
À la fin des années 1980, plusieurs équipes françaises travaillaient sur des modèles animaux de la maladie de Parkinson pour comprendre le rôle des noyaux subthalamiques, deux petites structures nichées au coeur du cerveau, dans la survenue des symptômes de la maladie. Des chercheurs bordelais découvrent alors, qu’en bloquant l’activité de ces noyaux grâce à un courant électrique, ils parviennent à supprimer la rigidité musculaire et certains troubles du mouvement liés à la maladie. Cette équipe décide alors de contacter le Pr Benabid, neurochirurgien au CHU de Grenoble, pour envisager une application chez l’homme. L’opération est très impressionnante, mais son principe est assez simple : il s’agit d’implanter deux électrodes dans le cerveau du malade jusqu’aux noyaux subthalamiques, puis de les relier à un stimulateur électrique implanté sous la peau, au niveau de la clavicule. En appliquant un courant à haute fréquence (environ 130 hertz), on bloque le dysfonctionnement des noyaux subthalamiques et on fait disparaître les symptômes de la maladie. Les premiers malades ont été opérés en France en 1993. Plusieurs équipes ont emboîté le pas aux Grenoblois. Dès la fin des années 1990, l’opération est pratiquée à titre expérimental dans une dizaine de centres en France (notamment grâce au financement de la Fondation pour la Recherche Médicale), ainsi que dans deux hôpitaux aux États-Unis. D’autres effets positifs de ce traitement ont ensuite été découverts par hasard. Luc Mallet, chercheur à l’hôpital de la Pitié- Salpêtrière à Paris, se souvient : «
Deux patients parkinsoniens qui souffraient aussi de troubles obsessionnels compulsifs ont été “implantés”, et nous avons eu la surprise de découvrir que la stimulation cérébrale profonde permettait également de réduire leurs troubles obsessionnels de façon significative. » Dès lors, cette observation renforce l’intérêt de la stimulation électrique pour traiter des troubles comportementaux, avec des cibles au niveau du cerveau adaptées à chaque pathologie (capsule interne, striatum ventral, noyaux accumbens…). Actuellement, des recherches ont lieu un peu partout dans le monde pour évaluer l’intérêt de cette technique dans la prise en charge des troubles obsessionnels compulsifs, de l’épilepsie, du syndrome Gilles de la Tourette, mais aussi de l’obésité morbide ou de la dépression sévère. «
Il reste cependant à réaliser des ajustements techniques importants, notamment à diminuer la taille des électrodes, mais aussi à conduire des recherches permettant de mieux comprendre pourquoi cette techniqu
e est efficace, car cela est encore mal compris aujourd’hui », rappelle Luc Mallet. ■