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Les perturbateurs endocriniens : une menace difficile à évaluer

Crédit photo : David Delaporte / Andia.fr

Marina Carrère d'Encausse, médecin, journaliste et présentatrice du « Magazine de la santé » sur France 5 interroge le interroge le Pr Robert Barouki sur la menace que peut représenter les perturbateurs endocriniens.

Le Pr Robert Barouki, professeur à l’université Paris-Descartes et directeur de recherche à l’Inserm, fait le point sur ces substances toxiques omniprésentes mais imperceptibles, aux mécanismes insidieux.

Marina Carrère d’Encausse : Que sont les perturbateurs endocriniens ?


Pr Robert Barouki : La définition la plus utilisée a été établie par un groupe de travail de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2002 : les perturbateurs endocriniens sont des substances ou des mélanges de substances qui altèrent les fonctions du système endocrinien et qui, de ce fait, ont des effets néfastes sur l’organisme d’un individu ou sur celui de sa descendance. Il y a deux points importants dans cette définition. Premièrement, les perturbateurs endocriniens touchent le système endocrinien, à savoir les glandes endocrines (thyroïde, ovaires, testicules) qui sécrètent des hormones, messagers permettant la communication entre les organes. Deuxièmement, cette action sur le système endocrinien est à l’origine d’un effet pathologique ou toxique. Cette définition est stricte et peu de substances y répondent réellement. Cependant, il en existe une autre pour les perturbateurs endocriniens dits suspectés, c’est-à-dire les substances pour lesquelles nous n’avons pas encore pu établir de lien direct entre la perturbation du système endocrinien et l’effet pathologique final. Cette démonstration prend des années et il est parfois très difficile d’établir ce lien. Donc la plupart du temps, nous avons en réalité affaire à des perturbateurs endocriniens suspectés.

M. C. D’E. : Comment agissent-ils sur l’organisme ? Quels sont leurs effets ?


R. B. : Les perturbateurs endocriniens affectent le bon fonctionnement de la communication hormonale : ils altèrent la production d’hormones, leur transport dans l’organisme, se substituent à elles ou encore bloquent leur action. Les effets des perturbateurs endocriniens sont subtils. Parfois, ils agissent à très faible dose, et on ne comprend pas bien les mécanismes impliqués. On note souvent un effet durée, ce qui veut dire que l’effet n’est pas visi ble tout de suite, mais à très long terme, peut-être même de manière transgénérationnelle. Par ailleurs, les perturbateurs endocriniens agissent le plus souvent lors de pério des de vulnérabilité, comme la période foetale ou la petite enfance, car à ces moments de la vie, le rôle des hormones est particulièrement important. Enfin, il faut tenir compte des effets de mélange : il est possible que certaines substances ne perturbent pas le système endocrinien lorsqu’elles sont isolées, mais devien nent nocives une fois associées à d’autres substances. À long terme, les perturbateurs endocriniens peuvent causer toutes sortes de maladies chroniques comme l’obésité, certains cancers ou encore des maladies neurologiques.

M. C. D’E. : Où trouve-t-on ces différentes substances ?

R. B. : Absolument partout!! Chez soi, dans l’air, dans l’eau… Mais on ne les perçoit pas car elles sont présentes à des doses souvent extrêmement faibles. Environ 800 perturbateurs endocriniens suspectés ont été identifiés. Parmi eux, on compte un certain nombre de pesticides que l’on peut aussi retrouver sous forme de traces dans les aliments, les plastifiants (comme les bisphénols ou encore les phtalates qui migrent du plastique aux aliments). Et la liste est longue. Le problème, c’est que souvent, nous ne sommes pas exposés à une seule de ces substances, mais à plusieurs à la fois, dont certaines agissent de la même façon. Et cela pose un important problème réglementaire. Pour évaluer l’innocuité d’un aliment, doit-on faire la somme des doses ou bien faut-il considérer les substances une par une !

M. C. D’E. : Faut-il interdire ces substances ?

R. B. : Pour les perturbateurs avérés, c’est évident. Pour les suspectés, c’est aux décideurs de choisir. Faut-il appliquer le principe de précaution – qui est un principe très scientifique, et non attentiste, car il nécessite de disposer de suffisamment d’arguments!? Ne pas prendre de décision sous prétexte d’incertitude est en tout cas une attitude potentiellement dangereuse.

M. C. D’E. : En quoi consiste la recherche actuelle sur ce sujet ?

R. B. : Elle est très diverse. Il y a d’abord des études toxicologiques qui visent à découvrir comment les perturbateurs endocriniens agissent, à l’échelle moléculaire et cellulaire. Dans mon laboratoire, nous travaillons sur les effets de mélange, c’est-à-dire les interactions entre différents perturbateurs endocriniens. D’autres équipes réali sent des études épidémiologiques afin d’établir une corrélation entre une exposition à une substance et une pathologie!; ces études sont difficiles car les effets sont différés dans le temps!; il faut travailler avec des cohortes, sur plusieurs années, voire des dizaines d’années. Par ailleurs, des études médicoéconomiques évaluent le coût des perturbateurs endocriniens pour la société. À l’échelle de l’Europe, il s’élève à environ 150 milliards d’euros par an !!

 

BIOGRAPHIE :
ROBERT BAROUKI, PROFESSEUR DE L’UNIVERSITÉ PARIS DESCARTES,DIRECTEUR D’UNE UNITÉ DE L’INSERM

Après des études à l’École normale supérieure de Paris et des études de médecine, Robert Barouki réalise un doctorat en pharmacologie qu’il soutient en 1982. De 1983 à 1985, il effectue un post-doctorat à la Johns Hopkins School of Medicine de Baltimore sur la transformation génétique puis obtient un poste de chargé de recherche au sein d’une unité Inserm à Créteil. Il devient directeur de recherche en 1992 et professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH) en 2001, à l’université Paris-Descartes et à l’hôpital Necker-Enfants malades.

 

*SYSTÈME ENDOCRINIEN : se compose de l’ensemble des organes qui possèdent une fonction de sécrétion d’hormones (thyroïde, ovaires, testicules, etc.).

 

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