[D'après Recherche & Santé n°92 - octobre 2002] Si des greffes de neurones humains sont effectuées depuis dix ans chez certains patients atteints de la maladie de Parkinson et pour lesquels les médicaments n’ont plus l’effet recherché, aujourd’hui, les chercheurs veulent aller plus loin en utilisant des greffes de cellules issues d’embryons de porc. Quel est donc l’intérêt pour l’homme de développer de telles recherches ?
«Si la technique de greffe de neurones humains a déjà donné des résultats positifs, avec le recul, on s’aperçoit que le protocole est trop lourd pour être généralisé aux 15 000 à 20 000 patients qui, rien que dans notre pays, pourraient en bénéficier», rapporte le Dr Marc Peschanski, spécialiste français de la thérapie cellulaire de la maladie de Parkinson. «De fait, on utilise actuellement des neurones d’embryons morts issus d’une interruption volontaire de grossesse (IVG), et cela implique une organisation quasi “artisanale” entre le chirurgien, l’obstétricien et les biologistes.» Dès lors, comment résoudre ce problème logistique ? «En utilisant d’autres sources de cellules permettant d’obtenir plus de greffons, de façon quasi “industrielle”», répond le spécialiste. En lice, deux candidats : les cellules souches provenant d’embryons humains et les xénogreffes, constituées de cellules venant d’espèces animales autres que l’homme. Alors que l’étude des cellules souches est encore balbutiante, les xénogreffes de neurones embryonnaires bénéficient, en revanche, d’un long passé expérimental. > Principal écueil : le rejet immunitaire Et les scientifiques d’étudier, depuis quelques années, les avantages du porc, espèce génétiquement proche de l’homme, porteur de peu de virus, contrairement au singe, et dont les neurones ressemblent quelque peu à ceux de l’homme. Principale ombre au tableau : le rejet immunitaire provoqué par les xénogreffes, qui pourrait être évité par des médicaments immunosuppresseurs, mais au prix d’effets secondaires trop importants. Impasse ? Il est fort probable que non. «Les greffes sont constituées d’un ensemble de cellules comprenant, entre autres, des cellules gliales qui sont la principale source de rejet, rappelle Marc Peschanski. Si on exclut des greffes ces cellules, les problèmes de rejet disparaissent. D’où notre idée de séparer les différentes cellules pour n’utiliser que les neurones.» Soutenu par vos dons, Frédéric Klapczynski a commencé à mettre au point une méthode pour séparer ces cellules dans le laboratoire de Marc Peschanski. Un travail essentiel, mais difficile, qu’il reste à perfectionner. Pour l’heure, les chercheurs se veulent néanmoins optimistes. «Une fois que nous aurons réussi à contourner ces difficultés, des essais chez le singe pourront être envisagés.» Avant de passer à l’homme, il faudra toutefois que les immunologistes apportent la certitude que les greffes de cellules porcines ne présentent aucun danger pour l’homme. Une longue route encore…
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