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Maladies tropicales : un enjeu de santé publique

Marina Carrère d'Encausse et le Pr Marco VignuzziZika, chikungunya, dengue … ces maladies tropicales sont aux portes de l'Europe et représentent une menace de santé publique.

Marina Carrère d'Encausse, médecin, journaliste et présentatrice du « Magazine de la santé » sur France 5 fait le point sur ces maladies avec le Pr Marco Vignuzzi, directeur de l'équipe Populations virales et pathogenèse, à l'Institut Pasteur à Paris.

Marina Carrère d’Encausse : Quelles sont les principales infections virales tropicales qui touchent ou qui menacent de toucher l’Europe ?


Marco Vignuzzi : Les trois principales infections qui menacent l’Europe sont dues à des virus transmis par un moustique. Il s’agit, à ce jour, de la dengue , du chikungunya et de la fièvre Zika . La dengue est classée « maladie ré-émergente » par l’Organisation mondiale de la santé, avec 50 millions de cas par an dans le monde. Le chikungunya nous a touchés en particulier en débarquant dans les îles de l’océan Indien en 2005 (notamment l’île de La Réunion), le sud de la France en 2010 et les Antilles fin 2013. Concernant Zika, il y a certainement déjà des cas d’importation en France métropolitaine, mais on s’attend surtout une forte augmentation du nombre de cas en 2017, quand le virus sera installé outre-mer, du fait des allers-retours fréquents de populations avec la métropole.

M. C.-D’E. : Quels sont les vecteurs de ces trois infections ?

M. V. : Les virus de la dengue, du chikungunya et Zika sont tous transmis par un moustique. Le principal est un moustique des régions tropicales, Aedes aegypti, qui est d’ailleurs également appelé moustique de la dengue. Le moustique tigre, Aedes albopictus, est également vecteur. C’est lui qui représente un vrai danger pour l’Europe car il peut survivre dans les zones tempérées. En soixante ans, cette espèce s’est répandue dans le monde entier. Elle est arrivée en Europe par le sud, il y a une dizaine d’années. Elle est désormais présente en France et, chaque année, elle progresse un peu plus vers le nord.

M. C.-D’E. : Comment ces maladies sont-elles arrivées sur le continent européen ?

M. V. : Beaucoup de pays européens, et notamment la France, possèdent des îles ou des départements dans les régions tropicales. De ce fait, il y a de nombreux échanges avec le continent européen. Si une personne est infectée lors d’un séjour dans une région tropicale, elle peut ensuite infecter un moustique qui la pique à son retour en Europe même si la personne infectée ne garde le virus que pendant une semaine à dix jours.
Le moustique tigre, présent en Europe, est un moins bon vecteur que le moustique des régions tropicales (Aedes aegypti) : les virus s’y répliquent moins rapidement. Toutefois, on sait que les virus peuvent muter pour mieux infecter le moustique tigre. Par ailleurs, même si on a très peu de données tangibles à ce sujet, il est probable que le changement climatique contribue à ce phénomène d’arrivée en Europe.

M. C.-D’E. : Où en est la recherche fondamentale sur les virus de ces infections ?

M. V. : Plusieurs projets de recherche fondamentale sont menés, comme l’étude des différences génétiques entre des moustiques d’une même espèce mais provenant de différentes régions : en effet, on observe que le virus se réplique moins bien chez certaines sous-populations de moustiques. On essaie donc d’isoler les gènes responsables. Autre exemple : dans mon équipe, nous avons reconstitué l’évolution du virus de chikungunya pour obtenir la souche à l’origine de l’épidémie à La Réunion.
À partir de cette souche, nous pouvons prédire les futures évolutions du virus et identifier celles qui seront les plus dangereuses pour les populations humaines. Ce travail peut être réalisé avec les virus Zika ou de la dengue.

M. C.-D’E. : Et concernant la recherche appliquée ou clinique ?

M. V. : Des travaux visent notamment à mettre au point des populations de moustiques incapables de transmettre le virus. Par exemple, une entreprise anglaise (Oxitec) a créé des moustiques génétiquement modifiés avec une capacité de reproduction réduite. Ils ont lâché ces moustiques au Brésil dans l’espoir qu’ils entrent en compétition avec les moustiques locaux.
Une autre technique permet de contourner le problème éthique soulevés par ces organismes génétiquement modifiés : elle consiste à irradier les mâles pour les stériliser, avant de les relâcher dans la nature, mais ces moustiques affaiblis ne sont pas assez compétitifs face aux moustiques sauvages.
La solution parfaite n’a donc pas encore été trouvée. En recherche préclinique, l’un des défis consiste à trouver un modèle animal qui reproduise parfaitement l’infection chez l’Homme. Le meilleur modèle reste le primate, sur lequel il n’est évidemment pas possible de travailler pour des raisons éthiques.
Donc les recherches sont réalisées sur des rongeurs, mais la reproduction de la maladie n’est pas parfaite. Concernant les vaccins ou les traitements antiviraux, il y a également des recherches en cours. Des essais cliniques ont débuté pour un vaccin contre le chikungunya, et un vaccin contre la dengue a récemment été validé par l’Organisation mondiale de la santé. Pour Zika, en revanche, tout reste à faire...

 

Article extrait de Recherche & Santé n° 147 - 3e trimestre 2016

 

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