) psychologiquement. Les femmes sont les plus touchées et des disparités territoriales s’observent.
Qu’est-ce qu’un événement extrême ?
Un événement météorologique extrême est caractérisé par sa rareté, son intensité et les dégâts qu’il provoque. Avec le réchauffement climatique, canicules, inondations, sécheresses, feux de forêt, tempêtes deviennent plus fréquents. Ces catastrophes ont des répercussions importantes sur la santé des habitants qui y sont exposés.
- Une prise de conscience collective
En août 2003, l’Europe connaît une vague de chaleur exceptionnelle par sa durée, son intensité et son extension géographique. En France, selon un rapport de l’Inserm, cette canicule est à l’origine de « 15 000 décès supplémentaires par rapport à la mortalité habituelle à cette période ». Ce chiffre va brutalement ouvrir les consciences : météo et santé sont intimement liées.
Vingt ans plus tard, l’humanité sait qu’elle fait désormais face au bouleversement climatique le plus important et le plus rapide qu’elle ait jamais connu. Les événements climatiques extrêmes se multiplient, entraînant avec eux son lot de conséquences sur la santé des populations. De nouveaux thèmes de recherche sur lesquels médecins et épidémiologistes travaillent en lien avec les spécialistes du climat.
- Des liens entre climat et météo
En 2024, la température moyenne du globe a atteint 1,6 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, au-delà du seuil de 1,5°C qu’il ne fallait pas dépasser, selon l’Accord de Paris. 2024 est aussi l’année la plus chaude jamais enregistrée ! Juste devant 2023 et 2025. Principale cause de cette évolution brutale, les gaz à effet de serre émis par les activités humaines, au premier rang desquels le dioxyde de carbone. Alors que la concentration en CO2 se situait autour de 278 ppm avant l’ère industrielle, elle atteignait 423,9 ppm en 2024.
En France métropolitaine, un rapport de l’Observatoire national des effets du réchauffement climatique publié en 2018 signale que, depuis 1947, « l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur est sans équivoque » ; « on observe également une augmentation en fréquence et en intensité des sécheresses » ; « pour ce qui concerne l’évolution du risque de feux de forêts et de broussailles, on constate une hausse marquée de l’Indice feu météo (IFM) moyen de 18 % sur la période 1958-2008 » ; enfin, « l’amplitude des pluies journalières les plus fortes sur le pourtour méditerranéen [les événements cévenols, ndlr] a augmenté de 20 % environ entre 1960 et aujourd’hui ». Ce rapport ajoute aussi que « pris de manière indépendante, aucun événement climatique ne peut être attribué en tant que tel au changement climatique. Toutefois, les travaux de recherche établissent que le changement climatique augmente la probabilité d’occurrence de certains aléas ».
- Une tendance confirmée
Depuis, cette tendance s’est confirmée. Selon le centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique, entre 1947 et 2025, 49 vagues de chaleur ont été enregistrées en France, avec une augmentation plus marquée depuis les années 2000 (17 avant sur 50 ans, 32 après sur 25 ans). Le nombre de jours de canicule est passé de 3 jours en moyenne sur la période 1980-89 à 12 jours sur 2013-22. Météo France indique que les événements méditerranéens - marqués par de fortes précipitations sur une courte période, sur le pourtour méditerranéen - ont doublé depuis les années 1960. L’observatoire des forêts françaises note aussi qu’en 2003 et 2022, 73 000 hectares et 59 000 hectares de forêts et terres boisées avaient brûlé. Deux années record, marquées par de très fortes chaleurs.
- Inégalités
Les inégalités sociales et territoriales de santé amplifient les effets délétères du changement climatique et des évènements extrêmes. En cause notamment une plus grande difficulté à se protéger ou l’exercice de professions plus exposées.
L’impact des canicules
Une canicule est définie par des températures très élevées de jour, comme de nuit, sur 3 jours consécutifs au moins. Pour les identifier, les scientifiques ont établi des seuils de températures, qui varient selon les départements. A Paris, une canicule est déclarée dès lors que la température dépasse les 31°C en journée et 21°C la nuit. A Lyon, ce sera à 34°C et 20°C respectivement. Ces épisodes sont d’autant plus difficiles à supporter, qu’ils sont accompagnés d’humidité, d’absence de vent ou de pollution.
