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Alzheimer : une protéine qui fait flancher la mémoire


27/01/2010
AlzheimerLors d’une expérience portant sur les mécanismes de la maladie d’Alzheimer, une équipe de chercheurs français a fait une découverte inattendue : celle du rôle joué par une protéine déjà connue dans les pertes de mémoire liées à l’âge.

Jean Mariani, le responsable de l’équipe, raconte.


Votre équipe a fait une découverte concernant la préséniline 1 (PS1).
De quoi s’agit-il ?

La PS1 est une protéine qui joue des rôles multiples. Elle est impliquée dans le développement de l’organisme, y compris au stade embryonnaire. Les animaux qui ne l’ont pas ne sont pas viables, elle est donc indispensable. Mais nous avons découvert que son accumulation anormale dans le cerveau a des effets nocifs, d’autant plus graves que l’âge est avancé.

Pourquoi l’étudiez-vous dans le cadre de la maladie d’Alzheimer ?
Des chercheurs ont montré que des altérations, des mutations, de la PS1 sont impliquées dans les formes génétiques de la maladie d’Alzheimer, qui concernent moins de 1 % des malades. Notre but initial était donc d’étudier certaines de ces mutations humaines.

Mais c’est un autre phénomène qui a retenu votre attention…
Oui. Lors des expériences, nous avons utilisé comme témoins des souris présentant la PS1 ordinaire, c’est-à-dire non mutée, en quantité normale mais aussi des souris qui la « surexprimaient ». En les comparant, il est apparu que cet excès de PS1 normale entraînait des anomalies dans l’efficacité de la transmission des influx nerveux. Par ailleurs, nous avons observé que cet effet était aggravé par l’âge.

Concrètement, qu’est-ce que cela montre ?
C’est intéressant, car indépendamment de notre travail, des études cliniques avaient montré que, dans les formes sporadiques (i.e. non génétiques) de la maladie d’Alzheimer ainsi que dans les pertes de mémoire du sujet âgé, on trouve une accumulation anormale de PS1. Nous avons prouvé que cette accumulation était bien liée à des troubles de la mémoire. Le rôle de la PS1 dans les problèmes de mémoire ne concerne donc plus uniquement la forme mutée mais aussi l’accumulation anormale de la forme habituelle.

Cette découverte ouvre-t-elle des perspectives de traitements pour les troubles de la mémoire ?
Le contrôle du taux de PS1 pourrait bien sûr donner lieu à des traitements. Mais ce n’est pas le cas actuellement.
Les pistes vers lesquelles nous nous orientons ne sont pas encore thérapeutiques, il est trop tôt. Nous allons d’abord essayer de comprendre comment l’augmentation de PS1 se rattache aux effets et aux mécanismes de la maladie d’Alzheimer. Des études cliniques et expérimentales ont déjà montré que les anomalies de transmission de l’influx nerveux sont précoces et précèdent les deux manifestations caractéristiques de la maladie d’Alzheimer (la mort neuronale et l’apparition de plaques séniles et de dégénérescence neurofibrillaire).


   
Jean Mariani
 
 

Dons en neurologie
La Fondation pour la Recherche Médicale a soutenu ce projet à hauteur de 30 000 euros.

Depuis 2004, l'équipe de Jean Mariani a reçu 1 555 380 euros.

 
     



> Article extrait de Recherche & Santé n°121, janvier 2010.



 

 
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