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Dépressions et maladies maniaco-dépressives (MMD)


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5. Dépressions et MMD : quelques idées reçues...

> "La dépression n’est pas une maladie, il suffit d’un peu de volonté pour en sortir"
La dépression est pourtant bien une maladie qui est causée par une altération des fonctions biologiques du cerveau. Les recherches (pharmacologiques, génétiques et en imagerie cérébrale) ont accumulé de nombreux arguments dans ce sens.
Et même si les facteurs déclenchants restent encore à l’état d’hypothèses, l’existence d’un support biologique n’est plus remise en cause. Cela implique nécessairement que le malade ne peut se guérir par la seule force de sa volonté (peut-on soigner une grippe de la sorte ?).
De même, il ne sert à rien d’essayer de raisonner une personne dépressive en lui montrant qu’elle a tout pour être heureuse ou que ses problèmes ne sont pas si graves en regard d’autres beaucoup plus dramatiques : la maladie n’est pas plus accessible au raisonnement qu’à la volonté et son déclenchement ne dépend pas non plus de la « dose » de malheur ou de difficultés accumulée dans l’existence. Dans certains cas, la dépression peut même survenir sans qu’aucune cause n’apparaisse de façon évidente. Cependant, quel que soit le cas de figure, une prise en charge médicale spécifique (antidépresseur, thymorégulateur, éventuellement associés à une psychothérapie) est indispensable, et pour cela une démarche volontaire est nécessaire.

> "Les maniaco-dépressifs sont des fous, les dépressifs sont des faibles ou des gens fragiles"
Les symptômes de la dépression sont généralement bien identifiés, mais encore trop souvent considérés comme les manifestations d'une faiblesse de caractère, d'un laisser-aller. À l'inverse, les troubles bipolaires de l’humeur, ou maladies maniaco-dépressives, sont moins bien connus et les personnes qui en sont atteintes sont souvent classées comme folles sans autres formes de procès. La maladie maniaco-dépressive est pourtant une forme particulière de dépression qui nécessite un diagnostic précoce et une prise en charge spécifique. Les malades (1.5 % de la population, soit 500.000 personnes en France) présentent des phases de dépression (tristesse perdurant sur une longue période, idées suicidaires, baisse d'énergie, troubles du sommeil, de l'appétit, de la mémoire, de la concentration, etc.) qui alternent avec des phases maniaques. Au cours de ces phases, au contraire, le patient est excessivement euphorique, témoigne d'un niveau d'activité débordant et a peu besoin de sommeil. Il sous-estime les difficultés de la réalité et surestime ses capacités, ce qui le conduit souvent à se mettre en situation de danger (conduite à vitesse élevée, pratique sexuelle à risque, dépenses financières inconsidérées, etc.). La plupart du temps, il ne reconnaît pas le caractère anormal de son état.
Ces maladies, dont l'intensité des symptômes peut varier d'un individu à un autre, correspondent à des dysfonctionnements du cerveau, qui comme tout autre organe peut être atteint de troubles, que l'on peut soigner par des traitements adaptés.

> "La dépression, il n’y a rien à faire. On ne peut pas en guérir !"
Au contraire, les dépressions peuvent être soignées, et ceci d’autant plus efficacement que l’on se soigne rapidement auprès de spécialistes. Malheureusement, le diagnostic de la maladie maniaco-dépressive est souvent posé trop tard, en moyenne 8 à 10 ans après l’apparition des premiers symptômes. Que de temps perdu et de conséquences désastreuses au niveau personnel, familial et professionnel, alors que des traitements efficaces existent ! Les antidépresseurs, diminuent l’intensité et la durée des épisodes dépressifs. Résultat : une rémission complète dans près de 70% des cas. Pour les troubles bipolaires, les traitements thymorégulateurs tels que le lithium, prescrits au long cours, préviennent efficacement les rechutes et soignent les épisodes maniaques ou dépressifs. Dans tous les cas, une prise en charge psychothérapique, la mise en place d'une bonne hygiène de vie et l’éducation du patient sont indispensables à la prévention des rechutes (un patient sur 2 rechute dans les 2 ans en l’absence de traitement adapté) et à la reprise d’une vie sociale normale.

> « La dépression, c’est génétique ! »
Des études scientifiques, dont celles du professeur Marion Leboyer, ont montré qu’il existait effectivement un terrain génétique à la maladie maniaco-dépressive, comme pour d’autres maladies à hérédité complexe telles que les maladies cardio-vasculaires, le diabète, etc. Au cours de ces maladies interagissent facteurs de vulnérabilité génétique et facteurs environnementaux (stress, séparation, deuil, etc.). Les recherches menées, en particulier en France, ont pour but d’identifier ces facteurs, afin de progresser dans la compréhension de cette maladie et de développer de nouveaux outils thérapeutiques.

