Humeur déprimée, fatigue généralisée, troubles de l’appétit, ralentissements psychomoteurs caractérisés par des difficultés à organiser ses idées et gérer son quotidien… En France, 5 à 8 % de la population présente des troubles qui s’apparentent à la
dépression.
Dans leur expression extrême, ces symptômes peuvent conduire à des idées suicidaires et parfois au passage à l’acte. On pourrait même qualifier la
dépression de « maladie du siècle » puisque, selon l’Organisation mondiale de la santé, elle devrait, d’ici à 2020, se placer au premier rang pour la morbidité chez la femme et au deuxième rang chez l’homme.
Une maladie de nos sociétés
« La société génératrice de stress est en grande partie à l’origine de cette maladie, souligne Michel Hamon, directeur d’une unité Inserm (U677) spécialisée dans l’étude des médicaments du cerveau. Hélas, l’évolution actuelle vers davantage de pression sur les individus ne va pas dans la bonne direction. La
dépression est une pathologie éminemment cérébrale. Pour la traiter, on agit donc sur le cerveau, et ce, de deux façons : par l’empathie, en communiquant avec le malade – c’est le rôle du psychothérapeute – et par l’administration de médicaments antidépresseurs. La combinaison de ces deux prises en charge est indispensable. »
Un antidépresseur innovant fin 2008 ?
Mais les antidépresseurs sont inefficaces chez 30 % des patients. De plus, leur prise, surtout en début de traitement, peut s’accompagner d’effets indésirables (troubles digestifs, sexuels, altérations de la qualité du sommeil).
Des études ont montré que la dépression est associée à un déficit d’une substance chimique nécessaire à la transmission de certaines informations nerveuses dans le cerveau : la sérotonine. La majorité des antidépresseurs interviennent donc pour contrer ce déficit en sérotonine. Mais d’autres pistes de recherche sont aujourd’hui explorées. L’une d’elles est particulièrement prometteuse. Elle s’appuie sur le constat qu’une grande majorité de sujets dépressifs souffre de troubles du sommeil. « On pense que la dépression pourrait être liée à un déphasage entre le rythme biologique contrôlé par une horloge interne au niveau du cerveau, et donc propre à chacun, et le rythme de vie imposé, précise Michel Hamon. Sur cette base, une molécule thérapeutique est en développement : l’
agomélatine . Elle agit à plusieurs niveaux, mais reproduit surtout l’action de la mélatonine, la molécule qui naturellement contrôle notre horloge biologique. Ce traitement pourrait corriger les troubles observés dans la dépression. » Mieux tolérée que les antidépresseurs disponibles aujourd’hui, l’
agomélatine pourrait être commercialisée d’ici à la fin de l’année.
> Article extrait de Recherche & Santé n° 116, décembre 2008.