Si la découverte du noyau des cellules n’a fait l’objet d’aucun prix par le jury Nobel, la connaissance et la fonction de son contenu en ont en revanche justifié l’attribution à de nombreux lauréats. Les microscopistes du siècle dernier avaient vite remarqué que cette enclave n’était pas moins que le site de stockage des chromosomes. Et ce fut en particulier grâce aux travaux du généticien américain Thomas Morgan sur la drosophile que ces derniers furent reconnus comme les dépositaires du patrimoine génétique des êtres vivants, capables de transmettre les caractères des parents à leur descendance. Pourtant, jusqu’au début des années 1950, si on savait que les chromosomes étaient constitués de protéines et de polymères d’acides nucléiques, la plupart des biologistes hésitaient à attribuer à ces derniers la responsabilité d’un quelconque rôle dans l’hérédité. En effet, ces polymères, qui avaient été identifiés comme étant constitués d’acide désoxyribonucléique - l’ADN -, paraissaient être des substances amorphes, de composition très simple malgré leur taille. On pensait que ce rôle dans l’hérédité devait être tenu par les protéines qui, contrairement aux chromosomes, avaient déjà prouvé leur activité et leur diversité. En fait, cette situation aurait pu persister au moins quelque temps si, curieusement, des études réalisées sur les bactéries et les virus qui les infectent, les bactériophages, n’avaient ouvert la voie royale menant à la reconnaissance de la fonction propre de l’ADN. Dès les années 1940 en effet, le médecin écossais Griffith et les biologistes américains McAvery et McCarty montrèrent que le transfert de chromosomes d’une souche de bactéries à une autre conférait à cette dernière des caractères de la souche donneuse, suggérant ainsi que l’ADN était directement impliqué dans le support des caractères héréditaires. Cet événement central détermina de nombreux laboratoires dans le monde à tenter de comprendre de quoi était fait cet ADN.
Les « nobélisés » les plus illustres de la biologie contemporaine vont alors se succéder. Ceux dits du « groupe des phages », comprenant Alfred Hershey, Max Delbrück et Salvador Luria, ainsi que les époux Lederberg et le biologiste français d’origine russe André Lwoff, furent intimement associés aux travaux qui, principalement menées aux Etats-Unis, avaient prolongé et confirmé les observations de Mc Avery. Ils avaient montré clairement que l’ADN seul et non les protéines, constitue le support de l’hérédité, et que les échanges de chromosomes entre bactéries et même entre virus et bactéries sont l’expression d’une véritable sexualité. D’un autre côté, alors même que la constitution exacte de l’ADN était encore sujette à spéculation, les généticiens américains George Beadle et Edward Tatum avaient remarqué qu’il devait être constitué de parties qui, appelées gènes, avait pour fonction de fabriquer soit une enzyme, soit une autre protéine. Ainsi donc, l’acide désoxyribonucléique était reconnu non seulement comme le véritable support de l’hérédité mais également comme le responsable de la synthèse des substances les plus caractéristiques de la vie.