Toutes les dépressions se traduisent par une perturbation de l’humeur ou des affects qui ont des effets sur l’activité intellectuelle et motrice, génèrent de l’anxiété et perturbent les fonctions instinctives.
Sur le plan sémiologique, le trouble de l’humeur peut apparaître soit de façon insidieuse, soit d’un jour à l’autre. Il associe des sentiments douloureux sur le vécu personnel (pessimisme, dévalorisation de soi, culpabilité…) à un désengagement général à l’égard du monde extérieur (perte de motivations et de plaisirs, dégoûts, incapacité à se projeter dans l’avenir…). Cette tristesse douloureuse, qui peut paralyser toute réflexion et anesthésier toute sensation, est souvent à l’origine de l’idée suicidaire. Les activités motrices peuvent également être affectées : faciès terne, voix éteinte, geste incomplet, démarche lourde, initiative abolie, activité ralentie et demandant de l’effort… Ces perturbations motrices s’accompagnent d’un ralentissement psychique : le monde est appréhendé avec « peine » (difficulté et souffrance), la compréhension est difficile, les idées réduites. L’anxiété, sentiment d’appréhension qui fait toujours redouter la survenue de malheurs, accompagne toujours la dépression et peut prendre les formes spectaculaires de troubles paniques, phobiques ou obsessionnels. Dépression et anxiété, bien que distinctes, entretiennent des relations étroites et semblent parfois découler l’une de l’autre.
D’autres symptômes physiques peuvent également se combiner. Les troubles du sommeil sont constants : insomnie par réveil précoce ou insomnie d’endormissement, réveils fréquents, parfois hypersomnie. Les troubles digestifs se traduisent le plus souvent par l’anorexie et le dégoût de la nourriture, plus rarement par la boulimie. Les troubles sexuels s’expriment par un désintérêt pour la sexualité, parfois, au contraire, par une désinhibition qui renchérit sur la culpabilité. De nombreux autres troubles somatiques, sans causes organiques, peuvent être associés (palpitations, spasmes, vertiges, tremblements, douleurs, maux de tête, bourdonnements…), qui manifestent sur le plan physique un malaise psychique, rendent le diagnostic difficile.
Enfin, le suicide occupe une place à part dans le tableau des dépressions car il confère une gravité particulière au syndrome. Le passage à l’acte est toujours imprévisible, mais le risque est permanent. Ce risque est difficile à évaluer car la gravité du syndrome est extrêmement mouvante. Il est cependant nécessaire de souligner que tout déprimé ne se suicide pas, et que, à l’inverse, tout suicide n’a pas pour origine une dépression. D’un point de vue clinique, l’important est de ne pas banaliser l’éventualité du suicide. Les dénis du type « il n’aura jamais le courage » ou « il en parle trop pour le faire » sont dangereux. À l’inverse, les a priori du type « si on veut vraiment, on y arrive toujours » ou « après deux tentatives, la troisième est toujours la bonne » doivent tout autant être combattus. Le passage à l’acte peut être soit pulsionnel (réactif à un événement, même mineur), soit prémédité.
La difficulté diagnostique vient du fait que ces symptômes peuvent prendre des aspects cliniques très différents qui contribuent à masquer le syndrome dépressif originel. Ainsi, les multiples formes de mélancolies peuvent oblitérer un socle dépressif caractéristique. De la même façon, lorsque l’anxiété est prépondérante, elle occulte souvent le syndrome dépressif qui l’a déclenchée. Les troubles somatiques ou les plaintes hypocondriaques (certitude d’être atteint d’une maladie incurable, que les organes ne fonctionnent plus ou se décomposent…) peuvent également cacher le syndrome dépressif.