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La sclérose en plaques : protéger le cerveau pour empêcher le handicap

12/10/2007
En France, environ 80 000 jeunes adultes souffrent de sclérose en plaques (SEP). De nouvelles pistes de recherche s’ouvrent pour réparer les lésions dans le cerveau et stopper ainsi l’évolution vers le handicap.

Inserm U711La sclérose en plaques (SEP) est une maladie qui marque par son caractère imprévisible. « Les premiers signes correspondent à des troubles sensitifs ou moteurs, comme la paralysie d’unmembre ou une atteinte visuelle. C’est ce que l’on appelle “une poussée”, décrit le Dr Bernard Zalc, spécialiste de cette affection, qui travaille dans un laboratoire Inserm à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Ces signes vont régresser spontanément. Plus tard, une autre poussée survient dans la même région du corps ou dans une autre, pour régresser elle aussi. Cette alternance de poussées et de régressions se poursuit, mais progressivement les régressions sont moins complètes, laissant des séquelles plus ou moins invalidantes ».

> DES ÉPISODES INFLAMMATOIRES
Au fil des poussées, un handicap définitif s’installe. Cette situation est d’autant plus difficile à gérer pour les patients que la SEP frappe entre 20 et 40 ans, à une période où l’on construit sa vie. On sait aujourd’hui que les poussées sont la conséquence d’épisodes inflammatoires dus à l’invasion du cerveau par des cellules du système immunitaire, le système censé défendre l’organisme.

> DES MÉDICAMENTS INSUFFISANTS
À ce jour, la plus grande victoire contre la SEP est d’ailleurs la mise au point de molécules thérapeutiques dénommées immunomodulateurs (interféron-béta et/ou acétate de glatiramer), qui réduisent fortement cette inflammation, limitant donc la fréquence de survenue des poussées. Pour autant, il semble que ces immunomodulateurs ne freinent pas de manière significative l’évolution vers le handicap. « On pense aujourd’hui que le handicap définitif n’est pas directement lié à l’inflammation », indique le Dr Zalc. Explication : notre système nerveux central (composé du cerveau et de la moelle épinière) envoie ses informations à tout l’organisme sous forme d’influx électriques, via un prolongement des neuronesFaites un don en ligne ! appelé axone. Cet axone est entouré d’une gaine, dite gaine de myéline, qui a pour fonction d’accélérer la conduction de l’influx nerveux. Or, dans la SEP, cette gaine est détruite. « La gaine de myéline se débobine (c’est la démyélinisation) puis les axones dégénèrent. C’est comme s’ils étaient coupés, donc l’influx nerveux ne passe plus, ce qui rend l’atteinte définitive », souligne le Dr Zalc. C’est pourquoi des équipes de recherche se mobilisent sur ce terrain.

> RÉTABLIR UNE CONDUCTION NERVEUSE EFFICACE
Leurs objectifs : restaurer la gaine de myéline et protéger les axones de la destruction. « Il y a beaucoup de voies à explorer dans ce domaine, et elles sont explorées ! », insiste le spécialiste.




INTERVIEW

Anne Baron-Van Evercooren,
Directrice de recherche (UMR546 Inserm-UPMC)



> Quel est l’objet de vos travaux?
Nos intérêts de recherche s’orientent vers les mécanismes de réparation en oeuvre dans des affections caractérisées par des atteintes de la myéline, c’est-à-dire une destruction de la gaine qui entoure les axones (prolongements des neurones), comme c’est le cas dans la sclérose en plaques (SEP). Nous nous intéressons à deux volets différents. D’une part, nous étudions la réparation dite endogène, qui peut survenir de façon spontanée dans le système nerveux. Cet axe de recherche a reçu le soutien de la Fondation pour la Recherche Médicale. Nous travaillons également autour de la réparation exogène, c’est-à-dire celle qui intervient lorsque l’on apporte des nouvelles cellules par thérapie cellulaire. Dans un volet de recherche comme dans l’autre, nous essayons d’identifier les cellules les plus compétentes pour la réparation de la myéline.

> Quelles sont les cellules qui attirent le plus votre attention?
Dans le cerveau de la souris adulte, il existe de petits foyers de cellules souches neurales. On les appelle souches parce que ces cellules se multiplient énormément et ont vocation à donner naissance à tous les composants du système nerveux. Elles peuvent également se différencier en oligodendrocytes, les cellules responsables de la fabrication de la myéline. Elles offrent donc un intérêt thérapeutique évident pour l’ensemble des maladies neurologiques et en particulier pour la SEP, puisque la maladie s’attaque aux oligodendrocytes.
Anne Baron-Van Evercooren> Quels mécanismes avez-vous déjà mis en lumière?
Chez la souris, nous avons démontré que ces cellules souches neurales adultes pouvaient être sollicitées lorsque la myéline est détruite. La maladie stimule leur prolifération et leur recrutement. Malheureusement, la participation des cellules souches neurales adultes à la réparation de la myéline est trop faible. C’est pourquoi nous cherchons des moyens de recruter ces cellules de manière plus efficace afin d’augmenter leur potentiel de réparation.

> Comment exploiter ces résultats dans la SEP humaine?
Dernièrement, nous avons montré qu’il existe également des foyers de prolifération active de cellules souches neurales dans le cerveau de personnes atteintes de SEP. Une piste thérapeutique pourrait consister à favoriser la production d’une molécule capable d’attirer ces cellules souches là où la myéline a été détruite. Mais nous sommes encore loin d’un traitement qui pourrait être testé en clinique. Pour l’heure, nous essayons déjà de comprendre comment fonctionne la réparation de la myéline dans la SEP. ■


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