- Le coup de chaleur
Lors d’une canicule, les seniors sont les plus fragilisés, mais tous les organismes sont concernés. « Le risque le plus immédiat, c’est le coup de chaleur, explique Karine Laaidi, chargée de projet Climat & santé à Santé publique France. Quand la température corporelle dépasse les 40 °C de façon durable, cela provoque des malaises, nausées, vertiges… et, dans les cas extrêmes, le décès chez des personnes très exposées, comme les travailleurs du secteur du bâtiment ou les agriculteurs. » Les nourrissons et les femmes enceintes sont plus fragiles : une bonne hydratation est indispensable.
- Une augmentation du risque de déshydratation
Il y a aussi un risque important de déshydratation, surtout chez les personnes âgées et les plus jeunes enfants, qui ressentent moins la soif ou ne peuvent boire seuls. Avec, pour conséquence, une diminution de la vigilance et des capacités cognitives, augmentant ainsi le risque d’accidents domestiques.
- Des effets sur les pathologies chroniques…
Par ailleurs, la canicule « a des effets sur certaines maladies chroniques, notamment les pathologies cardiovasculaires, rénales ou pulmonaires », ajoute Karine Laaidi. Dans ce cas, le risque majeur, c’est la décompensation, c’est-à-dire l’augmentation soudaine et importante des symptômes. La canicule n’est alors pas la cause directe du décès, mais elle le précipite. D’autres maladies chroniques, telles la maladie de Parkinson, l’obésité, la dénutrition ou certains troubles mentaux, sont concernées par des symptômes accentués. Des traitements (aspirine, diurétiques, neuroleptiques, antimigraineux) sont associés à des risques accrus.
- … la santé mentale, l’alimentation
Il est aussi reconnu que la chaleur a des effets cognitifs et comportementaux : concentration réduite, baisse de la qualité du sommeil, santé périnatale affectée. En outre, les faits de violences (contre soi-même ou les autres) sont plus nombreux.
Sans oublier que les fortes chaleurs et les sécheresses peuvent altérer la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau potable.
Inondations et incendies : la santé en danger
Le risque des inondations
Lors d’une inondation, il y a bien sûr les décès directs liés à des comportements à risques. Mais d’autres menaces pèsent sur les organismes : « En France, le risque principal, c’est le débordement des égouts et des stations d’épuration, qui peut conduire à une contamination du réseau d’eau ou de zones d’aquaculture et d’agriculture, explique Roger Frutos, directeur de recherche au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, sous nos latitudes, les inondations ne favorisent pas le développement des moustiques et donc le risque de maladies vectorielles. »
En revanche, ce qui a pu être observé par le passé, c’est le développement d’affections respiratoires, notamment chez les plus fragiles, comme les enfants et les personnes ayant une prédisposition à développer des maladies respiratoires. En effet, l’humidité résiduelle qui perdure dans les bâtiments favorise le développement de moisissures et donc de certaines formes d’allergies respiratoires ou d’aspergillose.
Les catastrophes naturelles mettent à rude épreuve les infrastructures médicales, notamment en cas de submersion. Un rapport publié en 2023 par la Cross Dependency Initiative (XDI), un organisme spécialisé dans l’analyse des risques climatiques, a révélé qu’en plus de 103 hôpitaux français étaient menacés par les effets du changement climatique (notamment en raison des inondations marines ou des rivières).
Les incendies et les pathologies chroniques
Notre santé respiratoire peut aussi être affectée par des incendies majeurs. En 2022, la France a été marquée par des feux « hors normes » par leur intensité, leur durée et le nombre de régions touchées. Plus de 66 000 hectares ont été ravagés des Landes à la Bretagne en passant par le Jura.
Les effets sur la qualité de l’air sont importants, avec des conséquences sur la santé : la fumée irrite les bronches et exacerbe des maladies comme l’asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (ou BPCO). Des études récentes menées aux États-Unis après les incendies massifs de Californie montrent également que la fumée peut entraîner une exacerbation des pathologies cardiovasculaires, à l’instar de la pollution atmosphérique. Ces effets peuvent se faire ressentir jusqu’à des centaines de kilomètres.
