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Maladie de Huntington : bloquer la mort des neurones


Neurone[D'après Recherche & Santé n°96]
La maladie de Huntington est une maladie génétique rare qui affecte une personne sur 10000. Elle se révèle entre 35 et 50 ans par l’apparition de mouvements involontaires des membres et de la tête (chorée), associés à des troubles psychiques et à un déclin intellectuel s’aggravant progressivement jusqu’à la démence. La mort survient après quinze à vingt ans d’évolution.
 
Avant l’apparition des premiers signes, rien ne permet de prédire la maladie, si ce n’est la recherche de la mutation responsable. Le gène en cause, baptisé IT15, a été identifié. Il s’agit d’un gène dominant: tout enfant qui hérite de cette mutation développera la maladie. Un dépistage génétique est possible mais aucun traitement n’est disponible actuellement. Supprimer la toxicité de la huntingtine anormale Récemment, l’équipe de Frédéric Saudou (1), soutenue par la Fondation pour la Recherche Médicale grâce à un partenariat avec la Fondation BNP Paribas, a fait une découverte majeure, en identifiant une voie biochimique capable de bloquer la mort des neurones caractéristique de cette maladie. Le gène IT15 commande la synthèse d’une protéine, la huntingtine, longue chaîne comportant plusieurs maillons répétés d’un élément appelé glutamine. Ces répétitions sont normales tant qu’elles ne dépassent pas un certain seuil.
Faites un don en ligne ! À partir de 35 à 40 glutamines, la huntingtine change de structure, forme des agrégats et entraîne la mort des neurones dans une région particulière du cerveau, le striatum. En étudiant cette dégénérescence sur des neurones cultivés en laboratoire, Sandrine Humbert et Frédéric Saudou ont montré qu’il est possible d’éviter la formation des agrégats de protéines anormales et la mort des neurones. «Pour la première fois, nous avons identifié une voie capable de supprimer la toxicité de la huntingtine anormale», explique Frédéric Saudou. Et cela, grâce à deux autres protéines qui jouent un rôle essentiel dans la transmission des messages de l’extérieur vers l’intérieur de la cellule. Ces deux protéines, l’IGF-1 (Insulin Growth Factor 1) et la protéine Akt, agissent dans la régulation à la fois de la prolifération des cellules et de leur mort programmée, sorte de suicide cellulaire intervenant lorsque la cellule a fini de remplir son rôle. L’IGF-1 se fixe à la surface de la cellule et active la protéine Akt à l’intérieur de la cellule. Celle-ci modifie alors chimiquement la huntingtine, lui faisant perdre sa toxicité. Chez les malades, cette modification de la huntingtine pourrait empêcher de la même façon l’apparition de la toxicité. La prochaine étape va être de confirmer l’effet protecteur de la modification de la huntingtine chez un modèle animal. «Il faut s’assurer que cela n’entraîne pas de risque majeur avant de l’appliquer chez l’homme», explique Frédéric Saudou.

(1) Directeur de recherche à l’Inserm (UMR 146 CNRS, Institut Curie). 


Les recherches de Frédéric Saudou ont bénéficié
du soutien de la Fondation BNP Paribas
(15 000 euros par an durant trois ans)
dans le cadre d’un programme de jumelage
avec la Fondation pour la Recherche Médicale
 

 
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