
On connaît depuis longtemps la capacité de traitements dits cytotoxiques, comme la chimiothérapie et la radiothérapie, à tuer les cellules tumorales dans bon nombre de cancers. Par contre, on a longtemps cru que le système immunitaire, chargé de défendre l’organisme contre les agressions bactériennes ou virales, était impuissant face au cancer. Mais récemment, des chercheurs français sous la direction du
Pr Laurence Zitvogel , à l’Institut Gustave-Roussy (IGR), à Villejuif (94), ont démontré qu’il existe bel et bien une coopération entre ces traitements cytotoxiques et le système immunitaire dans la lutte contre le cancer. « Désormais, nous ne considérons plus la tumeur seule, mais la tumeur au sein de l’organisme du patient. Nous avons ainsi montré que la chimiothérapie ou la radiothérapie vont aider la personne malade à participer à la régression de sa tumeur, par l’activation de son système immunitaire », souligne la chercheuse. Les travaux de son équipe portent sur des traitements auxquels on a très souvent recours pour soigner des personnes atteintes de cancers. « Il s’agit des anthracyclines, des agents utilisées notamment contre certaines leucémies ainsi que contre le cancer du sein ou de la prostate, et des sels de platine, administrés, entre autres, contre le cancer du poumon, du colon ou du sein. Quant à la radiothérapie, on y a recours dans quasiment tous les cancers », ajoute la spécialiste.
Vers des traitements plus personnalisés
La découverte d’une activation du système immunitaire par des traitements cytotoxiques est majeure. Elle ouvre en effet un nouveau champ de recherches afin de comprendre pourquoi ces stratégies thérapeutiques n’ont pas la même efficacité chez tous les patients traités contre le cancer. Il faut préciser que cette même équipe a également montré, dans une étude sur un grand nombre de malades, une corrélation entre une réponse favorable ou non à ces traitements, et certaines variations de gènes du système immunitaire. Les chercheurs espèrent, à terme, utiliser leurs résultats dans deux directions : proposer d’une part des traitements aux patients dont le profil génétique montre qu’ils seront répondeurs et, d’autre part, tenter d’agir sur le système immunitaire des malades dans les cas où celui-ci ne serait pas assez stimulé par les traitements cytotoxiques,pour plus d’efficacité.
> Article extrait de Recherche & Santé n°118, avril 2009.