En collaboration avec l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et la plateforme nationale de prévision de la qualité de l’air Prev’air, des chercheurs du CNRS ont mis au point des modèles permettant de prévoir la dispersion des nuages de fumée et donc mieux anticiper les risques.
Enfin, les événements extrêmes, tels que les incendies de forêts, peuvent pousser les animaux sauvages, potentiels réservoirs de virus, à migrer rapidement et diffuser de nouvelles maladies au sein de la population.
Ne pas négliger la santé mentale
Dans son 6e rapport publié en 2022, le GIEC a rappelé que les événements climatiques extrêmes peuvent aussi avoir un impact sur la santé mentale. « Il y a un effet direct entre l’exposition à un incendie, une tempête ou une inondation et l’augmentation du niveau de stress, qui peut notamment exacerber une maladie psychiatrique préexistante, explique le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre et chef de service au CHU Henri Mondor (AP-HP, Créteil). Il existe également un risque à plus long terme, qui peut aussi concerner les personnes en bonne santé : le stress post-traumatique. » D’où l’intérêt des cellules de prise en charge psychologique dépêchées sur place lors de tels événements, « mais il ne faut pas négliger le suivi à long terme des personnes touchées », insiste le psychiatre.
Depuis quelques années, l’éco-anxiété associée à la perception du risque climatique est reconnue, notamment chez les plus jeunes. Selon une enquête publiée dans le Lancet Planetary Health, 84 % des jeunes se sentent anxieux vis-à-vis du changement climatique.
Ainsi, l’urgence liée à un événement climatique ne doit pas faire perdre de vue les conséquences à moyen et long terme sur la santé physique ou mentale des populations.
Où en est la recherche ?
- Comment établit-on un lien entre événements extrêmes et santé ?
Depuis quelques années, la science de l’attribution s’est développée. Les chercheurs ont mis au point des modèles permettant d’établir un lien probabiliste entre le changement climatique et un événement météorologique extrême : par exemple, les sécheresses sont désormais 100 fois plus probable dans la Corne de l’Afrique qu’auparavent. Les chercheurs comparent la probabilité qu’un événement advienne dans un environnement tel qu’il était en période pré-industrielle (c’est-à-dire avec une dose de gaz à effets de serre bien plus faible), à la probabilité qu’il se développe aujourd’hui (avec la concentration en CO2 actuelle), ce qui leur permet d’en déduire une probabilité.
- Mieux quantifier
Afin de mieux comprendre les phénomènes en cours, les chercheurs documentent les évènements extrêmes recensés à travers le monde, analysent et quantifient leurs effets sur la santé. Mortalité accrue en cas de pic de chaleur, mais également propagation de maladies vectorielles ou de zoonoses, insécurité alimentaire, exposition aux pollutions, etc.
- Effets directs, indirects, combinés
Les chercheurs étudient déjà les effets directs des événements extrêmes sur la santé cardiovasculaire, pulmonaire, rénale, mentale, etc. Mais ils tentent aussi de mieux comprendre les effets sur la santé des phénomènes associés, comme l’extension géographique des maladies infectieuses à transmission vectorielle, l’insécurité alimentaire ou hydrique, la pollution atmosphérique ou les migrations. Par exemple, les chercheurs ont observé que le changement climatique favorise la transmission de la tuberculose. Ils s’intéressent aussi aux effets combinés des différentes expositions et leurs potentialités, comme la combinaison de la chaleur et de la pollution ou celle des tempêtes et de l’allongement des périodes de pollinisation.
- Réduire les inégalités et s’adapter
Afin de mettre en place les systèmes de prévention les plus adaptés, il est aussi nécessaire d’évaluer précisément les inégalités de santé (enfants vs. personnes âgées, précaires vs. aisées, en fonction du métier exercé, etc.). Les experts s’interrogent enfin sur les moyens de rendre les systèmes de santé plus résilients et moins émetteurs de GES. Autres questions : comment développer des indicateurs de santé face à ces risques et quelles politiques mettre en place ?
Autant de pistes étudiées afin de limiter les effets des évènements extrêmes sur la santé.
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Domaine d'action
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