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Le coeur : une pompe sous influence électrique

03/01/2007
D'après Recherche & Santé n°89 - janvier 2002.

Un coeur en bonne santé se contracte en moyenne 70 fois par minute. Les battements sont déclenchés dans l’ensemble des cellules du muscle cardiaque par un courant électrique entraînant aussitôt la contraction coordonnée des quatre cavités du coeur. Or, la qualité de cet influx électrique est fondamentale pour le fonctionnement de la pompe. C’est ainsi qu’une fréquence trop basse ou trop élevée peut entraîner une insuffisance cardiaque. «La fréquence et le décours des signaux électriques sont contrôlés par les ions potassiques K+», précise le Pr Guy Vassort, directeur du laboratoire de physiopathologie cardio-vasculaire (Inserm U.390) au CHU de Montpellier, spécialisé dans l’étude des caractéristiques des courants ioniques au cours des troubles du rythme cardiaque. Une aventure scientifique passionnante… «Il y a trois ans, nous avons démontré par des expériences chez la souris et le rat que les courants de K+ traversant les cellules cardiaques sont fortement diminués après un infarctus, ce qui induit des troubles du rythme cardiaque (arythmies) pouvant être mortels chez certains patients», rapporte Guy Vassort. «Dès lors, nous nous sommes intéressés aux effets de l’ATP (adénosine triphosphate) extracellulaire sur les courants K+.» En effet, ce neurotransmetteur peut aussi être relargué en grande quantité par les cellules cardiaques au cours de l’ischémie (manque d’oxygène) générée lors d’un infarctus du myocarde. Utilisant des techniques d’électrophysiologie appropriées sur les cellules cardiaques, Frank Aimond, dont le travail de recherche a été soutenu par vos dons, a réussi à obtenir des résultats remarquables, publiés dans une revue scientifique renommée (1) . «Ses expériences ont montré que l’augmentation des concentrations d’ATP entraîne l’activation d’une enzyme dite phospholipase A2 cytosolique (cPLA2), engendrant aussitôt la synthèse d’acide arachidonique.» Etape importante, car cet acide va provoquer l’activation de courants potassiques particuliers, attribués aux canaux TREK bien connus des biochimistes et biologistes moléculaires. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques contre les troubles du rythme cardiaque. «L’idée serait de trouver des molécules qui bloqueraient spécifiquement l’activation de l’enzyme cPLA2 par l’ATP», explique le Pr Vassort. Mais, l’affaire est encore loin d’être gagnée… En effet, «l’ATP extracellulaire est une molécule clé de l’organisme, qui intervient aussi dans de nombreux mécanismes cellulaires du système nerveux central. Comment bloquer son action dans le coeur sans toucher le cerveau ? C’est là tout le problème !» Pour l’heure, les scientifiques montpelliérains continuent leurs recherches par l’étude  d’analogues de l’ATP et celle d’autres neurotransmetteurs, telle l’adrénaline, connus eux aussi comme pouvant réguler l’activité des canaux ioniques.
 
1 - Journal of biological chemistry, décembre 2000.

 
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