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Dépressions et maladies maniaco-dépressives (MMD)



4. Les réponses à vos questions

Ce débat fut l'occasion, pour le public venu nombreux, de poser ses questions sur la dépression et les maniaco-dépressions.
Retour sur les échanges entre les trois spécialistes et la salle du studio Charles Trenet de la Maison de la Radio (Paris) où avait lieu cette rencontre.


Des maladies aux multiples visages

> Quelles sont les évolutions moyennes de cette maladie ?
En moyenne, on fait un épisode d’excitation et un épisode dépressif par an, mais les intervalles peuvent durer 2, 3, 5 ou 10 ans. On observe souvent un premier épisode d’excitation maniaque à l’âge de 18 ans et un deuxième à 28 ans.
Le cycle rapide, qui compte au moins 4 épisodes par ans, concerne 20 % des maniaco-dépressifs. Il est beaucoup plus invalidant et déstabilisant. Le sujet est confronté en permanence à des récidives et ne peut avoir une bonne intégration professionnelle. Cela pose donc un réel problème thérapeutique, d’autant que ces formes sont les plus difficiles à traiter.
Après un premier épisode d’excitation, il y a 95 % de risques d’entrer dans la maladie, d’où la nécessité de traiter le plus tôt possible : plus on attend, plus la prise en charge est difficile.
 
> La maladie maniaco-dépressive empêche ou favorise la créativité et la réussite sociale ?
Les Américains font généralement référence à Napoléon lorsqu’ils commencent leur exposé sur la MMD. Nous, nous faisons référence à Lincoln, à Churchill ou à T. D. Roosevelt. Il y a énormément de créateurs, musiciens, écrivains ou peintres, qui sont maniaco-dépressifs. Cela pose d’énormes questions : est-ce un tempérament particulier qui amène la créativité ou est-ce le stress de la créativité qui peut générer la maladie ?
Cette maladie est tout à fait compatible avec une vie normale et à responsabilités. Bourguiba était maniaco-dépressif. C’est une activité qui expose considérablement et le stress est là en permanence. Le maniaco-dépressif a une vie familiale chaotique, avec des séparations, des replis, des fugues. Certains hommes politiques sont un peu calqués là-dessus, par exemple quand ils se séparent brutalement de leur parti. Mais, il faut un tempérament particulier pour être un homme politique, qui peut conduire vers cela. Et ce n’est pas spécifique à la politique, on voit cela dans le monde de la médecine etc., partout où il y a des leaders, qui sont peut-être plus exposés que d’autres à de tels troubles. Néanmoins, il y a aussi des hyper-thymiques qui fonctionnent à 200 km/heure en permanence et dorment 4 heures par nuit. Très souvent, des chefs d’entreprise hyper-thymiques qui ont eu d’énormes responsabilités, s’effondrent brutalement à 50 ans et font une dépression d’épuisement. On les met sous antidépresseurs et l’on rentre alors dans un cycle infernal.
 
> Est-on plus créatif pendant la phase d’excitation ou pendant la phase dépressive ?
J’ai rarement rencontré quelqu’un qui était créatif dans une phase dépressive. Généralement, le sujet est bloqué, annihilé, il n’arrive plus à se concentrer et à créer. Que ce soit Rossini, Hugo Wolf, Berlioz, (éventuellement Mozart et Haendel, mais nous ne disposons pas de données précises), ou encore Balzac, Zola ou Hugo, c’est au cours de phases d’excitation qui ont été reconnues, qu’ils arrivaient à produire : Rossini a écrit “ Le Barbier de Séville ” en 15 jours…
 
> Que veulent dire les termes bipolaire, maniaque et hypomaniaque ?
Bipolaire est le terme actuel pour caractériser les maniaco-dépressifs. Il renvoie à deux pôles, un pôle positif (dit aussi hyperactif ou maniaque) et un pôle négatif (dépressif) et à cette fluctuation avec des hauts et des bas. La manie correspond à une excitation euphorique. L’hypomanie est une manie atténuée, avec une hyperactivité qui reste compatible avec une vie normale.


Prise en charge de ces maladies

> Faudrait-il envoyer davantage les patients vers les psychiatres ?
Généralement, les médecins généralistes demandent un avis spécialisé qui confirme le diagnostic. Certains suivent ensuite les patients, mais assez souvent en interaction avec le psychiatre, compte tenu de leur charge de travail : cela prend beaucoup de temps, on ne traite pas un patient bipolaire en 5 minutes.
 
> Est-ce qu’il est facile pour un dépressif de rejoindre une association et d’être ainsi étiqueté comme dépressif chronique ?
Il y a des réticences, mais il faut pouvoir pousser cette porte pour se trouver avec des gens qui sont dans le même cas. Il y a des groupes de parole, on expose ses problèmes personnels, on a le temps d’en parler. C’est une aide psychologique très importante, pour les dépressifs et les bipolaires. D’ailleurs, la plupart des malades demande où trouver des associations. Les associations ont un rôle fondamental pour pouvoir accepter son trouble. Il n’y a pas de honte à être maniaco-dépressif, de même qu’il n’y a pas de honte à avoir une hypertension artérielle ou un diabète. Il faut lutter contre la discrimination de cette maladie.
 
