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Acouphènes : le défi des bruits fantômes


03/01/2000
D'après Recherche & santé n°82


Les spécialistes de l’audition butent sur une pathologie énigmatique : les acouphènes, bruits chroniques, souvent très intrusifs. Des travaux soutenus par la Fondation pour la Recherche Médicale.
 
Plus de 5 millions de Français souffriraient d’acouphènes. Ils perçoivent des sensations sonores (sifflements, bourdonnements, bruits de vent ou de vagues…), de façon permanente ou intermittente, dans une seule oreille ou dans les deux, associées dans la plupart des cas à une perte de l’audition. Seule la personne qui souffre de ces acouphènes peut les entendre :  «Ce sont de véritables illusions auditives», résume Arnaud Noréna, du laboratoire Neurosciences et Systèmes sensoriels de Lyon. Au mieux, les acouphènes engendrent une simple gêne; parfois, ils sont très difficiles à supporter, perturbant l’endormissement, la lecture, ou toute activité qui demande une concentration importante. De plus, le stress les aggrave. Il n’existe pas de véritable traitement pour en venir à bout. En revanche, les acouphènes semblent moins «audibles» lorsqu’ils sont noyés dans le bruit environnant, ou lorsque, par un long effort d’apprentissage, on parvient à ne plus porter attention à eux (grâce, par exemple, à la relaxation, au yoga, ou à la thérapie comportementale et cognitive).
 
> Le cerveau trompé
Les mécanismes exacts qui provoquent les acouphènes demeurent encore mystérieux. Souvent (mais pas systématiquement), les symptômes apparaissent à la suite d’un traumatisme sonore (discothèque, concert rock, explosion…), d’une maladie de l’oreille (maladie de Ménière, otospongiose, presby-acousie, otite…) ou de la prise d’un médicament ototoxique (antibiotiques,   aspirine à haute dose, quinine…). «Une partie de l’explication vient de lésions mineures des cellules ciliées de la cochlée. Mais ces lésions n’expliquent pas tout. Des signaux électriques anormaux sont générés dans le système auditif, et le cortex auditif les interprète comme de véritables sons», précise Sylviane Chéry-Croze, chercheur en neurosciences à Lyon. Dans son équipe, Arnaud Noréna a récemment obtenu des résultats éclairants quant aux mécanismes générateurs de certains acouphènes, grâce à l’aide apportée par la Fondation pour la Recherche Médicale.

 
> L’imagerie médicale pour mieux comprendre
Les chercheurs lyonnais ont étudié des personnes qui présentent également une perte auditive. Elles entendent moins bien certains sons, et en particulier ceux dont la fréquence est celle de l’acouphène. «C’est très paradoxal, commente Arnaud Noréna, car sur cette fréquence, les patients ont de meilleures performances de discrimination perceptive (différenciation entre deux sons de fréquence voisine).» Ce résultat suggère qu’une réorganisation du cortex auditif serait à l’origine de ces sensations. Elle se manifesterait par  une sur-représentation des neurones impliqués dans la reconnaissance d’une gamme de fréquences particulières. Une ré-organisation cérébrale similaire a été observée dans les cas de douleurs fantômes des membres (douleurs sem-blant venir d’un membre dont on a été amputé). Forts de ces résultats, les chercheurs veulent maintenant visualiser, grâce aux très puissants instruments d’imagerie cérébrale, les zones de cerveau qui se réorganisent. Lorsqu’ils en sauront plus, ces chercheurs pourront sans doute imaginer de nouveaux traitements.

 
Déjà, aux Etats-Unis, certaines équipes tentent de traiter les acouphènes par des sons de fréquences voisines de celles de l’acouphène. Mais l’efficacité de cette méthode n’est pas encore prouvée. Même lorsque les progrès de la recherche nous auront livré causes et traitements des acouphènes, ce précieux conseil restera d’actualité : ne jamais se placer à proximité des enceintes en discothèque ou lors d’un concert de rock.
 
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> La piste du glutamate
L’équipe de Jean-Luc Puel, dans le laboratoire Inserm Neurobiologie de l’audition dirigé par le Pr Rémy Pujol, à Montpellier, travaille depuis plusieurs années sur une piste nouvelle. Les chercheurs ont démontré que les traumatismes de l’oreille associés aux acouphènes provoquent une libération excessive de glutamate qui vient des cellules sensorielles auditives au contact du nerf auditif. Selon les recherches menées récemment au laboratoire, cet excès provoquerait un auto-entretien de l’activité de ce nerf, qui serait responsable des acouphènes. Cette hypothèse ouvre des pistes thérapeutiques encourageantes : il est envisageable de bloquer l’action du glutamate grâce à des agents pharmacologiques adaptés (des antiglutamates). Ces derniers seraient amenés directement dans l’oreille interne au moyen de petits cathéters par voie trans-tympanique. Cette technique de pharmacologie locale permet des traitements à très faibles doses, tout en s’affranchissant des effets secondaires des antiglutamates. Cette méthode pleine d’espoir est actuellement validée au plan expérimental; des essais cliniques sont en cours.

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