Qu’a-t-on appris sur le rôle du système lymphatique dans les cancers ?Même si l’on savait déjà que les ganglions lymphatiques représentaient des lieux privilégiés de dissémination des cellules cancéreuses, on croyait jusqu’ici que le réseau lymphatique était assez passif face à cette dissémination. Or on sait maintenant qu’il est capable de préparer l’arrivée des métastases en créant des « niches » dans ses circuits. Selon moi, il est indispensable de découvrir quels sont les facteurs de croissance envoyés par la tumeur pour créer ces niches. On pourra ainsi inhiber leur formation.
Bloquer la croissance des canaux lymphatiques n’est-il pas dangereux ?Les vaisseaux lymphatiques sont uniquement fabriqués au cours du développement de l’embryon humain, et non à l’âge adulte. De plus, les facteurs de croissance mis en jeu dans la constitution des nouveaux vaisseaux sont activés dans des conditions pathologiques telles que le cancer. Si un traitement peut empêcher leur formation, il n’ira donc pas à l’encontre d’un processus physiologique normal et ne présentera pas d’effet secondaire.
Pouvez-vous expliquer vos travaux de recherche ?Grâce à des études in vitro, mais aussi à l’aide de modèles animaux de différents cancers, nous observons comment les facteurs de croissance qui agissent sur la lymphangiogenèse sont activés lorsque la tumeur manque d’oxygène. Nous analysons notamment les différents « signaux » émis pour construire les néovaisseaux lymphatiques et permettre la migration des cellules cancéreuses dans les ganglions. Ainsi, nous comprendrons mieux comment se forment les métastases par l’intermédiaire du réseau lymphatique.
Peut-on espérer la mise au point d’un « inhibiteur de la lymphangiogenèse » ?Nous sommes encore au début de nos recherches, mais notre objectif est effectivement d’ajouter aux agents antiangiogéniques connus une nouvelle arme thérapeutique destinée à « isoler » les tumeurs. Une « bithérapie » associant ces inhibiteurs de la formation des vaisseaux sanguins déjà existants et des inhibiteurs de la formation des vaisseaux lymphatiques que nous cherchons à développer sera bien plus efficace pour empêcher les tumeurs à la fois de se développer et de se disséminer. Nous espérons que le pronostic des cancers s’en trouvera grandement amélioré.
> Article extrait de
Recherche & Santé n°121, octobre 2010.