> Comment surmonter la honte d’une personne qui a été en phase maniaque vis-à-vis de son environnement ?
Même à ce niveau, il y a un travail d’accompagnement et d’explication. Lorsqu’on lit un livre comme celui de Kate Jamison, “ De l’exaltation à la dépression ”, où cette grande spécialiste parle de sa maladie, on a un autre regard sur la maladie. Les « bêtises » que l’on fait dans la phase d’excitation favorisent l’entrée dans la dépression, parce que la culpabilité est très importante. Si on est capable d’expliquer à la population la signification de ces symptômes, il y aura un autre vécu. Le travail ne doit donc pas être mené uniquement au niveau du patient, mais de toutes les personnes concernées dans l’entourage et du reste de la population. D’où l’intérêt des réunions comme celle d’aujourd’hui.
 
> Comment trouver des interlocuteurs et s’orienter vers ces associations de soutien aux patients et à leurs familles ?
France Dépression existe depuis 1992, Argos depuis 2001 et l’UNAFAM est très active et participe à cet effort de communication. Il y a un travail en collaboration avec ces associations et des services hospitaliers pour diffuser ces informations et communiquer avec les personnes. Les réunions organisées sont interactives : il y a un retour, une discussion et, chaque fois, un ajustement de cette information. Cette information doit aussi être consensuelle, il faut qu’elle soit reconnue et définie scientifiquement. Il faut enfin qu’elle soit accessible, pour que l’individu puisse l’intégrer et l’utiliser. Le travail des associations joue là un rôle fondamental. Elles ont des sites Internet. On peut aussi les contacter par téléphone et participer aux réunions hebdomadaires.
 
> Quelle place accorder aux psychothérapies et aux psychanalyses ?
Les troubles bipolaires nécessitent un traitement médicamenteux et la plupart des patients conviennent qu’il y a une amélioration sous traitement. Mais certaines personnes peuvent aussi tirer bénéfice des psychothérapies, en particulier d’inspiration analytique. Par rapport à une pathologie aussi invalidante, on doit se servir de tous les outils thérapeutiques. Il faut éviter de tomber dans des querelles de chapelle qui nuisent souvent à la prise en charge des patients.
Néanmoins, ce sont des maladies très douloureuses et le sujet en phase dépressive nous dit que sa souffrance est pire qu’une souffrance physique. La psychothérapie ne sert pas à grand-chose quand la souffrance est intense. On n’apprend pas à nager à quelqu’un qui se noie, on lui jette une bouée de sauvetage. Pour le déprimé ou le maniaco-dépressif, il y a une urgence : il faut atténuer sa douleur. Un travail psychologique pourra être fait ensuite pour essayer de lutter contre les causes de cette dépression.
 
> Peut-on guérir des troubles bipolaires ?
Ce n’est pas une pathologie chronique mais récurrente, avec des rémissions qui peuvent être extrêmement longues. Cependant, le risque de rechute est toujours là.
 
> Comment intervenir auprès d’un maniaco-dépressif pour lui faire comprendre qu’il faut consulter ?
Parmi tous les exclus, les SDF, les gens qui sont en prison, il y a énormément de maniaco-dépressifs qui n’ont jamais été diagnostiqués. Dans une phase d’excitation maniaco-dépressive, on est très souvent obligé de faire intervenir les forces de l’ordre quand le malade se met en danger et met en danger son entourage. Il y a une agressivité et une irritabilité, ce n’est pas simplement de la douce euphorie et cela peut être un état d’urgence. Le médecin généraliste peut jouer un rôle d’intermédiaire très important, mais il a encore une mauvaise information sur les troubles bipolaires. On propose donc des réseaux de collaboration entre psychiatres et généralistes, parce qu’il est difficile d’intervenir en urgence lorsque quelqu’un y est opposé et de l’amener à consulter.

Les voies de recherche actuelles

> Lorsqu’on aura trouvé les gènes responsables des maladies maniaco-dépressives, va-t-on faire de la thérapie génique ?
Il n’est pas question de thérapie génique quand on parle de maladies qui ne sont pas monogéniques (dues à la défection d’un seul gène), qui sont des maladies à hérédité complexe comme la maladie maniaco-dépressive. La prévention passe par l’information sur la maladie, pour expliquer qu’il y a un risque, même s’il reste relativement faible, qui justifie la poursuite des recherches en cours. S’il y a des signes de la maladie, on ne doit pas avoir peur d’aller voir le psychiatre ou le généraliste. Le pronostic dépend de la rapidité du diagnostic et de la mise en route des traitements.



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