Un nouvel espoir de traitement des TOC pourrait résider dans la chirurgie fonctionnelle, autrement dit dans la stimulation électrique à haute fréquence de structures cérébrales cibles. La Fondation pour la Recherche Médicale soutient l’étude qui permettra d’évaluer les potentialités de cette nouvelle thérapeutique.
Caractérisé par l’association de pensées obsédantes et de compulsions (gestes ou actes mentaux absurdes et répétitifs, contre lesquels la volonté lutte en vain), le trouble obsessionnel compulsif (TOC) concerne 2% de la population générale et constitue un problème de santé publique. En effet, au handicap généré par le trouble lui-même s’adjoignent, très fréquemment, des problèmes psychiatriques comme la dépression et l’abus d’alcool, qui contribuent à altérer la qualité de vie, tant familiale que professionnelle, de nombreux patients. Résultat : les TOC font partie des dix pathologies mentales les plus coûteuses en France. > Des traitements en partie efficaces L’origine de cette maladie n’a pas encore été élucidée. «Les modèles physiopathologiques actuels sont en faveur du dysfonctionnement d’un circuit cérébral particulier – voie empruntée par les messages nerveux – qui relie plusieurs structures clés, dont les noyaux accumbens et subthalamique», explique le Dr Luc Mallet, de l’unité CNRS «Vulnérabilité, adaptation et psychopathologie» de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Plusieurs types de traitements ont été proposés à ce jour. Malheureusement, les médicaments disponibles ne sont en général que partiellement efficaces, de même que les psychothérapies comportementales et cognitives. Enfin, la psychochirurgie, qui consiste à léser certaines régions du cerveau, n’a été proposée que quand les autres thérapies avaient échoué et dans les cas les plus invalidants. > La piste de la chirurgie fonctionnelle Toutefois, depuis 1999, une nouvelle piste thérapeutique émerge : la chirurgie fonctionnelle. Cette méthode est réversible et ajustable en fonction des symptômes. Son principe est d’interférer avec les messages nerveux qui circulent dans le cerveau, par le biais de stimulations électriques transmises par de petites électrodes implantées dans les structures cérébrales clés et reliées à un stimulateur implanté sous la clavicule. «Ce sont des observations faites chez des patients parkinsoniens qui ont conduit à proposer cette technique pour le traitement du TOC, explique le Dr Mallet. En effet, la stimulation électrique à haute fréquence du noyau subthalamique a eu un effet bénéfique sur les symptômes obsessionnels et compulsifs de certains de ces malades.» > Pour un résultat sans effets indésirables
La Fondation pour la Recherche Médicale soutient ces travaux, que le Dr Luc Mallet développe en collaboration avec d’autres scientifiques aux compétences complémentaires. «En tenant compte des publications scientifiques et des expériences menées par d’autres équipes, nous allons mettre en place, grâce à l’aide de la Fondation pour la Recherche Médicale, un protocole de recherche pour évaluer ce traitement chez des malades présentant des TOC résistant aux autres thérapeutiques», explique le Dr Mallet. Le Dr Luc Mallet et ses collaborateurs espèrent offrir aux patients une nouvelle possibilité thérapeutique qui soit à la fois efficace, réversible, et adaptable – puisqu’il est aisé d’ajuster les différents paramètres de la stimulation électrique pour obtenir un résultat de qualité sans effets indésirables – et à morbidité réduite – car le risque opératoire lié à l’implantation des électrodes et du câble sous-cutané qui les relie à un générateur électrique est faible (moins d’une complication pour cent opérations). «Mais, rappelle le Dr Mallet*, il s’agit encore à ce stade d’essais thérapeutiques. Grâce aux corrélations que nous pourrons établir entre les modifications cliniques observées chez les patients et la localisation tri-dimensionnelle des électrodes implantées, nous attendons également de cette étude un gain de connaissances considérable concernant les mécanismes du TOC.»
*Les résultats publiés par le Dr Luc Mallet ont été obtenus grâce à une collaboration de plusieurs scientifiques, sous la direction du Pr Yves Agid. Rappelons que le Pr Agid a été président du Conseil scientifique de la Fondation pour la Recherche Médicale et est coordinateur du centre d’investigation clinique (CIC) des maladies du système nerveux à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.
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