Mis à jour le 22 octobre 2021

Dépression chez les personnes obèses : étude du lien entre stress précoce et inflammation chronique

  • La dépression est fréquente chez les personnes qui présentent une obésité, notamment en raison d’une inflammation chronique évoluant à bas bruit et agissant sur certains circuits cérébraux.

  • Cette inflammation ne suffit cependant pas à expliquer à elle seule les manifestations dépressives, ce qui pousse les chercheurs à explorer d’autres facteurs environnementaux qui pourraient contribuer à l’émergence d’une dépression chez ces patients.

  • Ils s’intéressent ainsi aux évènements stressants subis durant l’enfance, et souhaitent établir si leur combinaison avec une inflammation chronique peut aboutir à la survenue d’une dépression chez les personnes obèses.

Ce projet est porté par Lucile Capuron, Directrice de recherche et responsable de l'équipe « Nutrition et Psychoneuroimmunologie : approches expérimentales et cliniques » au laboratoire « Nutrition et neurobiologie intégrée » à Bordeaux.

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581 800 €

Financement accordé en 2020 au projet porté par Lucile Capuron dans le cadre de l'appel à projet "Environnement et Santé".

Un fort retentissement sur la qualité de vie

La dépression est une maladie psychiatrique très répandue qui atteint une personne sur 5 en France au cours de sa vie. Elle se définit par une perte de motivation et de plaisir, un manque d’estime et de confiance en soi, avec un fort retentissement sur la vie quotidienne. La dépression est une pathologie qui expose à un risque suicidaire élevé. Aujourd’hui, sa prise en charge associe classiquement la prescription d’antidépresseurs et à une psychothérapie. Cependant, ces traitements se montrent inefficaces chez certains patients. Cela explique pourquoi les chercheurs souhaitent élucider les facteurs environnementaux qui participent à l’émergence de la dépression en vue d’en améliorer sa prise en charge.

Un impact de l’inflammation chronique liée à l’obésité

Lucile Capuron et son équipe s’intéressent à un mécanisme sous-tendant le lien existant entre l’obésité et la dépression : l’inflammation.

En effet, la dépression est plus fréquente chez les personnes souffrant d’obésité. De précédentes études suggèrent que ce phénomène est lié à l’existence d’une « inflammation chronique » de bas grade chez les personnes obèses, une réaction inflammatoire évoluant silencieusement dans l’organisme. Elle aurait pour effet de perturber la production cérébrale de dopamine, une molécule impliquée dans la motivation et le plaisir pour les activités quotidiennes, favorisant ainsi l’émergence de la maladie dépressive.

Cette inflammation ne peut cependant pas expliquer à elle seule l’apparition de manifestations dépressives, dans la mesure où toutes les personnes obèses ne développent pas de dépression. Des facteurs environnementaux pourraient donc participer à son développement

Le stress précoce : un possible facteur additionnel

Durant ce projet, les chercheurs se penchent sur le rôle du stress « précoce » en tant qu’événement adverse survenant tôt au cours de la vie (tels que le défaut de soin, la séparation des parents, l’alcoolisme parental…) et pouvant faciliter l’apparition de manifestations dépressives à l’âge adulte.

Ils souhaitent ici établir si un stress précoce et une inflammation chronique liée à l’obésité peuvent agir ensemble pour aboutir à la survenue d’une dépression. Le cas échéant, les chercheurs exploreront les mécanismes moléculaires en cause dans ce phénomène.

Une étude en plusieurs étapes

Pour ce faire, les chercheurs ont choisi une approche pluridisciplinaire et translationnelle, c’est-à-dire à l’interface de la recherche fondamentale et de la recherche clinique. Ils réaliseront ainsi des études épidémiologiques dans une cohorte composée de 18 000 personnes suivies durant l’enfance puis à l’âge adulte. L’analyse des données recueillies permettra de déterminer dans quelle mesure des stress précoces accroissent le risque de dépression chez les personnes obèses.

Les équipes examineront aussi en détail les liens entre stress précoce, obésité, état inflammatoire, symptômes de la dépression et fonctionnement du cerveau au sein d’un autre groupe de patients atteints d’obésité et ayant été exposés ou non à des stress précoces.

Enfin, les chercheurs étudieront les mécanismes biologiques en jeu dans ces phénomènes au sein de modèles expérimentaux d’obésité.

Ce projet permettra de mieux comprendre le rôle conjoint des évènements stressants précoces et de l’inflammation dans l’émergence de la dépression chez les personnes obèses. Ces éléments sont essentiels pour le développement de stratégies thérapeutiques personnalisées destinées aux patients obèses souffrant de dépression.

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