> "Les dépressifs sont des gens négligés et pas très propres sur eux"
La dépression est une maladie qui fatigue : les personnes qui en sont atteintes se sentent exténuées ; la moindre activité demande un effort qui leur paraît insurmontable. Ainsi, l'attention habituellement apportée aux soins du corps et à la tenue vestimentaire peut être relâchée du fait de cet épuisement. De plus, il est fréquent que ces malades souffrent d'une grande perte de l'estime de soi. Ils se sentent insignifiants, introduisent une distance entre eux et la réalité. Ils n'attachent alors plus grande importance à leur apparence. Cela n'est bien sûr pas un choix délibéré, mais l'une des conséquences de la maladie.

> "C’est l’éducation ou l’entourage qui est responsable de leur état"
Cette affirmation trop souvent répétée a longtemps contribué (et contribue encore) à culpabiliser les familles des malades. Grâce aux avancées de la recherche, les médecins savent aujourd'hui que les choses ne sont pas si simples. Concernant l'autisme par exemple, il a été clairement démontré que les facteurs génétiques étaient prépondérants dans le déclenchement de la maladie, alors que l'on accusait jusque là une relation mère-enfant déficitaire. On découvre depuis peu que des facteurs génétiques existent également pour les dépressions et les troubles bipolaires. Mêmes si les causes de ces maladies ne sont pas encore clairement identifiées, les facteurs génétiques constituent un terrain favorable, une fragilité, qui peut être révélée à l'occasion d'un événement traumatisant (choc affectif, décès, séparation, etc.).

> "Il a fait trop d’études, ça l’a rendu fou"
Le fait de pratiquer une activité intellectuelle, même à un haut niveau, ne peut constituer en soi la cause d'une dépression, de troubles bipolaires, ni d'aucun autre trouble mental. En revanche, une période de travail très intense associée à un manque de sommeil et à un niveau de stress élevé, comme peuvent l'être les périodes d'examens par exemple, peut constituer un facteur déclenchant d'une maladie maniaco-dépressive chez des personnes possédant un terrain génétique favorable.

> "On est fou ou normal, il n’y a pas de demi-mesure dans ce domaine"
Bien que le terme « fou » n'ait pas grand sens, on peut dire qu'une personne est ou n'est pas malade suivant qu'il existe ou non un retentissement important sur sa vie sociale. Bien sûr, l'incapacité, le handicap généré par la maladie, peut être plus ou moins important suivant les personnes, mais quel que soit le cas de figure, une prise en charge médicale spécifique est indispensable.

> "Les médicaments m’empêchent d’être moi-même, j’ai l’impression de perdre le contrôle de ce que je suis"
Antidépresseurs et thymorégulateurs n’entraînent pas de modifications de la personnalité. En revanche, les neuroleptiques, parfois employés pour calmer des états d’agitation importants associés à des épisodes maniaques, peuvent modifier la perception des choses en feutrant les ressentis de la réalité (peur, colère, joie…) et en diminuant la réactivité au stress. Le patient peut alors avoir l’impression de ne plus être vraiment lui-même. L'utilisation ponctuelle de ces médicaments peut néanmoins être indispensable lorsque l’état d’agitation du malade empêche toute communication avec lui.

> "Lorsque l’on commence ce type de traitement, on ne peut plus s’en passer"
Contrairement aux croyances répandues, la prise d'un traitement antidépresseur ne provoque pas de dépendance. Seuls les anxiolytiques, souvent prescrits au cours d'épisodes dépressifs pour calmer les accès d'angoisse, sont susceptibles d'entraîner une telle dépendance. Ils ne doivent donc être prescrits que ponctuellement et être arrêtés très progressivement.
En revanche, la prescription d'un antidépresseur sans thymorégulateur à un patient maniaco-dépressif risque d'aggraver sa maladie. Les thymorégulateurs doivent donc être prescrits au long cours chez ces malades, non pas parce qu'ils en sont dépendants, mais parce que leur état le nécessite, de la même façon que les diabétiques (de type 1) ont besoin d'insuline tout au long de leur vie.
Ce sont donc bien les symptômes de la maladie qui sont aliénants et privent le malade de sa volonté, non les médicaments. Les traitements constituent au contraire une démarche active et une action possible contre la maladie.


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