Les virus persistants, qui s’installent dans l’organisme, ont développé diverses stratégies pour échapper à la réponse immunitaire de l’hôte.
Thierry Heidmann* et son équipe, à l’Institut Gustave Roussy à Villejuif, s’intéressent aux mécanismes mis en œuvre par les rétrovirus
oncogéniques, des virus qui peuvent être associés à la survenue de
cancers. Les chercheurs avaient déjà identifié le potentiel immunosuppresseur de la protéine
env, une
protéine de l’enveloppe virale. Ils ont cherché à comprendre les mécanismes impliqués dans cette immunosuppression et l’importance de cette
protéine dans la propagation du virus chez l’hôte.
Ils ont infecté pour cela des souris avec le rétrovirus MLV, responsable de leucémies chez la souris, et démontré que la protéiné
env était capable d’inhiber la réponse immunitaire de l’hôte. En utilisant des protéines
env mutées, ils ont identifié le domaine responsable de cette immunosuppression : la version normale du MLV infecte l’hôte et s’y installe durablement tandis que la version mutée est rapidement neutralisée par le système immunitaire.
Cette découverte est d’autant plus intéressante que les chercheurs ont retrouvé le même domaine immunosuppresseur chez deux virus capables d’infecter l’homme, et associés à la survenue de
cancers : les virus HTLV et XMRV.
- Le virus HTLV infecte 15 à 20 millions de personnes dans le monde et entraîne, chez 5 % des personnes infectées, une leucémie de l’adulte très agressive et résistante à la chimiothérapie ou une maladie neurodégénérative.
- Le virus XMRV, bien qu’infectant plus volontiers les rongeurs, les félins et les singes, est retrouvé dans plus d’un quart des tumeurs de la prostate chez l’homme. Sa présence dans ces tumeurs humaines ne suffit néanmoins pas à démontrer qu’il est directement impliqué dans la transformation des cellules saines en cellules cancéreuses.
Ces résultats ouvrent des perspectives de vaccination très intéressantes. En effet, le virus muté étant capable d’infecter les cellules tout en déclenchant une réponse immunitaire, les chercheurs envisagent de l’utiliser comme base de vaccins pour prévenir les
cancers provoqués par des infections virales.
Source : Schlecht-Louf G, et al. Retroviral infection in vivo requires an immune escape virulence factor encrypted in the envelope protein of oncoretroviruses. Proc Natl Acad Sci USA, 2010 Feb 8.
*UMR8022, Laboratoire « Rétrovirus endogènes et éléments rétroïdes des eucaryotes supérieurs »