Votre équipe a fait une découverte concernant la préséniline 1 (PS1).
De quoi s’agit-il ? La
PS1 est une
protéine qui joue des rôles multiples. Elle est impliquée dans le développement de l’organisme, y compris au stade embryonnaire. Les animaux qui ne l’ont pas ne sont pas viables, elle est donc indispensable. Mais nous avons découvert que son accumulation anormale dans le cerveau a des effets nocifs, d’autant plus graves que l’âge est avancé.
Pourquoi l’étudiez-vous dans le cadre de la maladie d’Alzheimer ? Des chercheurs ont montré que des altérations, des
mutations, de la
PS1 sont impliquées dans les formes génétiques de la
maladie d’Alzheimer, qui concernent moins de 1 % des malades. Notre but initial était donc d’étudier certaines de ces
mutations humaines.
Mais c’est un autre phénomène qui a retenu votre attention… Oui. Lors des expériences, nous avons utilisé comme témoins des souris présentant la
PS1 ordinaire, c’est-à-dire non mutée, en quantité normale mais aussi des souris qui la « surexprimaient ». En les comparant, il est apparu que cet excès de
PS1 normale entraînait des anomalies dans l’efficacité de la transmission des influx nerveux. Par ailleurs, nous avons observé que cet effet était aggravé par l’âge.
Concrètement, qu’est-ce que cela montre ? C’est intéressant, car indépendamment de notre travail, des études cliniques avaient montré que, dans les formes sporadiques (i.e. non génétiques) de la
maladie d’Alzheimer ainsi que dans les pertes de mémoire du sujet âgé, on trouve une accumulation anormale de
PS1. Nous avons prouvé que cette accumulation était bien liée à des troubles de la
mémoire. Le rôle de la
PS1 dans les problèmes de
mémoire ne concerne donc plus uniquement la forme mutée mais aussi l’accumulation anormale de la forme habituelle.
Cette découverte ouvre-t-elle des perspectives de traitements pour les troubles de la mémoire ? Le contrôle du taux de
PS1 pourrait bien sûr donner lieu à des traitements. Mais ce n’est pas le cas actuellement.
Les pistes vers lesquelles nous nous orientons ne sont pas encore thérapeutiques, il est trop tôt. Nous allons d’abord essayer de comprendre comment l’augmentation de
PS1 se rattache aux effets et aux mécanismes de la
maladie d’Alzheimer. Des études cliniques et expérimentales ont déjà montré que les anomalies de transmission de l’influx nerveux sont précoces et précèdent les deux manifestations caractéristiques de la
maladie d’Alzheimer (la mort neuronale et l’apparition de plaques séniles et de dégénérescence neurofibrillaire).
> Article extrait de
Recherche & Santé n°121, janvier 2010.